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Bruxelles a décidé de suspendre la mission militaire New Nero, dédiée à la formation d’unités de l’armée nigérienne à la lutte antiterroriste. Une décision justifiée par la contamination d’une partie du détachement au Covid-19 mais qui n’arrange pas les affaires des forces locales qui font face à une situation sécuritaire des plus fragiles.

Le Covid-19 a fait une nouvelle victime au Niger: la lutte antiterroriste. L’opération belge New Nero vient d’être suspendue dans ce pays sahélien, a annoncé ce 13 janvier le ministère belge de la Défense.

La décision fait suite à une contamination au Covid-19 d’une vingtaine de militaires belges en mission. Ils seront rapatriés et placés en quarantaine, de même qu’une trentaine d’autres qui ont été «exposés à des contacts à haut risque», souligne le communiqué de la Défense.

«Ces mesures ont été décidées afin de ne prendre aucun risque avec la santé du personnel et de garder la situation sous contrôle. Dans cette même optique, la mission a été suspendue», précise encore le département.

L’armée nigérienne «perd un guide»

Côté autorités nigériennes, aucune réaction officielle à cette annonce. Abdoulaye Kanni, coordonnateur du Collectif des organisations de défense des droits de l’Homme et de la démocratie (CODDHD) et spécialiste des questions de sécurité et de gestion des conflits ethnique et de paix au Niger, dit regretter cette suspension.Joint par Sputnik, il affirme que cette décision est une très mauvaise nouvelle pour l’armée nigérienne qui a néanmoins pu tirer quelque avantage de cette mission. Pas moins de 1.200 militaires ont jusqu’à présent reçu des formations à la lutte antiterroriste, précise en effet la Défense belge.

«New Nero a permis de former les militaires nigériens à mener des opérations spéciales antiterroristes. Le renforcement de capacités a concerné nombre de techniques, aussi bien dans les tirs de longue distance que la navigation, la communication ou encore l’appui médical», détaille pour sa part Abdoulaye Kanni.

«Cette suspension est un coup dur pour le pays qui n’est pas encore parvenu à mettre fin à l’insécurité, et notamment le terrorisme, sur son sol. L’armée nigérienne perd un guide, un allié de taille, au moment où le terrorisme change de visage», conclut-il.

Abdoulaye Kanni fait allusion aux attaques survenues le 2 janvier 2021 dans deux villages de Tillaberi, dans le sud-ouest du pays. 

Une centaine de terroristes venus à moto ont tué 105 civils et fait de nombreux blessés.Un mode opératoire inhabituel puisque les djihadistes privilégiaient, jusque-là, des cibles militaires.

Un exode massif s’en est suivi, avec plus de 10.000 déplacés, selon le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR). La plupart ont été accueillis dans le camp de Mangaïzé, une localité située à quelques centaines de kilomètres des villages attaqués.

À terme, l’armée nigérienne doit pouvoir compter sur elle-même

La suspension de la mission New Nero –désignée officiellement comme opération «bilatérale»– ne signifie pas pour autant la fin de la présence militaire belge dans le pays. La Défense belge explique d’ailleurs que «les soldats non positifs et ne présentant que de faibles risques de contamination sont restés au Niger afin d’assurer la continuité de notre présence sur place». 

Le temps que l’opération reprenne? Aucune précision n’a été fournie à ce sujet.

Même si l’armée nigérienne continue de bénéficier d’autres formations dispensées dans le cadre de missions étrangères (Barkhane, Eucap Sahel, etc.), Abdoulaye Kanni considère que cette situation doit l’inciter à démontrer qu’elle est prête à garantir la sécurité de son territoire. Surtout que la France aussi annonce pour très prochainement la réduction de ses troupes engagées dans l’opération Barkhane au Sahel.

«De toute façon, tôt ou tard, toutes les bases opérationnelles au Niger ou dans le Sahel vont se retirer. Et comme nous l’avons déjà dit, on ne peut pas aspirer à sa propre sécurité en la sous-traitant. Il revient à nos soldats de faire le travail pour lequel ils ont été formés sur le terrain», indique l’expert.

New Nero compte 320 éléments présents au Niger. Elle a été lancée en 2017, quand la Belgique et le Niger ont créé le projet Assistance militaire «qui fonde la base de la mission New Nero», indique le site de la Défense belge. Cependant, l’opération ne s’est concrétisée qu’en 2019 «avec le déploiement d'une équipe mobile d'entraînement et de formation à Maradi», dans le centre du pays, pris en tenaille par les terroristes à l’est et au sud-ouest.

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Tags:
mission, Forces armées, Belgique, Niger
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