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Plus gros producteur de cannabis au monde, le Maroc voit le débat sur l’utilisation de cette plante à des fins médicales et industrielles refaire surface, et ce après que l’Onu l’a retirée de la classification des drogues à risques. Des experts exposent les bienfaits et les dangers d’une telle mesure.

Au Maroc, le débat sur la légalisation de l’utilisation du cannabis à des fins thérapeutiques refait surface depuis que la Commission des stupéfiants des Nations unies (CND) lui a reconnu début décembre 2020 des vertus, sur recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Le royaume chérifien a voté «oui» à la résolution de l’Onu qui a retiré le cannabis de la liste des stupéfiants à risques.

Nombreux sont les spécialistes à avancer des arguments médicaux, sociaux et économiques pour inciter les autorités à légaliser l’utilisation du cannabis à des fins thérapeutiques. Néanmoins, ils préconisent une vigilance accrue dans ce domaine et l’établissement d’une législation strictement encadrée pour organiser, le cas échéant, le secteur industriel et commercial de ce genre de produits.

Les arguments

Lors d’un débat organisé par la chaîne de télévision marocaine 2M, Azday Benaceur, cofondateur du collectif marocain pour l’usage thérapeutique et industriel du cannabis, a présenté les bénéfices que pourrait tirer le Maroc de l’utilisation du cannabis dans de nombreux produits dérivés, «comme les médicaments, les tissus, les isolants thermiques ou les produits de beauté».

«La culture du cannabis, faut-il le souligner, est devenue culturelle dans la région du massif du Rif», affirme-t-il, ajoutant que «c’est une culture qui génère beaucoup d’emplois puisqu’elle compte beaucoup d’étapes de production» 
«Ces emplois peuvent faire intervenir même des femmes au foyer», ajoute-t-il, précisant que 90.000 ménages vivent de cette culture génératrice de revenus pour près de 760.000 individus.

L’avis d’un professeur de médecine

Outre ces avantages, la vigilance reste de mise. Intervenant dans le même débat, le Pr Jalal Taoufik, psychiatre, addictologue et membre de l’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS), explique que «l’usage du cannabis est une médaille à double revers».

«D’un côté, la plante contient du Tétrahydrocannabinol (THC), composant nocif et non exploitable médicalement. De l’autre, elle contient du Cannabidiol (CBD), qui est le composant thérapeutique majeur du cannabis aux nombreux bienfaits».

Ainsi, le Pr Taoufik avertit que «pour légaliser le cannabis, il faut bien en dissocier les usages».

À ce propos, le spécialiste attire l’attention sur le fait que «le cannabis commercialisé dans des pays où la consommation est dépénalisée, et le cannabis du Maroc sont très différents. […] Le premier contient très peu de THC et beaucoup de CBD», alors que «le type de cannabis cultivé au Maroc est plus dangereux, en termes de consommation récréative, que le premier».

Une condition sine qua non

Enfin, le Pr Jalal Taoufik prévient qu’il y a des critères scientifiques bien définis pour pouvoir exploiter le cannabis à des fins médicinales.

«La plante utilisée doit contenir très peu de THC, moins de 0,3%, et beaucoup de CBD, pour qu’elle soit exploitable et rentable», précise-t-il.

Selon les données 2019 de l’Office des Nations unies contre les drogues et le crime (ONUDC), le Maroc est le premier producteur mondial de cannabis avec une quantité annuelle de 35.000 tonnes. En 2015, des députés avaient déposé un projet de loi visant à légaliser le cannabis à usage industriel et thérapeutique.

Selon le site d’information TelQuel, qui propose de prendre exemple sur Israël dans ce domaine, la légalisation de l’usage du cannabis à des fins médicales et industrielles au Maroc pourrait rapporter 100 milliards de dirhams (10 milliards d’euros) par an au pays.

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Tags:
Maroc, cannabis thérapeutique, résine de cannabis, cannabis
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