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Un accident de la circulation a fait 53 morts et de nombreux blessés dans la nuit du 26 janvier dans la région de lOuest du Cameroun. Un bus est entré en collision avec un camion transportant du liquide inflammable. Pour les autorités, ce drame remet en exergue «la problématique des voyages de nuit et la nécessité de leur encadrement».

Les images de l’accident sont insoutenables et font encore le tour des réseaux sociaux au Cameroun. On peut y voir des dizaines de corps calcinés et des carcasses de véhicules incendiés, témoignant à suffisance de la violence de l’accident. En effet, dans la nuit du mardi 26 au mercredi 27 janvier, un bus de transport interurbain, en provenance de Douala, capitale économique du pays, est entré en collision frontale avec un camion, transportant du liquide inflammable dans le département de la Menoua, dans la région de l'Ouest du Cameroun. Selon un communiqué de Jean Ernest Ngalle Bibehe, ministre des Transports, le bilan fait état de 53 morts calcinés et 29 blessés graves.

«Tirer les leçons de ces hécatombes»

Dans le pays, le drame choque et suscite une vague d’émotions et d’indignation. Sur la Toile, de nombreux citoyens ont encore du mal à y croire.

Dans communiqué signé le 27 janvier, le chef de l’État Paul Biya s’est joint au reste du pays pour exprimer ses condoléances aux familles endeuillées, tout en enjoignant le gouverneur de la région de l’Ouest à «prendre avec diligence et en synergie avec les autres autorités compétentes, toutes les mesures appropriées pour assister les familles des victimes» a-t-il écrit.

Toutefois, au-delà de la douleur, des personnalités comme Cabral Libii, député de l’opposition, en appelle à tirer «des leçons définitives de ces hécatombes» devenues le lot quotidien des routes au Cameroun.

​En effet les routes nationales reliant les principales villes du pays Douala-Yaoundé-Bafoussam sont réputées pour leur dangerosité. Chaque année de nombreux drames de la même ampleur y sont enregistrés. Pas plus tard que le 27 décembre dernier, au moins 30 personnes ont été tuées et une vingtaine blessées dans un accident impliquant deux automobiles, vers deux heures du matin à Ndikiniméki, sur la route nationale numéro 4 dans la région du Centre du Cameroun.

La faute au voyage de nuit?

Bien que récurrentes, les tragédies sur la route au Cameroun relancent à chaque fois, et sans solutions concrètes, le débat autour des responsabilités. Si certains pointent du doigt la qualité des infrastructures routières, d’autres indexent l’irresponsabilité des conducteurs et la vétusté des véhicules.

Cependant, réagissant à ce dernier drame, dans son communiqué, le ministre des Transports souligne que «ce malheureux accident remet en exergue la problématique des voyages de nuit qu’affectionnent certaines compagnies de transport interurbain de personnes, et la nécessité de leur encadrement».

Cette problématique n’est pourtant pas si nouvelle. En 2011, un arrêté du ministre des Transports interdisait déjà la circulation au-delà de 21 heures des véhicules de transport en commun interurbain sur les axes routiers du pays. Une décision qui n’avait pas fait long feu à la suite des multiples pressions des transporteurs. Achille Assako, journaliste spécialiste de la prévention routière, persiste à dire que les voyages nocturnes sont potentiellement plus dangereux que les voyages diurnes.

«Si vous avez 50% de chance de survivre à un accident de jour, ces chances sont réduites à néant pour un accident de nuit, car la nuit les facteurs aggravants sont plus tangibles. Les services de secours ne sont pas actifs. On n’a pas déjà un système de sécurité routière efficace en journée à plus forte raison la nuit?» s’interroge-t-il au micro de Sputnik.

D’après des données officielles, bien que représentant à peine 5% du trafic, les voyages de nuit des transporteurs de passagers interurbains enregistrent 35% des accidents de la route. Si le sujet refait toujours surface après des tragédies nocturnes, les déplacements de ce type sont fortement ancrés dans les habitudes de nombreux voyageurs de certaines parties du pays. Ces derniers préfèrent cette option pour, disent-ils, profiter de la journée pour mener à bien leurs activités, faisant ainsi des bus, des dortoirs.

Si certains évoquent l’impact économique et les habitudes socioculturelles pour expliquer ces voyages nocturnes, d’autres comme Anne Féconde Noah, cadre du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN-opposition) estime que la pratique doit être révisée.

«La mesure conjoncturelle la plus évidente serait donc d'interdire les voyages de nuit aux agences qui font du transport interurbain, le temps d'assainir les pratiques, en y associant d'autres administrations aux missions connexes», soutient-elle dans une sortie sur son compte Facebook.

Pour certains observateurs, l’hypothèse de l’interdiction des voyages nocturnes ne serait qu’une fuite en avant. Ils appellent, plutôt, à une amélioration des infrastructures routières et à des mesures fortes dans la gestion des transports de personnes.

Pourtant, sur la piste des solutions pour stopper la saignée sur les routes, des réformes diverses ont pourtant été prises par le passé: sécurisation du permis de conduire via son informatisation, l’amélioration du processus d’obtention des visites techniques... Cependant, même les multiples campagnes de prévention routière et les sanctions appliquées ne semblent pas stopper la courbe des accidents.

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