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Une nouvelle attaque perpétrée contre des civils le 21 mars au Niger, dans la zone dite des trois frontières, porte le total des victimes depuis janvier à plus de 300. L’objectif des terroristes serait d’handicaper d’avantage l’ancrage de l’État dans cette zone et même de pousser Niamey au dialogue.

Les jours de deuil décrétés par le gouvernement se succèdent au Niger. L’assassinat de 137 Nigériens par des hommes armés dans les villages de Ntazayene et Bakorat, situés au Nord, dans le département de Tilia (région de Tahoua), a de nouveau plongé le pays, depuis ce mardi 23 mars, dans trois jours de deuil national décrété par le gouvernement.

Dans ce département majoritairement pastoral, des villageois ont été massacré, dimanche, par une centaine de «bandits armés» décrits comme «sans foi ni loi» dans le communiqué gouvernemental lu lundi soir à la télévision nationale. Les djihadistes présumés ont emporté au passage du bétail.

Le pays venait de sortir de trois jours de deuil (du 17 au 19 mars) à la suite des attaques du 15 mars, perpétrés par des djihadistes présumés et qui ont coûté officiellement la vie à 66 civils dans la région de Tillabéri.

L'attaque de dimanche, la deuxième donc du genre contre les civils en moins d’une semaine, mais aussi la troisième d’une série depuis janvier 2021, porte ainsi le total des victimes à plus de trois 300 dans la zone des trois frontières (entre le Niger, le Mali et le Burkina Faso).

Pour le gouvernement, c’est une étape de plus qui est franchie «dans l’horreur et la barbarie». «Des mesures sécuritaires et sanitaires renforcées ont été prises dans la zone et une enquête est ouverte pour retrouver et traduire devant les tribunaux les auteurs de ces actes lâches et criminels», poursuit le communiqué gouvernemental.

Handicaper l’ancrage de l’État dans la zone

En multipliant les attaques de grande envergure contre les civils dans cette zone frontalière régulièrement ciblée par les groupes djihadistes affiliés à Al-Qaïda* ou à l'État islamique (EI)*, l'objectif des terroristes est de «perturber l’image des autorités nigériennes, d’handicaper d’avantage l’ancrage de l’État, qui plus y est mis à mal par une réponse alambiquée des forces nationales opérant sous le couvert des forces internationale», selon Emmanuel Dupuy, président de l’industrie prospective et sécurité en Europe (IPSE) contacté par Sputnik.

Ces attaques qui se suivent sont également vues par M.Dupuy comme une volonté de ces groupes armées de «tester les nouvelles autorités nigériennes, voir si elles sont en capacité de répondre aux défis sécuritaire dans le pays, et montrer accessoirement qu’elles ne le sont pas en réalité».

Les terroristes essaient de montrer aux prochaines autorités que ce sont eux qui ont en main la situation sécuritaire dans la zone des trois frontières, «malgré la réponse internationale issue du sommet de N’Djaména (tenu le 16 février 2021), malgré la création du G5 Sahel et la montée en puissance de la force conjointe du G5 Sahel, malgré les appels à la mobilisation internationale et malgré la montée en puissance des forces européennes».

Une solution basée sur le dialogue?

La multiplication des attaques contre les civils au Niger pourrait également être un moyen de contraindre les autorités à envisager des pourparlers avec les djihadistes.

«On peut voir aussi dans les attaques des groupes armés un test pour les nouvelles autorités pour voir si le Niger est disposé, à son tour, à s'inscrire dans la même perspective que ses deux voisins, le Burkina Faso et le Mali, favorables au dialogue avec les groupes terroristes», affirme Emmanuel Dupuy.

Une option que le Président Issoufou Mahamadou et son gouvernement s’étaient toujours refusés à accepter, contrairement aux autorités du Burkina Faso et du Mali. Il est possible de citer à titre d’exemple la déclaration favorable à des négociations avec les groupes djihadistes faite par le Premier ministre burkinabé Christophe Diabré au début du mois de février 2021 lors de la présentation de son programme de gouvernement, ou encore celle du Premier ministre malien de transition Moktar Ouane, lequel a affirmé en décembre 2020 dans un entretien avec France 24 et RFI que «le dialogue avec les terroristes est une volonté des Maliens».

«Le Président nigérien a refusé sans doute [la négociation] sous la pression française. Mais les nouvelles autorités nigériennes ne peuvent plus faire abstraction de la réflexion sur la recherche d’une solution basée sur le dialogue», affirme Emmanuel Dupuy.

M.Dupuy pense d’ailleurs que les religieux ou même les ONG comme la communauté Sant Egidio, peuvent être de potentiels médiateurs dans ce dialogue.

Le Dr. Moulaye Hassane, enseignant-chercheur à l'université Abdou-Moumouni de Niamey et chef du programme Lutte contre la radicalisation et l'extrémisme violent au Centre d'études stratégiques et de sécurité du Niger, croit aussi que la multiplication de ces attaques n’a pour objectif que d’obliger les autorités nigériennes à s’ouvrir à la discussion avec eux.

Dans un récent entretien avec Sputnik, il estime que ces groupes armés sont «à bout de souffle», «manquent de moyens», sont acculés par les forces régulières nigériennes et que ce dialogue peut être pour eux une «porte de sortie».

«Mais je ne crois pas que s’attaquer à des civils soit une bonne tactique pour amener les autorités à dialoguer avec eux», a ajouté l’universitaire.

Une question sur laquelle devra certainement se pencher Mohamed Bazoun, le Président élu du Niger qui sera investi le 07 avril prochain.

*Organisation terroriste interdite en Russie

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terrorisme, attaque, Niger
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