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La crispation grandissante entre le Maroc et l’Algérie se ressent aussi sur la Toile. Ces jours-ci, des appels au boycott des dattes algériennes pendant le ramadan pleuvent sur les réseaux sociaux. Ces fruits, incontournables au ftour (repas de la rupture du jeûne), s’invitent même dans le menu du débat politique au royaume chérifien.

Dans le feuilleton des tensions algéro-marocaines, c'est une forme de contestation inédite qui agite actuellement les réseaux sociaux au Maroc. Depuis fin mars 2021, les dattes en provenance de l’Algérie sont visées par une campagne de boycott sans précédent sur la Toile marocaine. Le mouvement qui a démarré avec une simple publication anonyme sur Twitter datée du 30 mars dernier, s’amplifie aujourd’hui avec le début du mois sacré de ramadan. Mois où la consommation de dattes explose.

Hashtag de mobilisation massive

Chaque jour, plusieurs centaines de publications utilisant le hashtag #مقاطعة_التمور_الجزائرية (boycott des dattes algériennes) sont postées par des internautes marocains sur Facebook, Twitter, Instagram et même sur YouTube. Partagées à profusion, elles sont accompagnées d’illustrations de champs de palmiers dattiers marocains ou de photos de boîtes de dattes algériennes barrées d'une croix rouge. Le flux est tel que ces posts se sont hissés parmi les tendances nationales sur les plateformes virtuelles dans le pays.

Emmanuel Macron s'est rendu au collège Bois d'Aulne de Conflans-Sainte-Honorine, où enseignait le professeur d'histoire décapité, le 16 octobre 2020
© REUTERS / Abdulmonam Eassa/Pool via REUTERS
L’objectif affiché par les instigateurs et suiveurs de cette campagne de boycott: pousser à la consommation des dattes locales à la place de celles importées d’Algérie et «rendre justice» aux cultivateurs de l’oasis de Figuig. Pour rappel, l’armée algérienne avait expulsé, début mars dernier, une trentaine de familles d’agriculteurs marocains de cette oasis frontalière. À l’origine de ce nouveau revirement, la sempiternelle question du Sahara.

«Le boycott des dattes algériennes est un devoir national pour tous les Marocains, les vrais… Il faut que l’on encourage notre production locale», écrit cet internaute.

​«Chaque Marocain doit être solidaire avec ses frères meurtris de Figuig en boycottant à son tour les dattes algériennes, dans chaque ville, chaque village, à travers le royaume chérifien. Et que nos généreux marchands le sachent, notre devise est désormais: le Maroc d’abord, les cultivateurs marocains d’abord!», lance cet autre internaute.

Pour mobiliser encore plus de monde, tous les moyens sont bons. Certains internautes marocains pro-boycott n’hésitent pas à en rajouter une couche. En plus de convoquer l’argumentaire nationaliste, certains vont jusqu’à remettre en cause l’innocuité même des dattes algériennes en les accusant d’être toxiques, radioactives. Encore pire, elles seraient, selon certains de leurs détracteurs, infectées par un insecte mortel. Des informations non-attestées qui relèveraient plutôt de la surenchère, selon certains observateurs.

«Les Marocains doivent savoir que les dattes algériennes sont totalement impropres à la consommation car elles ont été cultivées dans des terres où la France a testé des armes chimiques», peut-on lire sur ce tweet.

Malgré les imprécisions qui le marquent, le mot d'ordre semble être plutôt bien suivi. En témoignent certains épiciers qui ne veulent plus exposer les dattes stigmatisées sur leurs étalages, comme le montrent certaines photos et vidéos partagées sur les plateformes numériques.

Guerre virtuelle

Dans un reportage du site d’information marocain aldar.ma, largement relayé sur la Toile, un commerçant de Meknès, au centre du royaume, explique que les dattes algériennes ne trouvent presque plus d'acheteurs dans les épiceries de la ville à cause de la campagne de boycott. C’est ce qui l’aurait poussé à les mettre de côté.

La pression est telle que des internautes se sont crus obligés de montrer, dans des vidéos postées sur le réseau social Twitter, qu’ils respectent bien le boycott. «J’ai acheté des dattes tunisiennes à un bon rapport qualité/prix», lit-on sur ce tweet.

​À coup de posts incendiaires, les dattes algériennes se transforment, tout à coup, en symbole symptomatique de la franche hostilité entre les deux frères ennemis, souligne au micro de Sputnik Mustapha Tossa en décryptant l’étonnante mobilisation en cours.

Cet analyste et politologue marocain estime que la campagne de boycott n’est que «le fruit des tensions politiques qui se sont accrues depuis que le Maroc a réussi à arracher la reconnaissance américaine de sa souveraineté sur le Sahara».

«Après ce tournant, le régime algérien a volontairement ouvert les vannes médiatiques et politiques de la haine contre son voisin de l’ouest ... S’en est suivi de violentes campagnes de dénigrement, souvent à la limite de l’insulte entre les deux pays. Ce qui était difficilement retenu pendant l’ère de Bouteflika, est devenu monnaie courante récemment. Une escalade manifeste a eu lieu après la décision algérienne de déposséder des exploitants marocains de la palmeraie d’Al Arja. Au Maroc, conscients de la puissance qu’ont les réseaux sociaux d’additionner les mécontentements individuels pour en faire un mouvement collectif virtuel, certains internautes ont pensé à une contre-attaque censée porter un coup dur, un coup vengeur si l’on ose dire, au porte-monnaie algérien. D’où cette campagne de boycott», poursuit Mustapha Tossa.

Des vues de la marche et du sit-in qui s’en est suivi, jeudi 18 mars à Figuig, à l'extrême-est du Maroc.
© Photo / Figuig Photographie/Mustapha El Marzouki
Le déluge d’appels en cours contre les dattes algériennes rappelle le mouvement «#Moukatioun» («#nous_boycottons», en français). Lancé anonymement sur les réseaux sociaux en 2018, il avait surfé sur le ras-le-bol général dans le pays contre la cherté de la vie. En particulier une eau minérale, une marque de produits laitiers et un distributeur de carburants avaient été visés par ce mouvement, qui avait fait avancer comme principal argument leur «prix exorbitant».

L’impact s’était lourdement fait sentir sur les entreprises concernées. Celles-ci avaient dû mener de longues campagnes de communication de crise pour calmer les esprits. D’ailleurs encore aujourd’hui, pour bien marquer le coup, les adhérents à l’actuel mouvement de boycott utilise le même terme qui fait mouche: «#Moukatioun».

«Pour l’instant, ce mouvement de masse n’est qu’une manifestation non violente et indolore. Mais s'il prenait de l’ampleur et atteignait son objectif, sa nature pourrait évoluer jusqu’au point d’envenimer encore plus le conflit diplomatique entre Rabat et Alger», prévoit le politologue marocain.

Bien qu’il soit classé 12e producteur mondial de dattes (en 2019), le Maroc importe principalement de la Tunisie, de l’Algérie, des Émirats arabes unis, d’Arabie saoudite et d’Égypte pour combler ses besoins en dattes pendant le mois de ramadan. Une situation paradoxale due principalement aux problèmes de conservation que posent les dattes marocaines.

Selon les chiffres de la Fédération interprofessionnelle marocaine des dattes (Fimadattes), en 2020, le pays en a importé près de 50.000 tonnes au total. De la Tunisie, le Royaume a importé plus de 20.000 tonnes entre octobre 2020 et mars 2021, ce qui fait de lui le premier importateur des dattes tunisiennes. Après viennent celles d’Algérie, d’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, selon la Fimadattes qui ne précise pas les chiffres exacts relatifs aux dattes algériennes.

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ramadan, Algérie, Maroc
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