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Les États-Unis et le Canada font face à une multiplication des actes de violence contre des gens d’origine asiatique. Au pays de l’oncle Sam, plus de 6.600 incidents violents ont été signalés depuis le début de la pandémie. Dans la ville canadienne de Vancouver, ce type de crimes a augmenté de 717% en un an! Un phénomène appelé à empirer?

Le 18 mai, un Asiatique était molesté dans le quartier de Hell’s Kitchen de New York. Insultes, agressions physiques, tentatives de meurtre, fausses alertes à la bombe: la presse américaine rapporte de plus en plus d’actes haineux commis à l’encontre de citoyens originaires d’Extrême-Orient. Selon une étude du Centre pour l’étude de la haine et de l’extrémisme de l’université de San Bernardino, en Californie, les signalements de crimes similaires ont augmenté de plus de 164% durant le premier trimestre de 2021. Les données ont été enregistrées dans seize grandes villes du pays.

Une vidéo de surveillance publiée mardi montrant un homme #Asian de 80 ans en Californie du Nord être attaqué et volé par deux adolescents samedi. La police a déclaré que la victime avait perdu sa montre et subi des blessures mineures.

Rappelons que, à la mi-mars 2021, huit personnes ont été tuées dans une série d’attaques à Atlanta, parmi lesquelles six femmes d’origine asiatique.

Les autorités sont inquiètes

Dans la mégapole californienne de Los Angeles, c’est le double du nombre d’agressions qui a été enregistré par rapport à 2020. Selon l’organisme Stop AAPI Hate [Asian Americans and Pacific Islanders, ndlr], plus de 6.600 incidents violents ont été signalés sur le territoire depuis la première vague de Covid-19. Sur les réseaux sociaux, les mots-clics #AsianLivesMatter, #StopAsianHate et #StopAppiHate sont couramment utilisés pour dénoncer la situation.

«Vidéo choc: un homme asiatique brutalement attaqué dans le métro de New York! On ne sait pas exactement quand l’agression a eu lieu. Le service de police de la ville de New York demande l'aide du public pour recueillir des informations sur l'incident.»

Le Canada tout aussi touché par «l’asiaphobie»

Au pays à la feuille d’érable, les actes haineux commis contre des citoyens d’origine asiatique connaissent une recrudescence spectaculaire. Dans la ville portuaire de Vancouver, où évolue une importante communauté chinoise, ce type de crime a augmenté de 717% depuis la pandémie! Campagnes de sensibilisation et manifestations s’enchaînent afin d’attirer l’attention du public sur une réalité consternante.

Cofondatrice de l’organisme Stand With Asians Coalition, au Canada, Doris Mah observe d’importantes similitudes entre la situation dans son pays et celle qui prévaut aux États-Unis. Au micro de Sputnik, elle confie craindre toutefois que le phénomène ne dégénère davantage au sud de la frontière canadienne.

«Le racisme envers les personnes asiatiques n’est pas nouveau au Canada. Il s’est notamment manifesté à travers les politiques discriminatoires de l’ex-Premier ministre John A. Macdonald envers les immigrés chinois. […] La pandémie de Covid-19 a réactivé quelque chose qui s’était quelque peu dissipé. […] Le tout premier cas de Covid-19 enregistré au Canada a été amené par un Torontois qui avait séjourné à Wuhan. Les gens sont fâchés», souligne notre interlocutrice.

Le 22 avril dernier, devant une situation qui se dégrade, le Sénat américain a adopté une législation visant à accélérer le traitement des plaintes relatives à ces agressions xénophobes. Un seul sénateur sur 94 a voté contre l’adoption du texte.

«Le racisme a toujours existé en Amérique, malheureusement, et l’empreinte du sentiment anti-asiatique remonte à des siècles jusqu'à des chapitres sombres de notre histoire, comme la loi d'exclusion chinoise et l'internement des citoyens japonais pendant la Seconde Guerre mondiale», a déclaré avant le vote Chuck Schumer, le chef de la majorité démocrate au Sénat.

Plus de 85 groupes asiatiques LGBT s’opposent toutefois à la nouvelle disposition, arguant qu’elle fait l’impasse sur les causes et conséquences «systémiques» du racisme. Une opposition qui n’empêche pas Doris Mah de souhaiter que le Canada mette en place le même genre de mesure. D’autant plus que, selon elle, la grande majorité des incidents à caractère haineux n’est pas rapportée aux autorités.

«Dans la communauté chinoise en particulier, il y a une sorte de culture du silence. Notre organisme entend mener à bien un travail d’éducation pour inciter les victimes de ces actes à dénoncer. […] Certains immigrés asiatiques viennent aussi de pays où la police est très corrompue, alors, même une fois installés au Canada, ils ne font pas confiance aux autorités», explique Doris Mah.

Début février 2020, à l’occasion d’une célébration du nouvel an chinois à Toronto, le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, avait tenté de réconforter les membres de la communauté asiatique:

«Les Canadiens d’origine chinoise, vietnamienne et coréenne rendent cette ville plus forte, plus vibrante, plus prospère. […] Les manchettes ont été difficiles pour vous ces dernières semaines. Vous vous inquiétez pour vos proches. Nous devons être solidaires», avait déclaré le chef libéral.

Du côté américain, une étude récente du centre Pew Research a conclu que près d’un tiers des adultes asiatiques voyaient un lien entre le discours de Donald Trump relatif au «virus chinois» et la prolifération des gestes de haine.

Les Asiatiques accusés d’avoir propagé le virus

L’ex-Président républicain aurait ainsi contribué au retour de la rhétorique sur le «péril jaune». Pour Doris Mah, le discours de Donald Trump a sans doute jeté de l’huile sur le feu, mais ne peut pas tout expliquer, surtout au Canada. La montée en puissance de la Chine contribuerait également à instaurer un climat de suspicion en Amérique du Nord, reconnaît-elle:

«Tous les incidents qui se produisent ne sont pas des agressions physiques ou ne causent pas des dommages matériels. Parfois, il s’agit d’une haine plus subtile. […] La réussite sociale des citoyens asiatiques semble aussi parfois déranger. […] Il y a un mélange de peur et de méfiance», conclut notre interlocutrice.

 

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Tags:
xénophobie, Justin Trudeau, Donald Trump, criminalité, racisme, États-Unis, Canada
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