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Est-ce que la vente d’armes aux Émirats arabes unis validée par Donald Trump représente une potentielle faille pour la défense américaine? Joe Biden aurait-il raison de l’annuler? Analyse de Jean-François Geneste, PDG du Warpa, au micro de Rachel Marsden.

Que cache l’apparente schizophrénie de l’administration Biden en matière de Défense? Le 25 mai, le Wall Street Journal relevait les inquiétudes exprimées par des responsables américains concernant la vente d’avions de combat F-35 à Abou Dhabi, un accord passé sous Donald Trump, mais en cours de réexamen par l’équipe du Président démocrate.

Ce ne sont pas tellement les dégâts que de telles armes pourraient causer entre les mains des Émiratis –impliqués dans des guerres allant du Yémen à la Libye– qui préoccupent les Américains, mais plutôt le rapprochement entre Abu Dhabi et Pékin. Une raison suffisante pour renoncer éventuellement à la vente d’armes pour un montant de 23 milliards de dollars, comprenant 50 chasseurs F-35, 18 drones Reaper et des munitions intelligentes?

Jean-François Geneste, PDG du World Advanced Research Project Agency (Warpa) et ancien vice-président et directeur scientifique d’Airbus, explique l’attitude des États-Unis par «leur paranoïa induite par leur complexe de supériorité»:

«En gros, si les Chinois avaient accès à la technologie américaine, ils pourraient la copier. Le complexe de supériorité américain fait qu’ils sont dans une optique de rattrapage, c’est la vision américaine et même occidentale de la Chine. Mais cette époque est passée depuis longtemps maintenant et la Chine comme la Russie, et peut être l’Inde un jour, entendent faire la course en tête et développer eux-mêmes leur propre technologie.»

Le danger que les Chinois puissent profiter de l’achat émirati pour se servir des secrets technologiques américains n’en est pas moins réel.

«Ils vont pouvoir avoir accès à leurs avions, à leurs logiciels. Ils vont pouvoir faire rentrer dans leurs algorithmes les comportements de ces avions-là. Donc ils vont contrer les leurres et échappatoires parce qu’ils vont pouvoir prédire par avance, avoir un modèle d’avion qui va permettre de gagner quelques micro ou millisecondes dans les décisions des algorithmes», estime l'expert.

Mais ce serait le même risque qu’encourent les ventes américaines aux autres pays. L’ancien directeur scientifique d’Airbus relativise donc le problème émirati:

«Sur le F-35, je ne suis pas convaincu qu’il y ait beaucoup de secrets à copier. Si les Chinois veulent espionner le F-35, ils peuvent espionner la Hollande, l’Allemagne, c’est peut-être aussi facile que les Émirats arabes unis.»

Au même moment, un rapport du Pentagone daté du 6 mai a autorisé les drones chinois fabriqués par la société Da Jiang Innovations (DJI). Il y est noté que ces appareils sont «recommandés pour une utilisation par les entités gouvernementales et les forces travaillant avec les services américains». Ces drones avaient été pourtant interdits en janvier 2020.

Jean-François Geneste explique cette décision en apparence contradictoire:

«Pour les États-Unis, tout appareil chinois a vocation d’espionnage. Cela résulte encore du complexe de supériorité américain, du fait qu’ils pensent que les Chinois ne sont pas capables d’inventer par eux-mêmes. Ce qui fait que pour eux, la technologie des drones chinois étant mineure, ils lâchent finalement du lest dessus.»

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Chine, États-Unis, Émirats Arabes Unis
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