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    La culture et les arts 25.03.10

    La culture et les arts 25.03.10

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    Aujourd'hui au programme : Sviatoslav Richter, le grand musicien du XXème siècle aurait eu 95 ans la semaine dernière La semaine de la mode à Moscou prend le relais de Paris Le mois international de la photographie à Moscou


    Repousser les limites de l'art

    La stature de sa personnalité le plaçait au rang des géants du siècle passé, comme l'écrivain français Marcel Proust, le peintre espagnol Pablo Picasso et le compositeur anglais Benjamin Britten. Grand musicien du XXème siècle, Sviatoslav Richter aurait eu 95 ans le 20 mars.
    L'héritage de Richter ne se limite guère à la vaste discographie du pianiste. Notre programme de ce soir aura pour fil conducteur les mémoires et les « Carnets et souvenirs» » de Svatoslav Richter où le musicien nous livre ses réflexions sur l'art qui méritent le plus grand intérêt

    « Je voudrais avoir mon empreinte personnelle qui me servirait de signe de reconnaissance », a avoué un jour Sviatoslav Richter avant d'ajouter » : « Quel genre de signe? La synthèse de tous les arts que Dieu avait crées! » Bien des choses s'alliaient en lui en générant une puissante énergie créatrice. Il composait de la musique, était un peintre de talent et se révélait depuis ses jeunes années comme réalisateur et même dramaturge. C'était aussi un acteur très doué. Beaucoup se souviennent de son rôle unique, celui de Ferentz Liszt, qu'il avait interprété dans le film « Mikhaïl Glinka ». Mais tous ceux qui avaient eu la chance d'être invités aux célèbres mascarades du Nouvel An qui se donnaient dans la maison de Svaitoslav Richter et de sa femme, la chanteuse Nina Dorliak, pouvaient se convaincre de l'exceptionnel don d'incarnation que possédait ce musicien.
    Quant à la synthèse des arts, on doit à Richter la formule inédite des « Soirées de décembre » quand la musique s'alliait à la peinture et au théâtre. « Pour faire bien comprendre la musique, - disait Sviatoslav Richter en parlant de ces soirées, - il faut absolument introduire un certain côté théâtral qui manque dans l'ambiance aride et officielle des salles de concerts ».
    Richter faisait également et surtout la sythèse des arts dans ses interprétations géniales de musique pour piano. Laissons parler le musicien lui-même qui avait donné un jour la description suivante de son travail sur une pièce de Debussy : « Je cherche à obtenir des automatismes à la manière des danseurs de ballet ». Voilà une autre expression inédite de son cru : « Il n'est pas du tout difficile de voir la musique. J'ai mon propre cinéma à ceci près que je montre le film avec mes doigts! ». Parfois il exprimait sur la musique des jugements qui seraient mieux à leur place dans la bouche d'un sculpteur : « Un bloc dur à tailler » à propos de sonate pour violon et orchestre de Chostakovitch. Dans une sonate de Schubert, il a cru reproduire la genèse telle que décrite dans l'Ancien Testament : « Avec une dextre on crée la mer et avec l'autre on élève les montagnes ». Le plus merveilleux, c'est qu'on entend réellement dans le jeu de Richter tantôt « le travail du sculpteur », tantôt la légèreté d'une danse sur les pointes. « Le scherzo N4 de Chopin », - nous suggère Richter, - est l'histoire d'un ange qui n'a pas encore appris à voler : il heurte le rocher et se casse une aile ».
    Richter rêvait de pouvoir jouer au moins une fois dans la vie pendant 24 heures d'affilé. Il avait même composé une dramaturgie musicale fort détaillée de cette journée en se révélant à la fois comme metteur en scène et peintre : « Je dois regarder par la fenêtre, - disait Richter, - et choisir les oeuvres à interpréter d'après la position du Soleil dans le ciel, l'épaisseur des nuages et la disposition des taches de lumière ». Le nom de Tchaïkovski est évoqué deux fois au cours de cette journée fantastique : il faut jouer la musique de Tchaïkovski « quand le Soleil est au zénith » et « au crépuscule », quand Richter propose « Les rêves du soir ».
    « Il me faut tout...ou rien, - a dit un jour Richter. - J'ai un appétit inassouvi pour la musique ». Le répertoire de Sviatoslav Richter était tout smplement prodigieux. Il renfermait près de 900 oeuvres, depuis Bach jusqu'à Chostakovitch interprétées en 55 ans! On lui doit l'une des meilleurs « encyclopédie des images musicales » au monde ce qui fait penser que ce magicien de la musique n'avait pas de tâches insolubles. Et pourtant si... à preuve l'aveu de sa propre « défaite » ... infligée par Mozart fait par Richter lui-même « Je connais bien Mozart qui se démène entre la lumière et les ombres, - mais n'arrive pas à le saisir. Plus j'essaie de le faire et plus il me glisse entre les doigts. Il faut stopper Mozart pour pouvoir le sonder. Mais c'est précisément cela qui est impossible ». D'ailleurs, on a du mal à croire l'interprète qui s'avoue être vaincu par le compositeur si cet interprète est Sviatoslav Richter.
    Quand il jouait, Richter donnait au public le pouvoir de voir, toucher et même sentir la couleur et l'odeur de l'image musicale. Son jeu prenait avec l'âge une dimension philosophique de plus en plus profonde. Mieux encore, le musicien a fait du langage musical partie intégrante de son propre discours direct. « Le message » de Richter que l'on trouve dans n'importe quelle oeuvre de son répertoire (quel qu'en soit l'auteur!) était parfaitement compris par le public d'une quarantaine de pays où le pianiste avait eu le temps de se produire. Pourquoi? Mais sans doute parce que, comme l'avait écrit un critique musical : « Sviatoslav Richter nous parle toujours des choses importantes dans la langue qu'il maîtrise à merveille. Il parle mieux que ceux qui se sont empressés de troquer la langue sublime du bien et de l'art contre le patois de la colère et de la haine, c'est pour cela qu'il s'est avéré plus sage et plus pur que nombre de ses contemporains ».

    Esprit russe de la mode mondiale
    Les défilés de mode printemps-été 2010 se clôturent traditionnellement à Moscou après avoir fait tout aussi traditionnellement le parcours - New York -Milan - Paris. La semaine de la mode dans la capitale russe a pris son départ le 20 mars. Les stylistes russes qu'ont-ils préparé en prévision de cette revue qui détermine les tendances de la saison automne-printemps 2010-2011? Ils l'ont révélé eux-mêmes dans une interview à la « Voix de la Russie ».
    Sur une quarantaine de stylistes dont les collections seront présentées sur le podium de Moscou, le public distingue surtout Antonina Chapovalova. Ses idées originales et son ardeur juvénile sont appréciées de tous. D'ailleurs, cette fois Antonina donne dans le sérieux qui ne manquera pas de suprendre ses adeptes. Sa nouvelle collection s'appelle « La Victoire! » et est consacrée au 65ème anniversaire de la Victoire sur l'Allemagne nazie qui sera célébré en mai.
    La collection est consacrée à la victoire, ce symbole universel qui incarne le dépassement de soi, le combat contre l'adversité, l'aspiration à la perfection animée d'ambitions sans cesse renouvelées. Son leitmotif, c'est précisément le Victoire de 1945 et les images militaires de la Seconde guerre mondiale. Les modèles sont taillés et coupés par référence à la tenue des soldats et officiers. C'est une collection qui donne à la féminité une touche de virilité.
    Le styliste de renom Max Tchernitsov se sent également attiré par un domaine nouveau. Si avant, il puisait son inspiration dans les milieux des jeunes non-conformistes à coups de ses collections comme « Incendie! » et « Méduse » avec des imagnes masculines extravagantes signées Tchernitsov, le voilà qui préfère désormais l'image d'un «preux russe ». Sa nouvelle collection s'appelle « l'esprit russe »
    Cette collection fait appel aux éléments ethniques, - dit Max en parlant de ses modèles. - J'ai surtout privilégié les broderies du Sud de la Russie et ukrainiennes aux couleurs vives et chantoyantes dans les coloris bleus et rouges sur fond blanc et représentant des oiseaux, des animaux, des cavaliers, des fleurs... « L'esprit russe » me paraît être un sujet d'actualité. Ces derniers temps on parle beacoup de l'idée nationale et j'ai l'impression que la société est en train d'opérer un retour aux sources. Loin de moi est l'idée d'habiller tout le monde de chemises brodées, de pantalons bouffants ou de bottes de feutre. Par contre, la synthèse des technologies, du design contemporain et des traditions peut générer un produit très intéressant. C'est précisément l'expérience que je suis en train de monter.
    L'idée de la nouvelle collection de Victoria Anreïanova, styliste russe de rayonnement mondial, est plus abstraite mais se distingue en revanche par une fantaisie débordante!
    La nouvelle collection, - raconte Victoria, - fait surtout appel aux lainages rayés. La combinaison des coloris jaunes et gris qui donnent ensuite dans les mauves et oranges, bleus et rouges, c'est autant la signature de la Maison de haute couture... Le procédé principal que j'ai utilisé dans ma collection est celui d'image de miroir. De même que dans un kaléidoscope d'enfant, dans la symétrie chacun est libre de faire sa lecture de tel ou tel motif. Les rythmes des rayures « travaillent » en ce sens qu'ils rendent la taille plus mince en donnant en même temps plus de volume aux épaules et aux hanches pour créer finalement une silhouette en sablier. Victoria décrit ensuite son nouveau modèle. C'est un pardessus réalisé en multicouche. Quand on regarde la femme qui porte ce genre de pardessus, on a l'impression qu'elle est habillée d'une veste et d'une jupe aux motifs. On découvre que c'est un pardessus seulement au moment où elle s'en débarasse.
    La semaine de la mode nous livrera comme toujours une profusion d'images intéressantes.

    Le printemps de la photo à Moscou

    C'est déjà devenu un signe du printemps avec « la crue photographique » qui submerge la capitale russe au mois de mars. L'actuel, le VIIIème, Mois international de la phorographie ou la « Photobiennale-2010 » renferme plus d'une centaine d'expositions des maîtres chevronnés et des jeunes auteurs.
    Les thèmes du festival sont on ne peut plus clairs, tels qu'ils ont été formulés à la cérémonie officielle d'ouverture. C'est tout d'abord « Vive la France! », qui rejoint naturellement l'Année croisée France-Russie, de même que les « Rétrospectives » et les « Perspectives ». Toutefois, à en croire Olga Sviblova, critique d'art reconnue et organisatrice de la Biennale, les sujets ne sont pas cloisonnés et leur diversité se retrouve dans chacune des expsositions. C'est déjà une tradition bien établie.
    Notre principe d'organisation est traditionellement très simple, - raconte Olga Sviblova. Il y a 50% de participants étrangers et 50% de russes. Nous faisons toujours part aux classiques de la photographie mondiale et russe et montrons les travaux des jeunes photographes. La simplicité apparente de ces sujets n'en reflète pas moins les grandes tendances qui se font jour dans la culture. Nous nous alignons sur les grands maîtres tout en restant ouverts aux jeunes. Le festival offre la rare posibilité de les unir pour créer l'espace normal qui s'appelle la culture.
    Le classique soviétique Arkadi Chaikhet et les célèbres photographes français Henri Cartier-Besson et Martine Frank représentés par leurs travaux précoces, s'inscrivent parfaitement dans le thème des rétrospectives, tout comme l'exposition nostalgique « Les doux rêves de la mémoire » dédiée au 40ème anniversaire du plus ancien des festivals internationaux « Les rencontres photographiques d'Arles ». ... Il en va de même de l'exposition des « dix photographes » préparée pour le 50ème anniversaire du collectif créateur unique des photographes suédois. Par contre, le maître de la photographie mondiale Anthony Swo est à mille lieues de « rétrospective » parce que son projet « l'Amérique au temps de crise » reflète les événements les plus récent. C'est en plus une pemière mondiale! Anthony Swo, ce lauréat du Prix « World Presse Photo », équivalent d'Oscar de la photographie, n'a jamais pu montrer son Amérique au temps de crise en Amérique elle-même et espère qu'il aura cette possibilité après l'exposition de Moscou.
    Peter Lindberg, le maître de la photographie fashion, a amené à Moscou ses nouveaux projets « Invasion » et « Cinéma » après les avoir montré à Paris. On peut dire que c'est déjà un vieux routier de Moscou.
    Mon premier séjour à Moscou remonte à 1992. Je suis revenu en 2002 avec une grande exposition. Je suis donc bien placé pour faire les comparaisons et je dois dire que Moscou vit des changements fulgurants et que l'énergie de cette ville croît d'année en année. La Biennale de Moscou me semble être un des meilleurs festivals de ce genre et je suis fier d'en faire partie.
    Pour marquer l'attention et le sentiment de sympathie que leur inspirent les oeuvres de leurs collègues français et la France en général, les photographes de Moscou présentent le projet « Moscou-Paris ». Pour les Russes Vladimir Michoukov, Julia Bytchkova et Dmitri Zverev Paris n'est pas du tout un objet destiné à figuer dans un album touristique. C'est La Mecque professionnelle où ils ont fait leurs stages, une ville « vivante » pleine de surprises et même d'aventures. Quant à Léonid Tichkov, c'est l'objet d'une fantaisie tout ce qu'il y a de plus «cool » avec un Paris considéré du point de vue de la Lune. Le travail de Tichkov « La lune privée. Le voyage à Paris » est venu à Moscou après avoir séjourné à Paris à l'occasion de l'inauguration de l'Année de la Russie en France et s'inscrit maintenant dans sa continuation à Moscou

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