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    Alexandre 1er et le projet d'une Grande Pologne

    Alexandre 1er et le projet d'une Grande Pologne

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    Après les paroles dures adressées par Napoléon à l'ambassadeur russe, le prince Kourakine, pendant la célébration de l'anniversaire de l'Empereur, en Europe, la guerre paraissait imminente pour tout le monde.


    Après les paroles dures adressées par Napoléon  à l'ambassadeur russe, le prince Kourakine, pendant la célébration de l'anniversaire de l'Empereur, en Europe, la guerre paraissait imminente pour tout le monde. Napoléon a fait comprendre au tsar Alexandre que sa patience avait des bornes qui avaient été dépassées. Les intérêts des deux superpuissances de cette époque étaient entrés en contradiction au sujet du Grand Duché de Varsovie. Les Russes, tout comme Napoléon, avaient besoin de l'Etat polonais vassal en forme de zone-tampon entre la Russie et le reste de l'Europe. L'Empereur avait ménagé la Russie en ne recréant qu'un Grand duché, mais pour la Russie, la recréation d'une Pologne forte restait comme une épée de Damoclès suspendue.

    En 1812,  fin mars,  l'ambassadeur  russe à Vienne a transmis  à l'Empereur Alexandre un message secret :  à Paris, un accord franco-autrichien avait été signé. Selon cet accord, l'Autriche s'engageait à  fournir 30 000 soldats pour aider Napoléon. Celui-ci garantissait, prétendait  le message, aux Autrichiens que la  Moldavie et la Valachie (une région, occupée à l'époque par les troupes russes, située dans le sud de la Roumanie actuelle)  seraient reprises à la Russie et remises aux Autrichiens. Ils recevaient également l'assurance de recevoir toute la Galicie et d'autres territoires russes sur la frontière. Par la même occasion, l'ambassadeur russe informait que les généraux autrichiens lui avaient promis officieusement et traitreusement qu'en cas d'opérations militaires contre la Russie, leurs troupes n'iraient pas à l'intérieur des vieux territoires russes mais se contenteraient des terres slaves dans le Sud.  

    Un des proches conseillers d'Alexandre, le Prince Kotchoubey, n'en finissait pas de répéter que les deux unions de Napoléon - avec la Prusse et avec l'Autriche,  étaient nécessaires non pour renforcer la Grande Armée, mais plutôt pour attirer une partie des forces russes vers le nord et le sud et affaiblir l'axe principal, celui menant à Moscou. La Prusse s'engageait à fournir à Napoléon 20 000 soldats pour la future guerre, l'Autriche - 30 000. Mais Alexandre n'était pas pressé. Il refusait de croire que la guerre était imminente :  « Ce sont les Polonais qui organisent ce complot, disait-il. Moi, je saurai  les refréner ».

    Le 6 mars 1812, le commandant  en chef de la 1ère armée Barclay de Tolly rapportait  au grand prince Konstantin Pavlovitch à  Vilna  (c'est lui qu'Alexandre avait l'intention de mettre à la tête de la monarchie byzantine  reconstituée) :  selon ses information,  « le colonel  des troupes de Varsovie Tourski  est parti  de l'étranger pour Kovna afin d'examiner les frontières russes ».  En réponse, Konstantin Pavlovitch a ordonné de prendre à Vilna toute la correspondance secrète, l'argent public, une partie des archives qui peuvent donner une idée sur le nombre de cheminées, c'est-à-dire de maisons sur le territoire lithuanien, et les cartes géographiques et de les apporter à Pskov. Sur les territoires peuplés essentiellement de Polonais et de Lithuaniens, ont apparu des tracts appelant la population autochtone à se lever contre la domination russe. Bien sûr, Napoléon était au courant du mécontentement vis-à-vis d'Alexandre dans les provinces occidentales. Mais la question russo-polonaise, était-elle actuelle et si oui, à quel point elle était aigue ? Alexandre se rendait parfaitement compte que les Polonais  n'accepteraient jamais la perte de leur indépendance.  

    Une des pages les moins bien connues dans l'histoire des relations russo-polonaises de cette époque, ce sont les projets de l'Empereur de reconstituer la Pologne. Dans sa lettre au prince Czartoryski du 31 janvier  1811,  L'Empereur russe écrivait: « Par cela, j'entends la réunion de tout ce qui constituait autrefois la Pologne, y compris les régions russes, excepté la Biélorussie, de façon que les fleuves Dvina, Berezina et Dniepr soient des frontières entre elles ». De plus, il prévoyait de reconstituer comme une entité autonome la Principauté Lituanienne, un vassal de la Russie. Le nouvel Etat devait être formé de trois provinces : de Grodno, de Vilna, de Minsk, de Kiev, de Podolsk,  de la région actuelle polonaise de Białystok et ukrainienne -  de Tarnopol. Le Comte Oginski a présenté à l'empereur en 1811 plusieurs notes à ce sujet. La guerre avec Napoléon qui avait éclaté, n'a pas permis de mettre en pratique ces réformes, très inhabituelles pour l'histoire de Russie.

    Mais, est-ce qu'Alexandre couvait vraiment des plans de transformations aussi importantes des frontières occidentales de son empire ?  N'était-ce pas dicté uniquement par la conjoncture de cette époque ?  C'est qu'Alexandre savait que les  aristocrates polonais s'étaient adressés plus d'une fois à Napoléon avec la demande de reconstituer la Grande Pologne. Napoléon a promis son soutien. Pour gagner les sympathies des Polonais,  Alexandre  voulait faire la même chose que Napoléon : créer un état vassal dans l'Ouest de Russie, loyal pour son voisin oriental. En fait, la France s'intéressait moins à la Pologne que la Russie. Mais en réalité, Alexandre n'avait pas l'intention de mettre en pratique ses projets. Ce qui lui importait, c'est de faire naitre un espoir dans l'âme de ses sujets infidèles, et de freiner ainsi leur résistance ouverte. Pour cela, on faisait autre chose. Trois mois et demi  avant le début de la guerre, l'Empereur Alexandre, pour flatter l'orgueil de la population polonaise,  a ordonné d'accorder au collègue des jésuites de Polotsk le statut de l'Académie, avec tous les droits qui en découlent. Le décret était signé le 1er mars 1812. Pour l'université de Vilna, d'énormes subsides étaient alloués. La menace d'une guerre contre Napoléon a incité à recourir à d'autres mesures.    

    Comme il n'était pas certain que ses ordres soient  accomplis exactement,  et  comme on avait peur des événements imprévus dans le pays, où par ce temps trouble « tous mouvements politiques et séparatistes » étaient possibles, vu la population hétérogène, l'Empereur Alexandre a désiré faire un voyage vers les frontières occidentales de son empire, vers l'armée que commandait Barclay de Tolly. Pendant le diner à Saint-Petersbourg, donné quelques jours avant son départ, il s'est adressé aux militaires qui y étaient présents, avec  ces paroles : « Nous avons participé à deux guerres contre les Français, et je crois que nous avons rempli notre devoir devant les alliés autrichiens. Maintenant, le temps est venu pour nous de défendre nos propres droits et non ceux  es autres, donc, j'espère l'aide de Dieu et la vôtre - que chacun de vous accomplira son devoir et que nous ne permettrons pas à notre gloire militaire de ternir ».

    A la veille du départ, à midi, dans la cathédrale de Kazan, un office religieux de bénédiction pour la campagne eu lieu. L'Empereur a quitté Petersbourg le  9 avril.  Le même jour, le chancelier, le comte Roumiantsev a invité chez lui l'ambassadeur français Lauriston, qui remplaçait le marquis de Caulaincourt, et il lui a transmis ce message : l'Empereur russe, à Vilna comme à Saint-Petersbourg, reste l'ami de Napoléon et son plus fidèle allié, il  ne veux pas la guerre et fera tout pour l'éviter. Mais son départ pour Vilna avait été provoqué par l'information de la concentration des troupes françaises autour de Konigsberg et il voulait empêcher les généraux d'entreprendre des démarches pouvant provoquer une rupture.  

    L'Empereur voyageait avec une simplicité extraordinaire : sans une suite patriculière, sans gros bagages, il n'y avait même pas de cuisine roulante. Seuls trois courriers d'Etat  partis devant, étaient au courant de ses  déplacements. L'Empereur était dans  une charrette sans gardes, ses bagages étaient là aussi. Il était accompagné seulement par un général,  le prince Volkonski et un valet de chambre. Il fallait changer de chevaux, les  conditions du voyage étaient assez défavorables : il faisait froid,  il restait encore beaucoup de neige. Dans certains endroits, il y avait du verglas. Le chemin passait par la vieille route via Pskov, Dvinsk, Sventsyany. Mais, malgré tous les inconvénients du voyage, l'Empereur progressait bien vite : le quatrième jour,  il était déjà près de Vilna. Il restait 77 jours avant le début de la Grande Guerre Patriotique de 1812.

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