Ecoutez Radio Sputnik
    La Culture et les Arts

    La Culture et les Arts

    Analyse
    URL courte
    0 10

    Aujourd'hui au programme : L'exposition « Napoléon et le Louvre » composée des œuvres de la collection permanente du plus grand musée français, est présentée au Musée historique à Moscou. Le film russe « Le Kraï » nominé aux Oscars. Les projets du théâtre Bolchoï pour la saison à venir. Des premières russes et mondiales attendent les spectateurs.

     


    Napoléon : un génie des relations publiques

    Le célèbre musée français rend hommage à son créateur. L'exposition « Napoléon et le Louvre » présentée au Musée historique à Moscou, est un hymne à l'Empereur Napoléon Bonaparte. 11 autres musées et fondations français participent dans les projets de l'Année croisée Russie France 2010.

    S'il avait vécu aujourd'hui, Napoléon Bonaparte aurait été génie des relations publiques : son image légendaire de politique sage, souverain puissant, protecteur des arts était très réussi. Voici la sculpture haute de trois mètres et le portrait de Napoléon dans son manteau d'hermine et sa couronne de lauriers dorée. Des gigantesques tableaux de bataille et des bustes classiques de l'Empereur et de ses maréchaux. Le trône impérial richement décoré de velours, de ciselure et d'or ainsi que ses décorations et ses armes. Une robe de sa première épouse Joséphine, des porcelaines de Sèvres et des tapisseries en soie. Alexeï Levykine, directeur du Musée historique, a souligné que c'est pour la première fois qu'une exposition réunissait autant de raretés de l'époque napoléonienne.

    La visite suit l'ordre chronologique et retrace la voie du grand Empereur du consulat jusqu'aux événements tragiques à Sainte-Hélène. Chaque partie de l'exposition présente Napoléon non seulement en tant que personnage historique mais aussi en tant qu'image artistique. « Pour moi, dit Alexeï Levykine, c'était une sorte de découverte de voir quel rôle Bonaparte avait joué dans l'histoire politique et militaire mais aussi culturelle avec son initiative de créer le célèbre musée du Louvre ».

    Napoléon admirait l'ancien palais royal. Il voulait transformer le Louvre en temple d'art sans précédent qui aurait amassé les trésors de l'Empire et serait une incarnation artistique de son œuvre politique. Les meilleurs artistes et architectes ont participé dans les travaux de rénovation et réfaction du palais. Les collections du futur musée étaient enrichies à l'aide des campagnes militaires de Napoléon à tel point que le directeur du « Musée Napoléon » a reçu le surnom « emballeur ». Ses équipes suivaient les armées pour emporter des objets d'art des pays conquis.

    On dit que Bonaparte était mauvais connaisseur d'art mais il savait bien que l'art devait exalter son empire et lui-même. Vladimir Bezotosniy, commissaire de l'exposition dit que les toiles commandées par Napoléon, ne traduisent pas la réalité historique :

    « Il y avait des instructions très explicites sur ce qu'il fallait représenter. Plusieurs tableaux sont alors consacrés non aux batailles sanglantes de la deuxième campagne italienne mais à la représentation de Napoléon compatissant aux soldats blessés. « Le Sacre de Napoléon » est bien connu. David a rajouté des gens qui en réalité n'avaient pas assisté à la cérémonie. Ou bien « La Signature du Concordat ». Napoléon ne l'a pas signé mais d'après le tableau, le concordat a bien été signé ».

    Un autre exemple : « Le Premier Consul franchissant les Alpes au col du Grand-Saint-Bernard ». Napoléon a demandé David de le représenter calme et assurée sur un cheval qui s'est cabré. Peu importe que cette position impressionnante viole les lois de la nature. L'exposition ne comprend pas des tableaux consacrés à la campagne russe. Isabelle Leroy-Jay Lemaistre, commissaire français, doutait que cette exposition pouvait être présentée à Moscou : la défaite en Russie est devenue pour Napoléon le début de la fin et les Russes gardent toujours la mémoire de la guerre 1812. Il y a cependant une partie russe préparée par le Musée historique. Des tableaux et des objets d'arts appliqués y sont présentés. Ce sont des œuvres français achetés par des officiers russes à Paris vaincu.

    Le bout de la vie, le bout de la terre...

    Le 23 septembre le nouveau film d'Alexeï Outchitel « Kraï » sortent en salles russes. L'intérêt du spectateur est d'autant plus grand que le film est nominé aux « Oscars » dans la catégorie « Meilleur film en langue étrangère ».

    Il y a dix ans Alexeï Outchitel était déjà nominé à la récompense de l'Académie des arts et des sciences du cinéma. Il s'agit du film « Le Journal de sa femme », histoire psychologique de l'amour et la solitude d'Ivan Bounine, grand écrivain russe et prix Nobel de la littérature, qui a achevé ses jours à Paris. L'Académie n'a pas alors apprécié ce film biographique. Cette année, le film « Kraï » a plus de chances.

    Le film comporte beaucoup d'éléments qui s'inscrivent dans l'image stéréotypée de la Russie : la taïga et l'ours, l'eau-de-vie et le sauna, un agent armé du NKVD... Ce qui étonnera c'est certainement la course des vieilles locomotives. « Les authentiques locomotives du début du siècle dernier peuvent atteindre la vitesse incroyable », s'émerveille Alexeï Outchitel.

    « Nos locomotives sont aussi des comédiens. Ils sont comme des êtres vivants. Parfois ils sifflent, lâchent de la valeur, se fâchent. Parfois ils sont en bonne humeur, parfois ils sont de si mauvaise humeur qu'ils déraillent pendant le tournage. Lorsque nous étions sur la dernière prise, une énorme locomotive a roulé au bas du remblai en faisant tomber tous nos luminaires. Il paraît qu'il était fatigué... ».

    Les locomotives donnent certes de l'ampleur et rendent le film plus spectaculaire. Mais le film parle d'une autre chose. C'est une histoire psychologique à plusieurs intrigues intéressantes. L'action se déroule en automne 1945. Le personnage principal qui s'appelle Ignat et qui est mécanicien passionné des locomotives, revient après la guerre dans son village natal en Sibérie dont le nom est « Kraï ». La plupart des habitants sont des déportés : des anciens prisonniers des fascistes ou ceux qui se trouvaient dans les territoires occupés par les Allemands. Le seul qui se sent vainqueur c'est Ignat. Les déportés ne l'aiment pas. Lui, il méprise tous ceux qui étaient entre les mains des Allemands. Même la femme dont il est tombé amoureux, est considéré comme son butin de guerre. Seule sa mort tragique de la main de l'agent du NKVD bouleverse les gens et efface la frontière entre « les siens » et « les autres ». Une jeune fille allemande qui vivait recluse de ce monde dans les bois et qui ignorait qu'il y avait eu la guerre, devient la personne la plus proche pour Ignat. Faut-il qu'un malheur arrive pour que les gens se rapprochent ? Comment apprendre à vivre sans haine ? Ce sont des questions posées par Alexeï Outchitel. Dans l'un de ses interview il a dit « Il me semble que ce film touchera tout le monde et sera intéressant aux spectateurs de tous les âges. Je serai heureux s'il y aura des larmes, des rires et autres émotions fortes ».

    Le réalisateur a invité le célèbre comédien Vladimir Mashkov à jouer le rôle principal. Toutes les scènes dangereuses sont effectuées par le comédien : il conduit des locomotives, reste dans l'eau glaciale pendant des heures lors de la construction du pont. « C'est un rôle pour la vie ou pour la mort », reconnaît l'acteur qui a passé toute une année sur les lieux de tournage sans prendre de vacances et qui est entré dans la peau du personnage à tel point qu'il continuait à porter son costume même en dehors du tournage.

    « Je comprenais qu'il y a eu des personnes qui avaient passé des épreuves encore plus monstrueuses et avaient survécu. Moi, je devais faire tout ce chemin. Et au final, ce n'était pas moi, mais une autre personne. Ce personnage est un vainqueur, or ce « gène » du vainqueur est dans chacun de nous, je l'ai hérité de mon père et de mon grand-père ».

    Il se trouve qu'il y avait des mécaniciens chez les Mashkov, c'est pourquoi Vladimir est très fier du certificat de mécanicien qui lui a été délivré à la fin du tournage. « Si jamais, je peux prendre les commandes », rit le comédien. Il a un autre acquis : pendant le tournage l'acteur a appris de cuire une omelette dans le foyer. « C'est très simple, explique le comédien, On désinfecte une pelle, on y met un peu de beurre, du saucisson, des œufs et le tout va dans le foyer où la température est de 400 degrés. On peut même promouvoir ce genre de « fast food » dans des gares ».

    Vladimir Mashkov rigole maintenant. Mais pendant le tournage il s'est entièrement donné en allant jusqu'au bout de son rôle. Son « Kraï » ce n'est pas uniquement le nom du village lointain mais aussi la limite de la vie, la limite des capacités et relations humaines.

    Au Bolchoï « avec un grand emballement »

    Douze premières dont trois mondiales ! Le théâtre Bolchoï s'apprête à présenter un nombre extraordinaire de nouveaux spectacles dans son 235ème saison. Ces projets napoléoniens sont à réaliser sous la direction du nouveau directeur musical et chef d'orchestre Vassili Sinayskiy.

    Vassili Sinayskiy âgé de 63 ans n'est pas nouveau au Bolchoï. Jeune, il dirigeait déjà les ballets de Bolchoï. L'année dernière il est entré dans le collège composé de cinq chefs d'orchestre, créé au théâtre Bolchoï. C'est un musicien professionnel qui a travaillé avec les meilleurs orchestres notamment l'Orchestre du BBC, l'Orchestre symphonique de Londres et l'Orchestre Royale de Scotland ainsi qu'avec l'Orchestre de Manchester et l'Orchestre de Suède. Il a mis en scène des spectacles d'opéra dans des différents théâtres du monde. En acceptant la proposition de diriger le théâtre Bolchoï, il a réduit de 40% ses engagements à l'étranger et s'est mis au travail avec un grand enthousiasme. « Les projets sont intéressants et inattendus : il y aura de quoi faire parler les journaux », dit en souriant Vassili Sinayskiy :

    « Moi, j'ai assez d'emballement pour ce que je fais. Le théâtre Bolchoï reste toujours un grand théâtre avec des perspectives énormes. J'ai un grand respect pour ce théâtre et je l'aurai toujours mais je suis conscient qu'il y a beaucoup à faire. J'aime beaucoup le théâtre moderne. A mon avis, les derniers événements au Bolchoï - nouveaux metteurs en scène, spectacles modernistes - étaient parfois scandaleux mais en général extrêmement intéressants et positifs. Tout le monde en parle. Mais la qualité des spectacles de tous les jours laisse à désirer. Il me semble que les capacités de la troupe ne sont pas pleinement utilisées à présent. Je voudrais que le spectateur qui vient regarder le spectacle qui est sur scène pour 5-10 années, en prenne plaisir. Et que les gens viennent voir non seulement les premières qui certes doivent avoir lieu ».

    Le premier spectacle de la saison sera présenté déjà en octobre. Le public verra l'opéra « Don Juan » de Mozart mis en scène par Dmitri Tchernyakov. C'est le projet commun en collaboration avec le festival d'Aix-en-Provence, l'Opéra Royale de Madrid et le Théâtre d'Opéra de Canada. Cette saison est riche en projets internationaux. En septembre le public moscovite a déjà eu le plaisir de voir le ballet du chorégraphe français Angelin Preljocaj « Suivront mille ans de calme » avec la participation de danseurs français et russes. Une autre première mondiale c'est l'opéra « La Cerisaie » de Tchekhov créé par le compositeur français Philippe Fénelon. Des artistes mondialement connus viennent collaborer avec le Bolchoï : les chefs d'orchestre Vladimir Yourovskiy, Alexandre Lazarev, Tito Ceccherini, les chorégraphes William Foresight, Jiri Kylian, Alexey Ratmanskiy. Le spectacle le plus attendu c'est le nouveau ballet « Les Illusions Perdues » de Balzac créé par le compositeur Léonid Dessyatnikov, ancien directeur musical du Bolchoï. Son successeur Vassili Sinayskiy ne présentera pas son spectacle d'opéra avant l'été prochain. Avec le metteur en scène Kirill Serebrennikov il a repris l'opéra-conte du classique russe Nikolaï Rimski-Korsakov « Le Coq d'or ».

    Il ne reste qu'ajouter que la tournée du Bolchoï comprend la France, la Grande-Bretagne, la Suisse, la Slovénie, le Japon. Par ailleurs, des spectateurs dans nombreux pays du monde pourront admirer les spectacles d'opéra et de ballet du théâtre Bolchoï grâce aux retransmissions en directe.

    Lire aussi:

    Lorsque la Grande Armée de Napoléon s'empare de nouveau de Moscou (images)
    À Paris, le Bolchoï remporte un Diapason d’Or 2017
    Pourquoi tout ce que vous croyez savoir sur la Corée du Nord ne serait pas correct?
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik