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    La Culture et les Arts 07.04.2011

    La Culture et les Arts 07.04.2011

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    Aujourd'hui au programme : L'Indien en lice pour Nymphe d'or ; Le chemin vers Mars : fiction ou réalité ?; L'homme qui s'est envolé dans l'Espace ; Donner une vie aux œuvres musicales inachevées

     


    Aujourd’hui au programme :

    « L’Indien » en lice pour « Nymphe d’or »

    Le chemin vers Mars : fiction ou réalité ?

    L’homme qui s’est envolé dans l’Espace

    Donner une vie aux œuvres musicales inachevées

    L’Indien en lice pour les Nymphes d’Or

    L’Indien,  le feuilleton télévisé russo-indien en 12 épisodes  sera en lice pour les Nymphes d’Or,  dans la catégorie meilleur feuilleton dramatique, au 51ème festival de TV de Monte-Carlo qui aura lieu du 6 au 11 juin.

    Le feuilleton est plein de suspense. C’est l’histoire d’un médecin qui avait inventé un type de  greffe pour ressouder les os. L’homme se trouve alors confronté à toutes sortes de vicissitudes plus dramatiques les unes que les autres. Tel est le résumé de ce feuilleton télévisé, dont la Première qui eut lieu en automne dernier a fait depuis de nombreux admirateurs tant en Russie que dans le monde entier.

    Cette coproduction russo-indienne, la première depuis 20 ans, avait été évidemment reprise par les chaînes de télévision indiennes à l’occasion de la visite officielle en Inde du président Dmitri Medvedev en décembre. Rappelons que le chef de l’État russe avait alors visité un des studios du légendaire Bollywood,  l'industrie cinématographique indienne basée à Bombay. C’est ici qu’a été tournée la bonne moitié du feuilleton et c’est ici également que l’équipe du film lui a remis en cadeau une copie du feuilleton.  

    La Première de décembre a largement dépassé le cadre indien pour devenir un événement international, a noté le directeur général de la société productrice Les Studios mondiaux russes,  Youri Sapronov.

    Vu le nombre de spectateurs à travers le monde, je pense que c’est une histoire sans précédent.  Le feuilleton a été diffusé en décembre par deux chaînes de télévision : la nationale indienne et la satellitaire si bien qu’on le recevait tant en Inde, qu’en Afghanistan, au Bangladesh, au Sri-Lanka, en Arabie Saoudite, en Thaïlande etc... Il a  attiré une audience d’environ 3 milliards de personnes. 

    C’est ainsi qu’à Monte-Carlo L’Indien a été nominé dans quatre catégories : meilleur feuilleton dramatique, meilleur producteur, meilleur acteur et meilleure actrice. Selon Youri Sapronov, le film a toutes les chances  de les remporter.

    Youri Sapronov relève les côtés forts du film, dont l’action se passe en Russie et en Inde,qui traite des sujets  universels et intemporels : l’amour et l’adultère, l’amitié et la trahison. L’histoire est haute en couleur et se trouve au croisement des destinées et des caractères plus intéressants les uns que les autres. Je pense que c’est tout cela qui doit accrocher les spectateurs, analyse Youri Sapronov.

    A Monte-Carlo L’Indien  sera l’unique film russe qui se confrontera à une quarantaine de films de 21 pays du monde.  Les studios mondiaux russes  ont déjà été présents à plusieurs reprises à ce festival prestigieux avec leurs feuilletons  La ZoneL’Atlantide  et Le Dimanche des Rameaux. Youri Sapronov est sûr qu’il y aura prochainement plusieurs nouveaux projets intéressants susceptibles de gagner l’audience internationale. Le PDG a déclaré en levant un pan du voile du secret : « Je pense qu’il y aura un certain nombre de grands projets avec la Chine au moins sinon aussi plus intéressant que L’Indien. Nous pouvons citer des sujets historiques consacrés aux personnalités politiques chinoises comme Mao Zedong et Den Xiaopin où des sujets qui retracent  certains moments de tension dans nos relations bilatérales. C’est déjà de l’histoire ancienne parce que chaque fois que je viens en Chine, en Inde et dans de  nombreux autres pays, je constate que nous avons de bonnes relations amicales. Telles sont les réalités d’aujourd’hui ».          

    Le chemin vers Mars : fiction ou réalité ?

    « Le chemin vers Mars »  a été « percé » par 12 écrivains russes de science-fiction dans leur roman collectif. Le principe retenu est une sorte de jeu littéraire connu sous le nom de bouts-rimés, exercice qui consiste à composer un poème à l’aide de rimes données d’avance sur un sujet prédéfini ou non. Cette épopée inachevée mérite déjà ses titres de noblesse comme candidat au Livre des records Guinness.

    Les auteurs qui ont pris part à ce projet de science-fiction ont pu rencontrer les organisateurs de l’expérience scientifique Mars-500 à l’occasion du Festival russe de littérature de science-fiction, RosCohn,  qui se déroule ces jours-ci dans la région de Moscou. Mars-500, première mission simulée vers Mars en durée réelle, se déroule depuis l’été dernier à l’Institut des problèmes médico-biologiques de Moscou. L’équipe internationale, six astronautes, sont confinées depuis le 3 juin 2010 pour une durée de 520 jours dans un espace clos, une simulation d’un vaisseau spatial. Ils sont en train de réaliser le programme qui sera vraisemblablement celui que devront exécuter les participants du vol réel vers Mars s’il doit avoir lieu un jour. Comme l’a bien dit l’écrivain Vladimir Vassiliev, la science-fiction était jusqu’à peu de temps en avance sur la science dans sa vision du futur mais aujourd’hui leurs rôles se trouvent inversés.

    La science a fait une avancée si prodigieuse qu’elle n’est plus comprise par les gens du commun, raconte l’écrivain. Jules Verne avait imaginé un sous-marin qu’un simple pêcheur pouvait parfaitement se représenter. Même un spécialiste se trouve parfois confondu face aux découvertes modernes. La science a pris une telle avance sur les représentations et les connaissances de l’homme moyen qu’il est absolument impossible de s’y recoller.

    C’est pour cette raison que les rencontres avec les scientifiques sont si importantes pour les écrivains. Tout écrivain de science-fiction qui se respecte n’aura plus l’idée d’écrire des romans consacrés, par exemple, à la vie sur Mars ou à la belle martienne Aelita, comme l’avait fait en son temps le remarquable écrivain russe Alexeï Tolstoï. En effet, on sait déjà que la vie, telle qu’elle devrait être dans l’imagination humaine, n’existe pas sur la Planète Rouge. Pourtant, de même que sur la Terre, il y existe l’alternance des saisons et des réserves d’eau à l’état de glace. L’écrivain de science-fiction Vassili Golovatchev pense pour sa part que seuls les scientifiques peuvent aujourd’hui donner une impulsion à la création de ses collègues, qui sont en manque d’idées.

    On ne peut que regretter de voir que la majorité des écrivains de livres de science-fiction apparus au XXIème siècle exploitent l’idée de la « guerre des étoiles ». Sur les 700 titres d’ouvrages de science-fiction publiés tous les ans en Russie en langue russe, plus de la moitié raconte le conflit des terriens avec une intelligence extraterrestre. Je ne lapprécie pas du tout puisque la guerre n’est pas une fin en soi en ce qui concerne les voyages dans l’Espace. Les sujets complètement différents, comme les trous noirs, la matière noire, la genèse et l’évolution de l’Univers, la possibilité des voyages dans le temps ont été et restent ceux qui attirent le plus les écrivains de science-fiction, explique l’écrivain.

    L’expérience scientifique Mars-500 et le projet littéraire Le chemin vers Mars qui évoluent parallèlement, sont soutenus sincèrement par l’écrivain Sergueï Loukianenko, auteur des romans populaires Patrouille de Nuit  et Patrouille de Jour.

    Pour moi ce projet est intéressant car il sensibilise le public à l’exploration de l’Espace. C’est un sujet qui a toujours suscité un vif intérêt chez nous. Il s’est quelque peu émoussé ces dernières années mais j’aimerais que les jeunes s’intéressent toujours à la conquête de l’Espace et aux recherches scientifiques, explique Loukianenko.

    Un fragment de l’expérience littéraire Le chemin vers Mars, animée par 12 écrivains russes de science-fiction de renom, sera toutes les semaines mise en ligne sur un site du Google.        

    L’homme qui s’est envolé dans l’Espace

    Les experts le considèrent comme faisant partie des dix meilleurs peintres de notre temps. C’est pourquoi l’attribution du prix d’État de Russie Innovation dans le domaine de l’art contemporain à Ilya Kabakov semble couler de source. Adepte de l’art conceptualiste, l’artiste le recevra un prix au détour du concours dans la nomination Pour la contribution créatrice au développement de l’art contemporain.

    Ilya Kabakov est titulaire d’un grand nombre de récompenses au nombre desquelles on peut citer le prix d’honneur de la Biennale de Venise en 1993 et le titre de Cavalier de l’ordre français des arts et des lettres. Lui et son épouse et co-auteure Emilia Kabakova, sont également lauréats du prix Premium Imperiale attribuée par la famille impériale japonaise. Les œuvres du peintre font partie des collections des plus grands musées du monde, comme la Galerie Tretiakov de Moscou, l’Ermitage et le Musée Russe de Saint-Pétersbourg, le Centre Georges Pompidou à Paris ou le Musée d’art contemporain à New York. Ilya Kabakov est le plus « cher » des peintres russes de la seconde partie du XXème siècle. Son tableau Le coléoptère  a été vendu près de 6 millions de dollars lors d’une vente aux enchères à Londres.

    Ces quelques renseignements en disent long sur son rayonnement actuel. Or, dans les années 1970, il gagnait sa vie grâce à ses  illustrations de livres pour enfants. De même que ses pairs en marge de l’art officiel, il ne pouvait pas exposer et était tout simplement un paria dans son propre pays. Pourtant, même à cette époque ses albums et installations étaient admirés par les spécialistes européens et américains, au moins par ceux d’entre eux qui avaient eu la chance  de voir les œuvres de Kabakov dans son atelier. C’est notamment le cas d’une des premières installations de l’artiste L’homme qui s’est envolé dans l’Espace. Le peintre y a représenté une pièce dans un appartement communautaire avec au milieu une sorte de catapulte, un trou béant au plafond et une paire de chaussures. On comprenait aisément que ce n’était pas un personnage obscur mais plutôt l’artiste lui-même qui s’était envolé dans l’Espace par ce trou. C’était le meilleur moyen pour un créateur de fuir la société totalitaire.

    En fait, les artistes soviétiques non officiels « s’évadaient » dans leurs œuvres.  La majorité d’entre eux préféraient le nouveau courant artistique connu sous le nom de conceptualisme. Les artistes du monde entier ont alors adopté ce langage, comme obéissant à une impulsion commune. Personne ne peut expliquer les origines de ce phénomène, y compris le peintre et philosophe Ilya Kabakov à qui on attribue sa paternité.

    L’image de notre monde est inscrite dans une sorte de cercle conceptuel. D’une part, il y a la densité des volumes inscrits dans l’Espace et, d’autre part, on bute toujours sur l’explication à donner. Nous sommes chaque fois en quête du sens que l’artiste conceptualiste voulait donner à son œuvre, le sens qui nous échappe la plupart du temps. C’est l’éternelle histoire de la vie humaine et de son sens. Pourquoi et dans quel but avons-nous vu le jour dans ce bas monde ? Les spéculations à ce sujet n’en finissent plus.

    Devenu un des fondateurs du conceptualisme russe, Ilya Kabakov a pu raconter, par le biais de l’art figuratif, l’organisation de la vie dans une société repliée sur elle-même. Il a créé son propre courant artistique qu’il a baptisé « d’installation totale ». L’œuvre de ce genre ne peut pas être regardée de l’extérieur. Il faut entrer dedans et l’habiter. C’est ainsi que Kabakov a fait construire son « Pavillon rouge » pour la Biennale de Venise en 1993. Quelque chose tenant à la fois de la Tour du Sauveur au Kremlin de Moscou et d’une pagode chinoise qui lui a valu la récompense suprême, le Lion d’Or.

    Ilya Kabakov vit aux États-Unis depuis la fin des années 1990. Mais l’artiste a opéré un retour retentissant en Russie au XXIème siècle avec ses projets grandioses exposés à l’Ermitage de Saint-Pétersbourg, au Musée des Beaux-arts Pouchkine et au Centre d’art contemporain Le Garage à Moscou. « Il m’a semblé retrouver mon enfance et ma jeunesse, a confié le peintre à son retour en Russie. J’ai quelques oasis à Moscou à savoir les musées, le Conservatoire, le théâtre et la bibliothèque. C’est l’aura de ces lieux qui a façonné la conscience de plusieurs générations y compris la mienne ».

    Donner une vie aux œuvres musicales inachevées

    Le très populaire théâtre Helicon-opéra de Moscou et le Musée de la culture musicale Glinka ont lancé un projet commun à long terme. Ce projet s’est ouvert, le 1er avril, sur la première mondiale de l’opéra  Le Prince Igor  du classique russe Alexandre Borodine.

    Ce spectacle, qui fait partie du top cinq des opéras classiques russes les plus connus, est joué depuis plus de 120 ans dans la rédaction du compositeur Rimski-Korsakov, contemporain de Borodine. C’est grâce à Rimski-Korsakov que le monde a pu prendre connaissance de nombreux chefs-d’œuvre inachevés comme l’opéra Khovanchtchina  de Moussorgski. Et pourtant, ce qui compte le plus dans un opéra, c’est sa source : l’original de la  partition écrite de la main de l’auteur. Malheureusement beaucoup de ses originaux se couvrent de poussière dans les archives du Musée Glinka. Leur donner une vie scénique, voilà l’objectif de ce projet conçu par le théâtre et le musée, raconte Dmitri Bertman qui fait partie de l’élite des metteurs en scène russes.

    Je compte beaucoup sur une coopération étroite avec le musée parce que donner une seconde vie aux opéras que personne ne connaît est une véritable sensation. Les réserves du musée renferment un opéra inédit de Rakhmaninov et des fragments jamais interprétés de l’opéra de Tchaïkovski Ondine. Et ceci pour ne rien dire de l’opéra Boris Godounov  dont la paternité est attribuée non pas à Moussorgski mais à d’autres compositeurs ou encore  Ivan le Terrible  du français  Georges Bizet dont certains morceaux proviennent de compositeurs russes. Ces recherches m’intéressent au plus haut point, insite  Dmitri Bertman.

    Mais revenons au Prince Igor. Alexandre Borodine, qui était chimiste de formation, a travaillé sur l’opéra pendant 18 ans sans jamais terminer le terminer. De nombreux mythes ont surgi autour du travail du compositeur souvent sous l’impulsion de Rimski-Korsakov qui traitait Borodine de fainéant et de dilettante et d’homme qui n’avait rien d’un compositeur. Or, en réalité, raconte Anna Boulytcheva de Helicon-opéra, Borodine avait laissé un grand morceau de musique pour Le Prince Igor.

    La partition est quasiment achevée, affirme Anna Boulytcheva et nous allons interpréter plus de 6000 tactées, c’est ce qui correspond à la totalité de  la musique composée par Borodine pour cet opéra. Les divers fragments seront repris dans l’ordre fixé par l’auteur. Borodine disposait d’un plan très net en travaillant sur son opéra. Il avait l’habitude d’aller du début à la fin, c’est pourquoi nous pourrons tout reconstituer assez facilement.

    L’opéra s’inspire d’un sujet puisé dans l’histoire russe : le Prince Igor rêve de mettre les terres russes à l’abri des invasions d’une  tribu nomade, les Polovtsy. Mais, après avoir essuyé une défaite, il est fait prisonnier. Tout comme son fils qui était à ses côtés. Mais ce dernier tombe amoureux de la fille du khan Kontchak et reste avec elle. Quant au Prince Igor, il arrive à s’évader. A son arrivée chez lui, il est acclamé par le peuple...Telle est la version familière de l’opéra. En revanche, on voit dans l’original bien des différences même au niveau des caractères de certains personnages.

    La première de l’opéra a été donnée dans l’orchestration de son auteur. Ce n’était pas comme avant, quand l’interprétation originale ne s’étendait qu’à quelques petits fragments.

     

      

     

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