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    D’où viennent les « Nouvelles de nulle part »

    D’où viennent les « Nouvelles de nulle part »

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    Oxana Bobrovitch
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    Quand on parcourt plusieurs récits d’Helene Richard-Favre, une image vient immédiatement à l’esprit – une nymphe. Furtive, timide, insaisissable, elle déjoue toutes tentatives de la poursuivre.


     

    Quand on parcourt plusieurs récits d’Helene Richard-Favre, une image vient immédiatement à l’esprit – une nymphe. Furtive, timide, insaisissable, elle déjoue toutes tentatives de la poursuivre. De même, l’écriture des « Nouvelles de nulle part » fuit le lecteur insistant, essayant de le piéger. Elle suit son propre lit, telle la rivière des pays du Midi, tantôt revient à la surface, brillant au soleil par toutes les forces, tantôt disparaît dans les profondeurs humides d’aquifère des grandes littératures.

    Lire ces nouvelles, c’est voyager dans le labyrinthe. Mais ce n’est pas le labyrinthe qui sent le fauve, habité par un être déchiré et pervers. On se croit plutôt dans la Galerie des Glaces, chargé de détails, et tout en trompe-l’œil. Ici ou là, on croit apercevoir son héros, on se lance vers lui, et frrrr… il est déjà disparu, caché par un jeu des miroirs.

    Pourtant ce ne sont pas les ombres qui agissent, ce sont bien les gens en chair et en os. Mais l’auteur enlève tout le superflu, fait tomber leurs habits des gens modernes. Les personnages tendent à se rapprocher de la tendresse pure, amour tout-puissant, obsession dévorante. Sait-on quel est le visage de Magda, est-il fin ou rond? A-t-elle les mains fines manucurées à la laque rose pâle, ou les ongles rongées et cassantes? Sait-on si la Lycéenne est de grande ou petite taille, porte-t-elle des jupes ou des pantalons? Tout comme on ne sera jamais si le héros de ce récit même, « saisi d’une joie fulgurante » est terrassé par la crise cardiaque, ou il a survécu et « ils furent heureux et avaient beaucoup d’enfants » On retrouve chez l’auteur la façon presque dostoïevskienne de faire vivre les idées incarnées dans les figures humaines.

    Mais qu’est-ce qu’il y a de plus fragile que les passions humaines, plus fuyant que les mouvements d’âme? Je plains la traductrice, tellement il est difficile de broder dans le voile, d’essayer de recoudre la toile d’araignée.

    Souvent nous avons l’impression de voir des images furtives captées à travers la fenêtre d’un train, tout au moins à travers la salle du buffet de la gare. Et, conscients du temps limité de nos observations, relisons encore et encore la nouvelle, tout comme le personnage revient encore et encore dans cette salle de gare. A d’autres moments, le lecteur se sent presque pris en flagrant délit de voyeurisme, tellement la distance entre nous et le personnage est courte. Qui peut s’avouer que le chemin vers le bonheur féminin peut passer par les attaques masculines désabusées et ingrates? Qui peut reconnaitre que la Rencontre, l’Amour même, peut avoir l’air d’un accident, que cette rencontre était procrée dans notre vie par une intervention presque divine dans notre destin, notre passé?

    Helene Richard-Favre fait à notre place ce parcours initiatique vers les profondeurs de notre âme, vers les tréfonds de nos passions… et nous avons envie de se confier à elle, à la Belle Hélène.

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