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    Prix Russophonie 2014
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    Prix Russophonie 2014

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    La cérémonie de remise du Prix Russophonie 2014, qui recompense annuellement la meilleure traduction d’une œuvre de langue russe, vient d’avoir lieu à la mairie du V-e arrondissement de Paris. C’était sa 8-e édition. Mais il ne s’agit pas uniquement d’un prix littéraire.

    La cérémonie du palmarès est le point culminant d’un tout un festival organisé autour du thème de la littérature. Festival qui est un lieu d’échanges, de rencontres et de débats. C’est aussi un lieu de réflexion sur l’intérêt pour la culture et la littérature russe en occident, plus particulièrement en France. Pour avoir plus de détail sur le sujet nous avons rencontré Mme Christine Mestre, présidente du Prix Russophonie, qui a accepté de répondre à nos questions quelques heures avant le moment solennel de la remise de la récompense. Quelle est la situation du livre russe sur le marché français? Dans le domaine du cinéma, par exemple, la France est le pays occidental qui vient en première position pour la distribution de films russes…

    Christine Mestre. Je crois que c’est la même chose sur la littérature russe. C'est-à-dire que chaque année en France il paraît plus de 40 traductions du russe vers le français. Je peux suivre cela puisque je m’occupe du Prix Russophonie, et donc le français est la langue vers laquelle sont traduits le plus de livres russes.

    LVdlR. Est-ce tous les genres sont représentés ou uniquement la « grande littérature » ?

    C.M. Je crois qu’il y a de plus en plus de littératures. Il y a deux aspects qui sont importants et que l’on verra illustrés dans le Prix Russophonie cette année. Il y a d’une part, la littérature policière qui apparaît avec divers auteurs : Akounine qui est toujours là, bien sûr, mais aussi Abdoullaïev, Latynina et d’autres, et puis il y a aussi beaucoup d’essais. Et cette année dans la sélection du Prix Russophonie il y a deux essais. Donc toutes les sortes de littérature sont représentées, pas simplement la grande littérature. Il y a la littérature contemporaine, les classiques, les essais et la littérature plus légère, comme par exemple, la littérature policière.

    LVdlR. Est-ce qu’on peut connaitre les tirages des livres russes et russophones ?

    C.M. Ça dépend. Les auteurs qui sont leaders comme Ludmila Oulitskaïa ou Andreï Kourkov, en France, sont tirés à plus de 10 mille exemplaires. Pour les autres, c’est de l’ordre de 2 ou 3 mille exemplaires.

    LVdlR. Les chiffres ne sont peut être pas très élevés. Néanmoins, les écrivains russes ont la chance d’être servis par un petit nombre de traducteurs passionnément attachés à leur mission et dont la qualité se confirme chaque année. C’est cette qualité ou plutôt cette excellence que récompense, comme vous le savez déjà le Prix Russophonie. Mais comment a-t-il été créé ?

    C.M. Le Prix Russophonie a été créé en 2006 par l’association France-Oural et la fondation Eltsine. C’est un prix qui était indispensable en France puisqu’il existait presque mille prix littéraires, et parmi ces prix aucun ne récompensait la traduction du russe vers le français. Et donc il a eu tout de suite un énorme succès, et dès la deuxième année, nous avons pensé à créer un festival. Nous avons donc créé un festival dans lequel je m’occupe du programme littéraire, les Journées du livre russe, et chaque année nous recevons, autour du Prix Russophonie qui est la structure de ce festival, nous recevons une trentaine d’écrivains russes et français.

    LVdlR. Est-ce qu’il y a une particularité de cette année par rapport aux années précédentes?

    C.M. Cette année, nous avons pris un risque, parce que nous avons choisi comme thématique pour les Journées du livre russe les écrivains de Saint-Pétersbourg, et ces écrivains sont très peu traduits. Donc c’est assez difficile de rassembler du public français autour d’auteurs qui ne sont pas traduits. Et pourtant il y a pas mal de gens qui viennent, et nous somme très contents.

    LVdlR. En même temps, il faut dire que pour le Prix, lui-même, l’année écoulée a été une année particulière. C’était sans doute le choix des éditeurs français, confrontés à la crise, mais la production manquait d’être très variée, surtout dans le domaine de la fiction. En revanche, l’année 2013 a été fructueuse en publications d’essais et de documents : 15 ouvrages sur 35 que le jury a eu à examiner. La compétition a été ainsi ouverte à des auteurs et des genres auparavant méconnus. Mais aussi, à de nouveaux traducteurs. M. Drozdov, président de la fondation Eltsine, un des organisateurs de la manifestation, n’y voit aucun inconvénient.

    Alexandre Drozdov. Il est très réjouissant que dans cette maison on voie apparaître de nouveaux visages. Cela est le mérite des organisateurs, nos partenaires de l’ Association France-Oural, qui ont réussi à transformer d’une façon très intelligente, un prix de traduction littéraire en quelque chose de plus ambitieux, en une manifestation d’envergure européenne.

    LVdlR. Vous avez compris, il s’agit déjà de la cérémonie de remise du Prix Russophonie 2014. Mais quels sont donc les ouvrages sélectionnés ? Rappelons qu’ils sont cinq, dont la traduction de Marina Berger pour Le style et l’époque de Moisseï Guinzbourg, théoricien de l’architecture constructiviste; celle d’Yves Gautier pour Ciel orange d’Andreï Rubanov, un roman écrit par un businessman russe. La sélection comprend aussi les mémoires de Julius Margolin, intitulées Le livre du retour, traduit par Luba Jurgenson; les Lettres de Solovki de Pavel Florensky présentées en français par Françoise Lhoest et, enfin, l’essai Portrait critique de la Russie de Dina Khapaeva, traduction – Nina Kehayan.

    C.M. Et nous allons donc appeler la lauréate. C’est François Lhoest, pour sa traduction des Lettres de Solovki de Pavel Florensky.

    LVdlR. Quelques mots sur l’auteur de cet ouvrage, plus exactement, l’auteur des lettres Pavel Florensky. Ce nom ne doit pas être familier à beaucoup de Français. Françoise Genevray, membre du jury, donne quelques commentaires.

    Françoise Genevray. Ce n’est pas un auteur grand public mais c’est un nom prestigieux et qui compte énormément dans la culture russe et la spiritualité russe. Il était une personnalité remarquable. Cela se sent à tout instant dans ses lettres de Solovki. L’étendue des connaissances de Florensky était véritablement extraordinaire.

    LVdlR. Précisons que le père Pavel Florensky s’est illustré comme philosophe, théologien, mathématicien, physicien et théoricien de l’art. C’était un esprit universel, et ce n’est pas une exagération. Or son destin a été véritablement tragique.

    F.G. En 1933 il a été arrêté et envoyé dans les îles Solovki, à 150 kms du Cercle polaire, et c’est de là que de 1934 à 1937 il a adressé à sa famille les lettres que vient de traduire Françoise Lhost. Il a disparu en 1937, et pendant un temps, les autorités ont dissimulé les conditions et la date de sa disparition. Et on sait maintenant qu’il a été fusillé après un procès expéditif en 1937, durant la Grande Terreur. Il a été fusillé, et son corps jeté dans une fosse commune aux environs de Leningrad. Il avait 55 ans.

    LVdlR. L’essentiel des lettres de Florensky est d’entretenir ses relations tant affectives que spirituelles avec les siens, d’affirmer à leur intention son sens de l’humain. Écoutons un fragment de ses écrits lu par la traductrice de l’ouvrage Françoise Lhoest :

    Olien, dans une de tes lettres tu exprimes, sinon l’intention, au moins l’ombre d’une intention de laisser tomber la musique, sous prétexte d’insuccès. Combien de fois t’ai-je déjà dit que c’est mal poser le problème. Que veux-tu, et à quel succès penses-tu? Devenir une pianiste célèbre? Je n’y ai jamais compté, et je ne le voudrais pas pour toi! Donner des concerts en public, c’est un supplice qui exige de grands sacrifices et qui apporte peu à l’âme, qui sépare la personne d’avec la musique elle-même et qui reporte l’intérêt de l’art vers l’amour-propre de l’artiste et la satisfaction du public. Ne troque pas la contemplation pure et désintéressée de la beauté contre une recherche frénétique de la gloire qui ne rapporte rien d’autre que des chagrins.

    LVdlR. C’était donc un fragment des Lettres de Solovki, prix de traduction littéraire Russophonie 2014. Entretemps, le jury a déjà commencé le travail à l’édition suivante, édition 2015 qui, selon la présidente du Prix Christine Mestre, promet d’être très belle.

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