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    Le Silence blanc retrouve sa voix
    Photo: RIA Novosti

    Le Silence blanc retrouve sa voix

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    Espace blanc. Silence. Clarté aveuglante des jours polaires. Soleil qui tourne tel un manège scintillant de mille feux.

    Obscurité impénétrable de la nuit polaire où les oiseaux divins du grand nord font la roue multicolore d’aurores boréales. Sifflement du vent. Poudrerie. Blizzard. Bruit infernal des glaces qui cassent et frottent. Ours. Renards polaires. Lagopèdes.

    Mais aussi les gisements de pétrole, du gaz, des minéraux. Un entrepôt vital pour la Terre. Bien gardé par le « silence blanc »

    Le premier à longer la côte nord du continent eurasiatique était le baron suédois Adolf Erik Nordenskiöld qui en juillet 1879 a été le premier navigateur à passer de l'Atlantique au Pacifique. Quarante ans plus tard on y trouve la trace du deuxième passage, par Roald Amundsen. C’est après la Révolution russe que ce pionnier du passage du Nord-Ouest appareille d'Oslo le 24 juin 1918. On a du mal à imaginer aujourd’hui la volonté et l’enthousiasme des gens qui se lançaient dans l’exploration des routes inconnues, dans le froid perçant, avec une petite goélette à trois mâts appelé « Maud » Le bateau est bloqué par les glaces en septembre et l'hivernage dure vingt-deux mois. Amundsen se casse un bras en glissant, un ours lui lacère le dos, l’explorateur est gravement intoxiqué par les émanations d'une lampe à pétrole. Mais il atteint Nome deux ans plus tard, en 1920. C'est d’ailleurs le seul navigateur à avoir bouclé le tour de l'océan Arctique.

    En août 2007, l'équipage d’un submersible russe a largué une capsule de titanium renfermant un drapeau de la Russie à 4 200 mètres sous la calotte glaciaire de l’Arctique. Cette prise de possession symbolique a provoqué une réaction en chaîne où l’on voit s’opposer des alliés traditionnels : Etats-Unis, Canada et Danemark, sans parler de la Norvège confrontée à son grand voisin. C’était les prémices d’un déséquilibre sur le front marin de l’Arctique.

    La crise ukrainienne est aussi extraordinairement révélatrice. Même dans ce domaine totalement inattendu. Et elle a fait tomber les masques. Eloigné de la Crimée, le Grand Nord est toujours en proie au silence blanc. Mais la crise politique révèle clairement les positions précises de ceux qui s’appelaient pendant longtemps des « partenaires ».

    « La bataille du Grand Nord a commencé… » - c’est le titre de l’ouvrage de Richard Labévière et François Thual, deux spécialistes de géopolitique et de stratégie. Le livre représente une mine d’informations pour comprendre vraiment les enjeux des batailles politiques, économiques, stratégiques. L’époque où l’Arctique appartenait vraiment au monde est révolues. Maintenant, le problème du Grand Nord est lié à l’entrée de l’Humanité dans l’ère de la mondialisation.

    Est-ce que le « dévoilement » des vrais visages des « partenaires-adversaires » suite à la crise ukrainienne va empêcher ou accélérer le consensus sur les questions de l’Arctique? Peut-on encore trouver un terrain d’entente entre eux pour faire fondre la glace ? Nous avons posé la question à Richard Labevière, rédacteur en chef de Défense, la revue de l'Institut des hautes études de défense nationale.

    Richard Labévière. « Le Président Poutine, en manifestant sa volonté de réinvestir ce qu’on appelle « le passage du Nord-Est » a dit que la zone arctique est la zone stratégique prioritaire pour l’avenir de la Russie. Cela a été annoncé clairement. La modernisation des ports de cette façade arctique russe est en cours. Cela prouve qu’indépendamment de la crise ukrainienne, le grand jeu arctique sera plus équilibré, dans la mesure que dans cette zone arctique il y a à la fois des conflits (d’intérêts) entre les Etats-Unis et le Canada, entre le Canada et le Danemark, entre la Norvège et la Russie, la Russie et les Etats-Unis. Le jeu et beaucoup plus ouvert. Soit, suite à l’Ukraine on assiste à la nouvelle guerre froide dans l’Arctique et le Grand Nord, soit – d’une manière hypocrite on va faire de la sorte qu’un des pays européens et de leur zone d’influence favorise l’indépendance du Groenland, la plus grande île et la plus peuplée du Nord, ce sera un plan d’impérialisme masqué. Soit - on est sur le troisième scénario, plus acceptable : créer une zone ou on peut négocier, l’intégrer ou créer un Conseil des pays intéressés pour gérer des problèmes d’une manière pacifique

    Ce passage Nord-Est est naturellement la zone de l’influence prioritaire de la Russie qui possède des brise-glaces modernisés. Il y a un terminal pétrolier à Mourmansk, des possibilités de transporter le charbon, etc. Cette façade, le passage du Nord-Est est un grand chantier, elle a un rôle stratégique.»

    LVdlR. Les cartes de l’Arctique nous parlent toujours dans toutes les langues. Archipel François-Joseph. Ile Nansen. Le détroit de Fram. Mer de Laptev. Île du Prince-Patrick. Cap Columbia.

    Demain, à Saint-Pétersbourg, s’ouvre le V forum de la Dimension septentrionale. De nouveau on va parler toutes les langues dans ce programme de l'Union européenne qui réunit des pays d'Europe du Nord et de la Russie pour une coopération transfrontalière.

    Et la voix de la Russie va y résonner. T


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