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    Cette année en Normandie se tiendra la 70e commémoration du débarquement allié sur les côtes françaises le 6 juin 1944. Sur fond de tentions politiques liées à la crise ukrainienne, on a évoqué à demi-mots que l’invitation à cette commémoration du président russe Vladimir Poutine pourrait être suspendue en guise de sanction.

    Pour l’instant la présence du chef d’état russe est toujours confirmé et Claude Quétel, historien français, directeur de recherche au CNRS et auteur du livre « Le Débarquement pour les Nuls » balaye tous les doutes quant à la légitimité de la participation du président russe à cette commémoration et rappelle que la victoire sur le nazisme s’est bien faite sur deux fronts :

    LVdlR : La venue de Vladimir Poutine pour la 70ème commémoration du débarquement en Normandie, qu’est ce que vous en pensez ? Elle est complétement légitime.

    Claude Quétel : Moi j’en pense le plus grand bien, je ne comprends même pas pourquoi ça pourrait poser problème. Ce qui serait assez paradoxal, c’est que la venue, pour laquelle je suis tout à fait pour, du représentant de l’Allemagne, qui étaient quand même nos ennemis d’hier ne pose pas de problèmes et que la venue du représentant du plus grand allié que l’on a eu et qui était le principal adversaire de l’Allemagne nazie puisse poser problème. Ca serait effectivement un paradoxe. On est arrivé à un moment où tout le monde doit partager la même mémoire, celle du triomphe sur le nazisme et bien évidemment le président Poutine ou quiconque à partir du moment où il est le chef de l’état Russe, a tout à fait sa place. L’histoire occidentale, comme l’histoire ex-soviétique sont prisonnières un peu du péché d’oubli. C’est à dire que pendant la Guerre Froide l’histoire occidentale a énormément mis en avant le débarquement et les alliés anglo-américains et canadiens ; l’Union Soviétique a mis en avant énormément dans ses manuels le front de l’Est. L’historien d’aujourd’hui fait simplement l’addition et constate que la victoire sur le nazisme est une victoire sur deux fronts. Le 22 juin 1944 commence l’opération à l’Est, qui s’appelle Bagration, cette opération Bagration se déroule en Biélorussie et le Reich est incapable d’envoyer des renforts sur le front de Normandie. En poussant le résonnement un peu, s'il n’y avait pas eu l’opération Bagration, le débarquement n’était pas gagné d’avance.

    LVdlR : Depuis que la guerre a été gagnée, depuis que l’on commémore ce débarquement en Normandie, comment ça se passe ? Ca a toujours été pareil ?

    Claude Quétel : C’est un peu compliqué l’histoire des commémorations. La commémoration du débarquement a eu tout de suite beaucoup d’importance pour les britanniques, c’est à partir de la Grande Bretagne que commence le débarquement. Les anciens combattants britanniques qui sont très attachés à leur mémoire ont tout de suite eu le souci de ces commémorations. La deuxième vague des commémorations c’est le président américain, qui aujourd’hui a tendance à attirer toute la couverture médiatique, car c’est quand même en Normandie que commence vraiment l’ultime combat contre le 3e Reich. Et puis des décennies passant c’est posée la question du chef d’état allemand, la question s’est posée très nettement pour le 50e et le 60e anniversaire, à part quelques protestations en France d’anciens déportés, d’anciens combattants, la venue du chef d’état allemand a paru souhaitable dans cette vision d’une mémoire partagée. Et puis le 70e anniversaire venant il y a la venue du représentant du peuple, je continue à dire soviétique, cat il s’agissait de l’Armée Rouge et de la Grande Guerre Patriotique.

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