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    BHL, le Néron médiatique du XXIème siècle
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    BHL, le Néron médiatique du XXIème siècle

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    Il est difficile de dire aujourd’hui si le Néron historique, donc authentique, est bien celui qui transparaît à travers les œuvres d’art ancestrales et les films de ces dernières décennies. Admettant que les deux hypostases se valent, je dirais que BHL est le Néron médiatique de notre époque, une réincarnation de celui qui hante si funestement les pages de Quo Vadis. Néanmoins, si l’on s’accorde à croire que Néron était atteint d’une maladie mentale, le cas de BHL est différent. Qui plus est, ce n’est pas tant son cas qui nous intéresse que les réalités qu’il trahit ou confirme. Mais commençons par le commencement.

    Cette fois, le pseudo-intello du café de Flore a visité Odessa. Le 8 août, ce triste sire devait se produire à l’Opéra de la ville en y présentant une pièce intitulée « Hôtel Europe ». La veille, il a été reçu sur le plateau de Chanel 1, une chaîne ukrainienne bien connue. Dans une tirade gestuellement et verbalement bourrée de non-sens flagrants, M. Lévy nous explique que « la révolution [en Ukraine] est terminée mais pas la guerre », qu’il vient « saluer Odessa [parce que c’est] une grande ville européenne », que « Poutine est un barbare » mais que l’Ukraine parviendra à ses fins parce « qu’ [il n’y a qu’en Ukraine] que de jeunes hommes et de jeunes femmes meurent en serrant dans leurs bras le drapeau de l’Europe. Aucun Français, aucun Allemand ne meurt en serrant le drapeau de l’Europe dans ses bras ».

    Bref, nous avons face à nous un BHL bien en forme, égal à lui-même et à sa tenue de faux ascète qui lui avait récemment valu l’ironie mal cachée du défunt Benoît Duquesne. Sauf que cette fois-ci, le conseiller de nos Présidents a joué encore plus médiocrement que d’habitude. Voici quelques phrases révélatrices.

    - « Je serai demain à l’Opéra d’Odessa pour jouer une pièce que j’ai écrite pour l’Ukraine et sur l’Ukraine ». La formule ne pouvait être mieux choisie. BHL qui n’est rien d’autre que l’image hypertrophiée, voire grotesque de l’avant-scène atlantiste révèle écrire des scénarios pour un pays qu’il ne connait pas et auquel rien ne le lie. La morale est simple : BHL écrit non pas des pièces mais des dictées théâtralisées. Ce personnage donne des conseils au Président de la République. Question pour un champion : ce Président, représente-t-il la France ?

    - « Le peuple européen est avec vous (…). Les dirigeants européens sont frileux. Les dirigeants ont peur de Poutine (…) mais pas le peuple. Il admire ce qui s’est passé au Maïdan et à Odessa. Je suis ici le représentant de ces opinions publiques». De deux choses l’une. Faut-il croire que le conseiller de François Hollande reproche à ce dernier de ne pas entrer en confrontation directe avec la Russie ou, au mieux, de ne pas durcir des sanctions déjà plus qu’aberrantes pour l’économie européenne ? Dans ces conditions-là, un philosophe qui n’a aucune notion de géopolitique et d’économie appelle l’Elysée et le Quai d’Orsay à attiser un conflit meurtrier. C’est manifestement au même titre qu’il appelle Hollande à ne pas livrer les deux Mistrals restants à la Russie. Je lui suggère une prestation du même genre devant les ouvriers de Saint-Nazaire (quelques 800 personnes) qu’il croit représenter, sans doute à l’issue d’un sondage d’opinions spécialement commandé. Imaginons que Douguine cité par BHL ou n’importe quel philosophe russe invité en Ukraine appelle explicitement Poutine à punir Hollande en prétendant en plus représenter tout le peuple russe. Personnellement, je n’aimerais pas être à la place de ce philosophe. Mais BHL a le droit d’exprimer ce que bon lui semble. Nouvelle question pour un champion : pourquoi ? Serait-il invincible ? En vertu de quoi ? Tant que ce mystère ne sera pas élucidé, il restera ce qu’il est : le porte-parole ridicule du système et non pas du peuple français qu’il agite comme un bouclier tout en traitant le Président français de « frileux ». Quelle belle pièce, en effet.

    - « De jeunes Ukrainiens meurent en serrant dans leurs bras le drapeau de l’Europe. Aucun Français, aucun Allemand ne meurt en serrant le drapeau de l’Europe dans ses bras ». Si je comprends bien, BHL reprocherait presque aux jeunes Français et aux jeunes Allemands de ne pas mourir pour l’Europe. Si je comprends bien aussi, le même BHL n’est pas prêt non plus à donner sa vie pour l’Europe sinon il serait ailleurs, en plein centre de Mossoul par exemple, l’EI étant réellement dangereux pour cette UE qu’il prétend chérir en tant qu’idée (voir le spectacle donné par BHL place Maïdan) qu’un Poutine dont les prétentions territoriales, à en croire notre orateur, ne concernerait que l’espace eurasiatique. Mais ce qui aura notamment échappé à BHL, c’est le fait que certains manifestants europhiles abattus au même titre que les Berkoutes par des snippers anonymes ne voulaient absolument pas mourir. Encore moins pour l’Europe. Cela pour la simple et bonne raison qu’une intégration économique à l’UE – et non pas à l’Europe en tant que telle, je souligne – était pour eux un moyen de relancer la croissance dans un pays rongé par la corruption. Ce n’était donc pas une idée mais un moyen pratique justifiable dans l’état récent des choses. Le raisonnement de BHL repose donc une nouvelle fois sur des amalgames gros comme des maisons et une falsification de la réalité qu’il semble faire passer à travers un miroir déformant. Qui plus est, de quel droit instrumentalise-t-il la mort tragique des manifestants pour reprocher indirectement aux jeunes européens leur manque d’engagement vis-à-vis de l’UE ?

    - « L’esprit de Munich gouverne les dirigeants européens ». Ce passage est particulièrement grave. BHL nous renvoie ici aux accords de 1938 respectivement signés par l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et l’Italie. La France et le Royaume-Uni avaient alors laissé l’Allemagne annexer les Sudètes, la Tchécoslovaquie et l’Autriche croyant qu’elle s’en contenterait. Cette certitude, honteuse, est toujours celle des dirigeants européens qui laissent Poutine annexer la Crimée et le Sud-Est ukrainien parce que ces gens-là « ont peur de leur ombre ». Autrement dit, M. Lévy accuse M. Hollande et Mme Merkel de ne pas entrer en guerre contre la Russie (puisque seule une offensive de l’Allemagne, vers la fin des années 30, aurait peut-être pu remédier à la situation). Faut-il démontrer au-delà de l’évidence même que le conseiller du Président français – et pas du premier – présente un danger des plus sérieux. Comment se fait-il qu’il soit toléré et écouté, là est la question. Comment se fait-il qu’il ait une tribune au Figaro ?

    Ces sous-entendus mis en lumière, il ne reste plus qu’à constater que le passage de BHL à Odessa est un affront à la mémoire des 140 personnes exécutées dans la Maison des syndicats. Mais il est vrai qu’elles ne méritent pas l’attention d’un si grand philosophe : ces enfants, ces femmes, ces hommes sauvagement tués le 2 mai ne serraient pas le drapeau de l’UE au moment où ils suffoquaient.

    Quant à M. Lévy, qu’en dire pour conclure ? Quel grand artiste périt avec moi ! Ces derniers mots de Néron seront sans doute ceux de BHL le jour où il perdra définitivement son auditoire. Espérons que cela arrive d’ici trois ans, en 2017.

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