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    La ronde effrénée des sanctions et les vertiges de l’Europe
    © Collage: Voix de la Russie

    La ronde effrénée des sanctions et les vertiges de l’Europe

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    Le leitmotiv des sanctions au nom d’une certaine paix en Ukraine – pardon, de la pax americana ! – n’émeut même plus les dupes.

    En revanche, la façon dont ces sanctions sont appliquées par les pays occidentaux conformément aux oukases washingtoniens n’est pas sans rappeler une pièce masochiste de mauvais goût où l’autoflagellation est perçue comme une offensive parce que, de l’autre côté du rideau, une voix chuchote : « T’arrête pas, c’est dans tes intérêts ».

    Il est vrai que l’isolement de Sberbank des marchés des capitaux occidentaux est une triste chose dans la mesure où la plus grande banque de Russie ne pourra plus emprunter à long terme. Il est vrai que la rupture qui s’est opérée entre les grandes sociétés pétrolières occidentales (Exxon et Shell) et russes, à savoir Gazprom, Gazpromneft, Lukoil, etc. rend plus compliquées les explorations engagées en Sibérie et dans l’Arctique. Si ces aberrations ne sont certainement pas à sous-estimer, notons qu’elles ne sont rien au regard des bonds convulsifs affligeant les marchés financiers. Un récent article de Pepe Escobar, journaliste brésilien, fait état de l’augmentation des titres des sociétés russes touchées par les sanctions par opposition à leur fléchissement aux USA. Pour le coup, Washington semble partager la schizophrénie de son supplétif bruxellois.

    Si on considère que les puissances atlantistes projetaient de démanteler l’Eurasie en divisant ses peuples et en galvanisant d’une manière plus efficace les mouvements d’opposition non-systémiques, on s’aperçoit que le calcul était faux dès le départ. Fin août, la Russie et la Chine avaient signé un accord stipulant l’abandon du pétrodollar. Début septembre, la Russie s’apprêtait à livrer 80.000 tonnes de pétrole en provenance de Novoportovsk et à destination de l’Europe en demandant à être réglée en roubles. Contrairement à ce qu’on croyait jusqu’ici, l’alliance euro-yuan en contrepoids au dollar est non seulement très peu envisageable mais surtout inutile depuis l’inauguration en juillet de la Nouvelle banque de développement. Il n’y a donc aucune raison de croire que cette opposition non-systémique puisse agiter avec conviction l’épouvantail isolationniste. En revanche, la course au gaz s’exacerbant, il est à se demander si les petits et moyens exportateurs de gaz – le Qatar entre autres – puissent subvenir aux besoins de l’Europe déjà assez peu ravie d’avoir à subir les jérémiades de Kiev. On peut en outre se demander ce qu’il adviendra du dollar si la Chine qui détient le quart de la dette américaine venait à se débarrasser des obligations américaines ? Des trois partis – USA, UE, Russie – la Russie est clairement celui qui perd le moins.

    Cette entrée en matière réalisée, je donne la parole à M. Pascal Mas, conseiller du Représentant du Tatarstan en France.

    La Voix de la Russie.«Selon vous, quel est l’objectif réel des sanctions infligées à la Russie ? Pensez-vous que celles-ci visent davantage à isoler la Russie du système financier mondial ou plutôt à diviser ses élites et son peuple dans l’espoir de provoquer une révolution orange ?

    Pascal Mas. En ce qui concerne l’isolement de la Russie, c’est la manifestation d’une théorie très ancienne que l’on appelait, à l’époque de la Guerre Froide, « le cordon sanitaire » destiné à empêcher la progression territoriale de l’URSS. Cette théorie est très ancienne, elle remonte à la fin de la II GM. Elle se traduit également, dans cette tentative de confinement, par un asservissement des économies des pays se trouvant sous la tutelle américaine. L’exemple le plus frappant en 1945 c’était l’A.M.G.O.T et le plan Marshall qui sous prétexte de reconstruire l’Europe avaient pour vocation de contrôler l’économie des pays libérés.

    Dans une optique similaire, isoler la Russie me semble être l’objectif principal, cela d’autant plus que pour une certaine classe dirigeante américaine la période rêvée c’était 1991-2005, c’est-à-dire la période pendant laquelle la Russie était en pleine reconstruction de son économie avec des oligarques plutôt sympathiques … Mais la situation a évidemment changé. L’objectif de Washington est maintenant d’empêcher la Russie de s’ériger en tant que pôle d’intérêt et d’attractivité économique concurrent à la zone dollar et aux USA.

    Concernant l’éventuelle séparation du peuple et de ses élites : une tentative de ce type avait déjà été faite en Géorgie et plus récemment en Ukraine. Là encore, l’objectif est d’installer des marionnettes. Ceci dit, je ne crois pas que la classe dirigeante russe actuelle et même l’ensemble de la classe politique soit prête à céder la place à des fantoches.

    LVdlR. Croyez-vous que la Russie ait sérieusement à souffrir de la guerre économique qu’on lui a déclaré ? Qu’en est-il plus spécifiquement du front énergétique ?

    Pascal Mas. Il se pourrait que les sanctions aient un impact sur le front énergétique mais je n’y crois pas vraiment car il y a une crise au niveau de la production de l’énergie, notamment du pétrole. Il n’a jamais été aussi bas au niveau du prix d’achat du pétrole brut. Il y a une crise énergétique parce qu’il y a une crise économique et donc une demande plus faible. Même les économies émergentes comme celles de la Chine ont besoin de moins d’énergie qu’elles ne le croyaient en élaborant leur plan de développement. L’impact des sanctions sur la production énergétique me semble être un phénomène marginal.

    Ceci étant, la réalité de la guerre économique que les USA veulent mener contre la Russie et les pays qui s’y rapprochent. Je pense aussi au Belarus, au Kazakhstan et depuis peu à l’Arménie … Il s’agit, comme je viens de le dire, d’empêcher la consolidation d’un pôle d’attractivité qui séduit d’autres pays sur d’autres continents. On a pu le constater lors de la conférence de Fortaleza le 17 juillet ainsi qu’avec la réunion des BRICS et des pays latino-américains qu’on retrouve maintenant dans les circuits d’approvisionnement de substitution contre l’embargo des produits agroalimentaires.

    Un effet positif est à relever. Les sanctions remotiveront la production locale russe, notamment dans le domaine agricole et le domaine des techniques de pointe. Je crois donc que les Américains se sont de nouveau trompés en misant sur une stratégie périmée depuis voilà 40 ans. Confrontée à des décisions complètement arbitraires, la Russie est en train de se remuscler, de se redévelopper et de diversifier la richesse de son économie ».

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