Analyse
URL courte
Par
0 97
S'abonner

Un véritable qui pro quoi s'installe en France depuis le double attentat terroriste perpétré à Paris. Coïncidence de calendrier : la rhétorique antiterroriste a engendré, jeudi dernier, le plan de reformation de l'école.

Applaudie par le Président François Hollande et le premier ministre Manuel Valls, la ministre de l'Education Najat Vallaud-Belkacem a annoncé des mesures visant à promouvoir et à défendre les valeurs de la Ve République. Sur le plan pratique, y seront réintroduits les cours d'éducation morale et civile. Pour ce faire, des acteurs extérieurs, issus des membres de l'entreprise, de la justice, de la culture ou des médias, viendront débattre avec les étudiants dès la prochaine rentrée.

Le respect et la politesse des maîtres constituent plus que jamais l'un des défis majeurs à relever, puisque l'école doit aussi être le « sanctuaire des civilités », selon les termes du chef d'Etat français. François Hollande s'est également prononcé en faveur de la célébration de la Journée de Laïcité dans les écoles, le 9 décembre.

Les mesures dont je viens d'évoquer les plus « significatives » coûteront 71 millions d'euros à l'économie déficiente de l'Hexagone en 2015 et jusqu'à 250 millions dans les années 2016-2018.

Comment ces mesures pourront-elles influencer la situation actuelle et l'avenir? En quête d'une réponse à cette question, nous nous sommes adressés au professeur agrégé de Sciences Po Grenoble, Christophe Bouillaud. « Il ne faut pas s'attendre à des miracles de ces mesures prises à la va-vite. Ces mesures consistent à réanimer les procédures et initiatives pédagogiques qui avaient déjà existé. Par exemple, la ministre veut mettre en place une éducation aux médias dont on a parlé en France depuis les années 1960. De même qu'avec l'enseignement d'éducation morale et civique, le droit des collégiens et lycéens à la parole. » Il est déjà bien que « ces mesures ne peuvent pas faire de mal. Elles sont censées plutôt rassurer les gens ».

Les mesures de reformation de l'école interviennent au moment importun de lutte antiterroriste menée par la France sur tous les fronts. L'attachement de Mme Belkacem aux valeurs républicaines et surtout la laïcité ne font que le prouver. L'école française, sera-t-elle une nouvelle arène de lutte antiterroriste?

« C'est beaucoup dire, répond Christophe Bouillaud. Par contre, réaffirmer à travers l'école le principe de laïcité est une première phase. La deuxième phase qui va, peut-être, venir, est de dire: il y a des problèmes sociaux très graves dans certains endroits en France et il faut les combattre. Pour l'instant, nous ne sommes qu'à la réaffirmation des valeurs de la laïcité et pas à la deuxième phase. Il ne faut pas oublier que cette réaffirmation de l'autorité à l'école, de la laïcité, des valeurs de la République — c'était déjà fait avant les attentats. C'est une tendance lourde à l'éducation en France, au moins depuis un quinzaine d'années. » « Aujourd'hui, il faut former la jeunesse sans avoir aucun impact sur elle ».

Quoi qu'il en soit, le problème majeur est de savoir quel type de génération cette école, foyer de laïcité, pourrait former. « Dans l'idéal, l'école française devrait former un citoyen républicain civique, honnête, travailleur, plein d'initiatives, respectant les lois, tolérant, etc. Cet idéal n'a pas changé depuis la Révolution et les Lumières. Aujourd'hui, l'école échoue à atteindre cet objectif pour deux raisons principale. D'abord, il existe de grandes différences entre les quartiers de France où l'on n'a pas la même école selon les lieux. Il y a une très forte ségrégation socio-spatiale des élèves. Et puis, la deuxième raison qu'on évoque de plus en plus, c'est la culture jeune, la culture de la jeunesse formée sur Internet, à travers les jeux vidéo, à travers les médias et les « sous-médias ». Sans surprise, cette culture est complètement coupée de la culture adulte, elle est organisée en marge de la culture dominante. De ce fait, l'école a beaucoup de mal à avoir prise sur cette école. »

Que deviendront les jeunes Français dans 10 ans, nourris d'idées jusqu'au-boutistes de tolérance (avec le mariage « gay »), de laïcité (avec la lutte antiterroristes)? Cette tolérance extrême risque de se transformer en une indifférence totale des jeunes d'avenir. Dans un monde unipolaire régné par le politiquement et « religieusement » correct, il n'y aura pas de points de repère. Nourris d'idéaux éphémères à l'école, les jeunes auront du mal à affronter la réalité qui leur paraîtra un théâtre de l'absurde de Ionesco habité des rhinocéros. Serait-ce les circonstances propices à l'apparition d'un nouveau Louis XIV, Napoléon ou Charles de Gaulle, d'un homme politique fort, autoritaire et courageux, capable de redresser le pays?

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de son auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Sputnik.

Lire aussi:

L'école française: lire et faire lire
Pfizer n'est «pas certain» que son vaccin stoppe la transmission du Covid-19
Traversée de l’Algérie avec un âne: le challenge qui passe mal sur les réseaux sociaux
Tags:
France
Règles de conduiteDiscussion
Commenter via SputnikCommenter via Facebook