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L’opération commando pour Manuel Valls qui vient de débarquer en Chine accompagné d’une cinquantaine de grands patrons et d’hommes d’affaires français.

Face à la menace terroriste, aux problèmes des droits de l’homme, à la situation de la Grèce et à l’avenir de la zone euro, le premier ministre français envisage de renouer les contacts avec la deuxième puissance économique du monde.

Une mission ambitieuse mais « hasardée » pour un pays qui ne possède que 1% de parts de marchés en Chine (contre 5% pour l’Allemagne voisine). D’autant plus que la réputation mutuelle des deux pays est ambivalente: violation des droits de l’homme, non-respect de balance énergie-écologie, aéroport de Toulouse et Club Med, relations dramatiques avec le Tibet, événements liés au relais de la flamme olympique en 2008 à Paris, etc.

Succès et échecs du gouvernement précédent traduisent l’orientation à la Chine du gouvernement Hollande. Un an après le 50ièmes anniversaire de la reconnaissance de la Chine populaire par Charles de Gaulle en 1964, Manuel Valls plaide un rééquilibrage dans les échanges commerciaux entre les deux pays. « Il est sûr que la France souhaiterait que les Chinois investissent beaucoup plus en France qu’actuellement et que la balance du commerce entre les deux pays soit rééquilibrée en faveur de la France. Car la France n’est pas seulement le champagne, le vin, les produits de luxe, c’est également beaucoup d’autres produits et de services, notamment, dans le domaine militaro-industriel, » nous a confié Pierre Picquart, docteur en géopolitique et en géographie humaine de l'Université de Paris-VIII, spécialiste de la Chine et du monde chinois.

Bien que la France ne soit qu’une goutte d’eau pour l’économie chinoise, une dizaine de contrats pourrait être signée à l’issue de la visite. Une base favorable existe déjà: le cinquième Airbus exporté est exporté en Chine à point de concurrencer le Boeing américain. S’y ajoutent les TGV, les automobiles françaises, les équipements urbains (le projet de la maire de Lille Martine Aubry pour le développement urbain durable à Wuhan).

« Aujourd’hui, il est difficile de ne pas s’intéresser à la Chine puisque c’est une grande culture, un grand peuple, un grand territoire et une très grande population (un cinquième de l’humanité). De surcroit, grâce à ses efforts depuis une trentaine d’années, la Chine est devenue une puissance économique et financière incontournable. Rappelons que les réserves d’or, les réserves de change de la Chine sont les plus importantes du monde. Rappelons que la Chine a une monnaie qui se situe au top 5 des monnaies internationales, » poursuit Pierre Picquart et nous le soutenons pleinement dans ses propos.

Du côté chinois, les intérêts sont purement pragmatiques. Pékin se doit de placer ses énormes réserves de changes et considère la dette française comme un investissement plutôt sûr (car transparent) et stable. L’autre point crucial consiste en investissements conjoints dans des pays tiers, surtout en Afrique, dont Pékin souhaiterait faire son grenier à matières premières.

La visite de Manuel Valls intervient au moment opportun. Vu la chute de l’euro et la victoire en Grèce de l’association des partis radicaux de gauche SYRIZA qui dénonce l’austérité imposée par la « troïka », la France est plus que jamais intéressée à coopérer avec « la future première économie mondiale ». Qui plus est, sachant que les Chinois sont parmi les plus grands pollueurs du monde, les rencontres franco-chinoises permettront de préparer la 21ième conférence de climat du 30 novembre au 11 décembre 2015 à Paris.

Jusqu’où iront les ambitions de Manuel Valls? Ne veut-il pas décrocher tous les lauriers avant l’élection présidentielle en 2017? Rappelons le récent sondage d’IFOP faisant de lui le meilleur opposant à Marine Le Pen au second tour, loin devant François Hollande …

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de son auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Sputnik.

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Manuel Valls, Chine, France
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