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Dominique Pradalié est secrétaire générale du Syndicat National des Journalistes. Au micro de Sputnik, elle dénonce l'hypocrisie du gouvernement et des entreprises françaises, qui sont aussi bien espions que victimes d'espionnage. Selon elle, la loi sur le renseignement porte atteinte à la liberté des citoyens et journalistes.

Renseignement, espionnage, surveillance… tels sont les mots que l'on martèle depuis des jours, accompagnés de la subtile métaphore des "grandes oreilles", pour qualifier le berceau du vice: la NSA. C'est Wikileaks, lanceur d'alerte en puissance, qui est revenu sur le devant de la scène. Et tout le monde en prend pour son grade.
Est-il vraiment nouveau que les Etats s'épient? Cela a toujours été le cas, depuis la découverte de l'électronique. L'espionnage est forcément intimement lié à l'ingénierie. Rappelez-vous de cet inventeur de génie, Lev Thérémine, qui a habilement su utiliser l'électricité à des fins aussi artistiques que redoutables: il y a presque 100 ans, il réussit à cacher un micro dans le Grand Sceau de l'ambassade américaine à Moscou.

Ce qui est prodigieux aujourd'hui, c'est de constater que dans ce système vaste et tortueux un allié peut être espionné tout en travaillant en étroite collaboration sur des affaires d'espionnage… avec ce même espion. Bref, tous les Etats s'espionnent et promettent de ne plus le faire. Tout savoir à l'avance des intentions politiques, diplomatiques, commerciales, économiques de son voisin pour mieux se placer sur l'échiquier mondial. Sous couvert de lois visant à lutter contre le terrorisme. Car la fonction première des services n'est-elle pas de rapporter tous les éléments constituant une agression, une atteinte à la sécurité de la nation? Peut-être qu'actuellement, cette première vocation est outrepassée.

En tout cas, la France n'a pas attendu Wikileaks pour apparaitre sur cette interminable liste de dénonciations. C'est ce qu'explique Vincent Jauvert dans un article publié dans le Nouvel Obs. Il y dévoile, "grâce aux témoignages anonymes de plusieurs responsables actuels et passés", les rouages de l'espionnage français, dans ses avancées technologiques, ses alliances locales et étrangères, ses cibles; des débuts cette grande entreprise française de l'espionnage sous Nicolas Sarkozy à sa légitimation controversée sous François Hollande.

Il est question ici de la fameuse loi sur le renseignement. Adoptée le 24 juin dernier, elle légalise des pratiques déjà en place et secrètes. Ici aussi l'on s'indigne. Certains critiquent les pouvoirs étendus et disproportionnés accordés à la DGSE. D'autres voient déjà leur liberté fondamentale bafouée par l'intrusion d'espions traqueurs d'extrémistes.
La loi sur le renseignement permet aux enquêteurs et agents d'intercepter du contenu des courriels et conversations téléphoniques, il permet aussi d'avoir recours aux micros ou caméras et capter en direct ce qui se tape sur un clavier. Des appareils qui font office d'antenne relai pourront être utilisés pour intercepter données et conversation téléphonique. Loi liberticide qui fait s'inquiéter les journalises, la protection du secret des sources n'étant plus garantie.

Bien sûr, il n'est pas question de trier virtuellement et au hasard les civils. Ces opérations de surveillance ne doivent pas se faire à l'improviste mais dans le cadre d'enquête précise, où le soupçon est réel. Les analystes n'ayant pas de temps à perdre. Dans cette suspicion généralisée, les détracteurs de lanceurs d'alertes doivent eux aussi penser que ces derniers sont à la solde d'une puissance invisible, que leur dessein outrepasse la mission d'informer. Mais dévoués ou non, l'important est d'informer.

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de son auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Sputnik.

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Tags:
espionnage, WikiLeaks, États-Unis, France
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