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    Les manifestations à Cuba: un pistolet sur la tempe de Barack Obama

    Les manifestations à Cuba: un pistolet sur la tempe de Barack Obama

    © AFP 2019 Francisco Jara
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    A peine un mois après le rétablissement officiel des relations entre les Etats-Unis et Cuba, des opposants à cette détente manifestent des deux côtés du détroit de Floride. Les anciens ennemis de la guerre froide accusent Washington d’avoir mis sous l’éteignoir ses exigences hypertrophiées.

    Environ 90 opposants cubains portant des masques à l'effigie du président américain Barack Obama ont été brièvement interpellés dimanche à La Havane pour avoir protesté contre la réouverture de la chancellerie américaine sur l'île communiste. Bien que, pour le moment, les manifestations soient peu nombreuses, « on est en train d'en faire beaucoup, d'instrumentaliser », constate Anne Deysine, spécialiste des questions politiques et juridiques aux Etats-Unis, professeur à l'université Paris Ouest Nanterre. « Certains sont opposés au retour des Etats-Unis. D'autres veulent aller plus loin et profitent de l'arrivée de Washington pour lutter contre le gouvernement en place et revendiquer les droits de l'homme », confie-t-elle dans une interview à la radio Sputnik.

    Après 54 ans d'isolation de l'île, cette détente à marche forcée est un pari ambitieux avec des obstacles majeurs: sanctions économiques, camp de Guantanamo, milliards de dollars d'indemnisation réclamés par les Américains expropriés à la révolution, extradition des fugitifs réfugiés à Cuba qui sont recherchés par la justice américaine, etc. Anne Deysine explique: « Le président américain est à la fin de son deuxième mandat. Sans doute, sur un plan égoïste, il pense à l'image qu'il va laisser. Il veut se faire voir responsable du rapprochement avec Cuba, comme dans le cas de l'Iran. »

    Aujourd'hui, Barack Obama se retrouve avec plusieurs pistolets sur la tempe: Ukraine (il a reconnu avoir financé l'euro-Maïdan), Daesh (selon un document déclassifié de la DIA, agence américaine du renseignement de la défense, rédigé en août 2012, la Maison Blanche prévoyait l'avènement du groupe Etat islamique), Ferguson (le premier président noir est accusé d'être trop laxiste face au problème racial). Mais au lieu de régler de nombreux différends politiques dont il est responsable, le président semble revenir au problème russe, « point d'orgue et de honte de sa présidence ». Le scénario est toujours le même: isoler Moscou. Après le terrible échec en Kirghizie, le pays ayant dénoncé l'accord de 1993 sur la collaboration avec les Etats-Unis et fermé la base militaire à Manas, c'est la Moldavie qui est dans le collimateur américain. Le secrétaire général du Conseil européen, Thorbjørn Jagland, redoute la propagation de la crise ukrainienne dans la république qui risque de devenir un nouveau point chaud aux portes de la Russie.

    Anne Deysine riposte: « Nous ne sommes plus dans les années 60, nous ne sommes plus à la crise des missiles. Autant il y a une tension en Europe, notamment, autour de l'Ukraine, autant Cuba, une petite île à 100 km des côtes de Floride, n'est pas un plan stratégique sur lequel il faut juger l'attitude américaine vis-à-vis de la Russie. » Or, Moscou soutient la normalisation des relations américano-cubaines jugeant qu'elles ne nuiraient en rien à ses intérêts. Lors du sommet UE-CELAC (Communauté d'États latino-américains et caraïbes-Union européenne) en juin à Bruxelles, Cuba s'est prononcé contre les sanctions antirusses.

    Le volet économique n'est pas à exclure. Vu l'essor foudroyant des BRICS qui représentaient 30% du PIB mondial en 2014, les Etats-Unis cherchent à élargir la zone de libre-échange aux pays latino-américains et caraïbes, y compris Cuba. La zone pacifique est un butin, certes, plus maigre que l'Union européenne (le TTIP est à l'ordre du jour en Europe) mais plus facile à acquérir. Mais, selon Anne Deysine, il faut d'abord que « Cuba adhère à l'OMC, ce qui prendrait une dizaine d'années ».

    Drapeaux de Cuba et des USA
    © AP Photo / Franklin Reyes, File
    La Havane n'est pas disposée à changer les principes clés de sa politique internationale. En mars, Raul Castro a défendu le gouvernement vénézuélien après la décision du président Obama de décréter, le 9 mars, « l'urgence nationale aux États-Unis » face à la « menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale et la politique extérieure qu'est le Venezuela ». Le leader cubain a alors confirmé sa solidarité avec la révolution bolivarienne et le président Nicolás Maduro. Raul Castro a tranché: « On ne peut pas ignorer l'histoire, car les relations entre les Etats-Unis et les Etats latino-américains et caraïbes ont été imprégnées de doctrine Monroe et de principe de domination et d'hégémonie ».

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    manifestation, Barack Obama, Cuba, États-Unis
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