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    munition française

    Que dit le rapport sur la gestion des munitions françaises ?

    © AFP 2019 Dominique Faget
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    Gaëlle Nicolle
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    Les députés Nicolas Dhuicq et Nicolas Bays sont auteurs d’un rapport sur la gestion des filières des munitions françaises, examiné en commission mercredi.

    De la conception de la munition à sa destruction, du gardiennage des munitions à la fabrication, le stockage et l'utilisation, comment s'estorganisé leur enquête dans le contexte actuel des frappes en Irak et en Syrie et qu'ont-ils conclu?

    La commission de la défense travaille depuis un an sur la gestion de la filière des munitions françaises, qui n'a pas fait l'objet d'étude depuis longtemps. Le rapport concerne tous types de munitions, de la cartouche de 9mm que le gendarme ou le policier aura dans son chargeur jusqu'à la munition de dissuasion nucléaire à longue portée. Nicolas Dhuicq, député LR, voit dans la relance de la chaîne nationale de munitions de petit calibre un moyen de retrouver une certaine souveraineté nationale:

    C'est exactement ça, je pense le pays peut faire l'effort d'un peu plus de 100 millions d'euros pour relancer une chaine de production nationale de munitions de petit calibre qui crée 150 emplois nationaux et qui nous laisse indépendants de fournisseurs extérieurs, même si pour l'instant nous avons six fournisseurs pour les munitions de petit calibre. Je prends le même exemple que pour les machines-outils, je suis assez agacé lorsque je visite des entreprises de construction de voir qu'il n'y a plus une seule machine-outil française, qu'elles sont soit allemandes, soit lombardes parce qu'on dit toujours que l'Italie est un pays très industrialisé au nord, soit suisses, soit scandinaves, mais plus françaises. Donc je pense que les munitions de petit calibre font partie de ces briques technologiques qu'on néglige mais qui structurent après toute la chaine. Comme nous déplorons la perte de compétence pour la fabrication des armes de poings, en particulier le prochain fusil d'assaut va être acheté sur étagère. 

    Si le député fait le choix d'une politique nationale c'est parce que des problèmes ont été constatés: un lot acheté aux Etats Unis n'était pas adapté au bon format, ou des retards de livraisons de certains calibres aux gendarmes français ont été constaté suite l'intensification des tensions en Ukraine. Elle soulève également la question de la technologie, des armes de demain:

    Et bien une politique nationale, je fais partie des gens qui considèrent que l'effort de défense, à titre personnel, est insuffisant. Nous allons avoir à faire face à de gros investissements dans beaucoup de domaines, en particulier en recherche et développement pour les armes du futur. En ce qui concerne les munitions plus précisément vous avez deux demandes des armées. La première, surtout si on pense aux combats en zone urbaine, va avoir des munitions dont le rayon de létalité soit réduit, pour éviter les dommages collatéraux. Et la deuxième d'avoir des munitions de plus en plus précises. En particulier, il y a des recherches à faire sur le lobby d'artillerie du futur qui devra lui aussi être de plus ne plus intelligent, de plus en plus précis. Et surtout avec des capacités de gérer l'effet terminal de manière gradué éventuellement. Ça ce sont des demandes importantes. Et comme les munitions ont toujours été le parent pauvre, là je pense en particulier à l'artillerie, les munitions de petit calibre, les coupes budgétaires se font au détriment de la recherche et du développement.

    La question du stock de munition avait fait polémique suite à l'intervention française en Libye. Cette question est de nouveau à l'ordre du jour, car les frappes en Irak et en Syrie n'ont pas été sans conséquence et l'on parle d'un nouveau déficit. Suite à l'intensification de ces frappes, une commande a été passée à des entreprises américaines, plus rapidement que prévu: quelques centaines de bombes guidée GBU. Or, ces mêmes bombes ont été vendues par la France à l'Arabie Saoudite. Nicolas Bays nuance: d'une part, le stock actuel français est conséquent et aucune mission n'a été annulée par manque de munition, d'autre part les bombes vendues en très petite quantité à l'Arabie Saoudite sont des GBU12 alors que celle utilisées par l'armée française en Syrie sont des GBU49. Mais pour Nicolas Dhuicq, la question des munitions soulève celle de la diplomatie française, ses alliances peuvent s'avérer problématiques:

    Là c'est mon point de vue politique, je pense que nos alliances ne sont pas bonnes, je pense que la France est trop liée aux puissances sunnites, Arabie Saoudite et Qatar qui promeuvent le wahhabisme, qui est notre ennemi actuel. Ce n'est pas le salafisme qui est aussi un adversaire mais qui cherche la conquête du pouvoir par des moyens illégaux. Les combattants sont les wahhabites, financés par l'Arabie Saoudite. 

    Les alliances entretenues par la France et les livraisons qu'elles honorent, peuvent se faire au détriment de ses propres besoins:

    Votre question pose la question de la diplomatie française, pose la question de l'indépendance de la France et de son suivisme par rapport à la politique désastreuse américaine au Proche et Moyen-Orient qui veut redessiner depuis 20 ans la carte du Moyen-Orient sur des fondements ethniques et religieux. Et donc nos alliances font que du fait de la guerre au Yémen, du fait de livraisons d'équipements, nous faisons suivre les munitions vers ces pays, et éventuellement au détriment des munitions pour nos propres forces. 

    Commandé il y a un an, plusieurs événements ont eu lieu durant l'élaboration du rapport: les opérations au Mali, le vol des munitions à Miramas dans les Bouches du Rhône, l'intensification des frappes en Irak et en Syrie. Ce rapport plutôt technique sur les munitions est devenu stratégique, pour la défense nationale et la politique extérieure. Examiné en commission mercredi, il sera prochainement rendu public.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    munitions, Nicolas Dhuicq, France
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