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    Guantanamo

    La fin de Guantanamo ?

    © East News. UPI Photo / eyevine
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    Marco Rumignani
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    Ouverte en 2002 par l’ancien président américain Bush, la prison de Guantanamo pourrait fermer ses portes. En effet, Mardi 23 Février, Obama doit présenter son plan de fermeture de cet endroit de sinistre réputation, devant le Congrès.

    C'est que cette prison abrite encore plus de 90 détenus, et jusqu'à présent peu, voire rien, n'a été mis en place pour s'occuper de ces personnes, ou de leur rendre la liberté. Guantanamo ne dépend pas de la justice américaine, mais du département de la Défense, car c'est un lieu tenu par les militaires. Les détenus n'ayant pas le statut de « combattant ennemi », leur traitement sort de toute forme de juridiction, surtout que la prison n'est pas sur sol américain, ni sur sol cubain, mais sur une base américaine à l'étranger.
    Pourtant, bien des promesses ont été tenues au sujet de la fermeture du dit centre. Pas moins d'une dizaine de fois, Obama, pourtant commandant en chef des armées, avait déclaré son intention de mettre fin à ce pénitencier extra-légal, et, ce, depuis la campagne de 2008.

    Ceci intervient alors que le général Geoffrey Miller, ancien commandant de Guantanamo, et d'Abu Ghraib en Irak, est convoqué par la justice française pour mauvais traitement envers deux anciens prisonniers.

    La prison de Guantanamo, bientôt fermée?
    © AP Photo/ Charles Dharapak
    Quid des détenus justement? Les hypothèses sont nombreuses: les prisons de très haute sécurité américaine (comme l'ADX dans le Colorado, dans laquelle les prisonniers n'ont de contact avec personne), les prisons des pays d'origine des détenus (qui pour la plupart pratiquent la torture de façon routinière), ou dans des pays tiers. On pense bien sûr aux prisons de la CIA, installées en Europe de l'Est. 13 sites ont été mentionnés par Obama.

    Le président (re)vend —il cette idée en 2016, afin d'assurer à son parti une domination sur les questions de droits de l'Homme et sur la lutte anti-terroriste, et de laisser pour la postérité l'image de « celui qui a fermé Gitmo »? Ou le temps est-il enfin venu de tourner une page sombre de l'histoire américaine? M. Vincent Michelot, spécialiste de l'histoire américaine, nous répond.

    « La question est beaucoup plus complexe que le fait de savoir si Obama aurait la volonté aujourd'hui, qu'il n'aurait jamais eue, de fermer la base de Guantanamo. La question se pose en des termes plus techniques. (…) Pour une cinquantaine de détenus, on est dans une situation juridique complexe: certains d'entre eux représentent un danger réel dans l'hypothèse où ils seraient libérés; d'autres, s'ils étaient libérés et renvoyés dans leur pays d'origine sont promis à une mort certaine, à une période de détention illimitée, ou à une disparition pure et simple.

    De plus, le congrès américain a toujours refusé de voter un budget pour que les détenus de Guantanamo soient transférés sur le territoire national américain. On se retrouve devant une espèce de cercle vicieux, où, d'impossibilité catégorique, le Président des Etats-Unis n'a pas les moyens juridiques ou institutionnels de décider de fermer la base, d'en transférer les prisonniers dans une prison américaine, ou de relâcher les détenus, ou de les renvoyer dans leur pays d'origine, ou un autre pays qui les accueillerait.

    J'ajouterai que les pays volontaires et désireux d'accueillir d'actuels détenus à Guantanamo ne sont pas si nombreux que ça. Pour Obama, c'est plus un casse-tête constitutionnel qu'une absence de volonté politique qui fait jour. »

    Même si cette prison ressort de l'administration américaine, et même si la justice est aveugle, elle ne peut rester sourde aux cris de personnes torturées. La justice américaine (et celle des pays dont les détenus sont originaires) peut-elle poursuivre les responsables du centre pénitencier?

    « Par essence, les prisonniers à Guantanamo n'ont pas été condamnés. Certains ont été relâchés après avoir effectué leur peine, et les 91 qui restent ne sont pas arrivés du tout au bout de la procédure judiciaire dont ils pourraient faire l'objet, sachant que d'autre part, les Etats-Unis font face à certaines difficultés dont Obama a héritées.

    Beaucoup de ces détenus sont à Guantanamo sur la base d'informations qui ont été obtenues d'une manière qui ne peut être utilisée devant un tribunal, que cela soit de la torture ou des écoutes qui ne peuvent être mises dans le domaine public, et donc ne pas faire l'objet d'une procédure judiciaire normale; ce qui fait que l'on est dans une espèce de vide juridique que le président Obama n'est pas en mesure de remplir ou de corriger, pas plus qu'il est en mesure d'ordonner le transfert de ces prisonniers, ou leur libération, vers un pays qui les accueillerait. »

    En attendant un éclaircissement de la situation de Gitmo par Obama, il ne faut pas oublier pour quelles raisons cette prison existe. Elle devait servir afin de protéger le « monde libre » contre le terrorisme. Elle est devenue le symbole d'une « guerre contre le terrorisme » qui a justifié de nombreuses violations graves des droits de l'Homme au nom des droits de l'Homme.

    De manière plus extensive, les violations de droits humains ont émaillé l'actualité américaine ces dernières années: la tuerie de Ferguson, la répression des manifestations de la communauté afro-américaine, les programmes de surveillance effectuée par la NSA.

    Il n'empêche, même après 15 ans de confinement, d'humiliations, de tortures, loin de tout contact avec l'extérieur, ces prisonniers sont toujours considérés comme une menace pour la sécurité des Etats-Unis. Comme du bétail, les « ennemis de la liberté » font l'objet d'une évaluation….en termes de coûts. « 180 Millions de Dollars pourront être sauvés par an pour les contribuables », a déclaré Obama ce Mardi.

    Et oui, c'est que cela coûte d'entretenir un être humain! Au regard des dépenses militaires, on voit quelles sont les priorités du « land of the free, home of the brave ».

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    fermeture, prison, Barack Obama, États-Unis
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