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    un mélange de dollars et de yuans

    L’année 2018 serait-t-elle celle du début de la fin du dollar américain?

    © Sputnik . Alexander Yuriev
    Analyse
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    Kamal Louadj
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    L’endettement des Etats-Unis ne cesse d’augmenter, ce qui suscite l’anxiété du principal pays détenteur de bons du Trésor américain, la Chine. A celle-ci se sont joints des analystes américains. Qu’est qui explique cette inquiétude et dans quelle situation pourrait se trouver le dollar américain en 2018?

    Le dollar va mal. C'est le plus grand détenteur étranger de bons du Trésor américain, la Chine, qui l'affirme. Les autorités chinoises, selon CNBC, pourraient donc prendre la décision d'arrêter d'acheter des obligations émises par l'Etat américain, à cause d'un manque de confiance dans sa solvabilité. Cette tendance est confirmée par la décision de l'agence de notation chinoise, China's Dagong Global Credit Rating Co, qui vient d'abaisser la note de la dette souveraine américaine de A- à BBB+. Qu'est-ce qui a fait prendre cette décision, lourde de conséquences, aux autorités chinoises? Quelle relation a-t-elle avec la politique de dédollarisation que veut mener ce pays? Et, dans cette perspective, dans quelle situation pourrait se trouver la devise américaine en 2018?

    Pourquoi la Chine ne croit-elle plus au dollar américain?

    La Chine possède un stock de réserves de change en dollar d'environ 3.100 milliards de dollars, dont, en octobre 2017, 1.189 milliards en bons du Trésor.

    Malgré ces montants astronomiques que la Chine détient en dollar, l'abaissement de A — à BBB+ de la note de la dette souveraine américaine par l'agence de notation chinoise, dont le siège est à Pékin, indique une perte de confiance de la Chine dans la capacité des Etats-Unis à rembourser leur dette.

    «Les lacunes de l'écologie politique américaine actuelle compliquent l'administration efficace du gouvernement fédéral, de sorte que le développement économique national déraille», a estimé l'agence, dans un communiqué cité par Reuters, ajoutant que «les réductions d'impôt massives réduisent directement les sources de remboursement de la dette du gouvernement fédéral, donc affaiblissent davantage la base du remboursement de la dette du gouvernement».

    Dans ce même communiqué, Dagong met directement en cause la décision du Président américain, acceptée par le congrès, de relever le plafond de la dette fédérale, se situant déjà à 20.000 milliards de dollars, de 1.400 milliards de dollars. L'agence a averti que la dépendance croissante des États-Unis à l'égard de la dette pour stimuler le développement nuirait à leur solvabilité. Pour elle, si cette politique d'endettement fédéral se poursuit, le ratio recettes fiscales / dette publique continuera à se dégrader pour atteindre un niveau de 14,2% en 2018 et 2019, et de 12,1% en 2022, «La solvabilité virtuelle du gouvernement fédéral serait susceptible de devenir le détonateur de la prochaine crise financière», a affirmé l'agence de notation chinoise.

    Bien que la Chine ait aussi pris cette décision pour des raisons politiques, vu la guerre commerciale que l'administration Trump s'apprête à lui imposer et sa volonté de s'émanciper de la sphère dollar en développant un marché d'échange international alternatif dans sa devise nationale, le yuan, il y a un autre fait extrêmement important qui montre que Pékin ne serait pas la seule à penser qu'il ne vaut pas le peine d'investir dans la devise américaine. Les deux plus importants acheteurs de la dette américaine, la Chine et le Japon, sont actuellement devancés par la Réserve Fédérale américaine, devenue le plus gros acheteur de bons du Trésor américain, c'est-à-dire qu'elle est celle qui joue le rôle le plus important pour maintenir la confiance dans le dollar, que les autres investisseurs lâchent de plus en plus.

    Cette situation du dollar américain a permis au yuan de remporter sa plus grande victoire en devenant une monnaie de référence mondiale. Depuis octobre 2016, la devise chinoise est officiellement partie intégrante de l'unité de compte du Fonds monétaire international, autrement appelée droits de tirage spéciaux (DTS), où elle a rejoint l'euro et le dollar américain mais également la livre britannique et le yen Cela est à ajouter aux échanges avec les pays producteurs de pétrole, comme l'Iran et le Venezuela, que la Chine effectue dans sa monnaie nationale.

    Alors, vu la tendance actuelle, quel pourrait être l'avenir du dollar en 2018?

    L'année 2018 sera-t-elle une année charnière pour le dollar?

    Selon des analystes américains, l'avenir de la monnaie américaine est inquiétant.

    Commentant la situation instable des bourses américaines, vu la conjoncture actuelle marquée par l'endettement américain, Jeremy Grantham, stratège en chef des investissements pour le Fond GMO à Boston, connu pour avoir prévu la chute des marchés boursiers de 2000 et de 2008, a déclaré que « cela ne pouvait pas durer et qu'on allait finir par se « la prendre » quelque part entre maintenant et plus tard » — le plus tard voulant dire « jusqu'à fin 2019 ».

    James Stack, historien du marché et président du fond InvesTech Research, a averti les marchés financiers, qu'il juge surévalués et déconnectés de la réalité, que vu la situation de l'économie américaine:

    «S'il y a des certitudes, l'une sera que cette partie finira par prendre fin». «Une correction serait saine. Plus on la retarde, plus grand est le risque que cela finisse mal. Beaucoup de gens vont avoir mal. Et quand ça finira, ça finira mal, et avec une grande volatilité» a-t-il ajouté.

    Les avis de ces deux premiers experts sont appuyés par un troisième de poids. L'économiste Jan Hatzius, de la célèbre banque d'investissement Goldman Sachs, qui pense que l'évolution des cours de la devise américaine durant l'année 2018 ne se fera qu'à la baisse.

    «Nous pensons toujours que le dollar sera probablement mou, du moins vis-à-vis des principales devises, probablement aussi face aux économies émergentes», a-t-il déclaré à CBNC.

    En mentionnant les économies émergentes, Jan Hatzius faisait certainement allusion à la Chine, la Russie, le Brésil et l'Inde, tous membres de l'Organisation de Coopération de Shanghaï (OCS), qui promeuvent la mise en place d'un système financier international alternatif, à laquelle l'Iran et le Venezuela adhèrent avec enthousiasme et qui repose sur un ensemble de devises, principalement le yuan chinois. Si cette tendance s'accélérait, 2018 pourrait être l'année du début de la fin du dollar.

    ​Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    risques, chute, dollar US, yuan, China's Dagong Global Credit Rating Co, CNBC, NYT, Jan Hatzius, James Stack, Jeremy Grantham, Donald Trump, Venezuela, Chine, Brésil, Inde, États-Unis, Russie
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