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    Turkish Stream

    Course gazière: la Russie et l’Azerbaïdjan rivaliseraient-ils sur le marché européen?

    © Sputnik . Sergey Guneev
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    Maria Tonkova
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    Deux projets de gazoducs d’envergure sont en train d’être construits dans la région de la mer Noire. Il s’agit du Turkish Stream promu par la Russie et du Corridor gazier sud-européen qui prend sa source en Azerbaïdjan. Ces gazoducs sont-ils susceptibles de devenir rivaux? Cette question a été analysée un spécialiste russe en sécurité énergétique.

    Le gaz azerbaidjanais qui sera acheminé par le gazoduc transanatolien, premier secteur du Corridor gazier sud-européen qui doit relier l'Azerbaïdjan à l'UE, pourrait entrer en concurrence avec le gaz russe en Turquie sans représenter de menaces pour les positions de Gazprom sur le marché européen, indique Igor Youchkov, expert du Fond russe de sécurité énergétique nationale interrogé par Sputnik.

    «La partie européenne vers l'Italie [du gazoduc azerbaïdjanais, ndlr] ne sera pas lancée avant 2020. C'est pourquoi il n'y a pas de concurrence avec l'Azerbaïdjan sur ces marchés», a-t-il précisé.

    De plus, le Corridor gazier sud-européen ne permettra de livrer que 16 milliards de mètres cubes de gaz dont 10 seront destinés aux pays européens, tandis que l'an dernier la Russie a livré à l'UE plus de 190 milliards de mètres cubes de gaz.

    L'Azerbaïdjan, un cordonnier mal chaussé?

    Igor Youchkov estime même que ce volume (16 milliards de mètres cubes) est difficile à atteindre pour l'Azerbaïdjan.

    «Il y a des écueils présentés par le fait que l'Azerbaïdjan fait lui-même face au problème des volumes de sa production […] Les contrats d'exportation sont déjà conclus, mais la production baisse», a-t-il indiqué.

    Depuis fin 2017, l'Azerbaïdjan achète du gaz russe afin de compenser cette baisse. Selon M.Youchkov, environ la moitié des six milliards mètres cubes qui seront acheminés vers la Turquie seront en réalité du gaz russe, ce qui semble entrer en contradiction avec la vocation initiale du Corridor gazier sud-européen.

    En ce qui concerne la possibilité des adhésions du Turkménistan et de l'Iran à ce projet, il estime qu'elles sont peu probables puisque la production de ces deux pays n'est pas assez suffisante.

    «Les Turkmènes ne parlent plus du secteur européen du gazoduc. Ils vendent l'ensemble de leur gaz à la Chine […] Ils n'entendent plus construire le gazoduc Transcaspien […] Le gaz iranien est déjà acheminé vers la Turquie pour les besoins internes. Les Iraniens lui livrent environ 8 mmc par an. Mais il existe des doutes qu'ils puissent soutenir ce volume dans l'avenir, puisque dès que les sanctions seront mis en place, il n'y aura plus d'argent pour développer les gisements», estime M.Youchkov.

    Le transit inestimable

    Le projet du gazoduc russe est également favorisé par le fait que malgré l'intention de l'UE de réduire le taux du gaz russe dans ces importations, plusieurs pays européens, dont la Bulgarie, s'intéressent aux projets qui permettront d'acheminer du gaz russe en contournant l'Ukraine.

    D'après Igor Youshkov, Sofia voulait depuis toujours construire un gazoduc majeur passant par le territoire bulgare. Mais, le projet de South Stream ayant été enterré à cause de la pression de la Commission européenne, la Bulgarie a manqué cette opportunité.

    «Ils [les Bulgares, ndlr] ont perdu une chance historique unique. Ils aurait obtenu un énorme gazoduc de 63 mmc et plusieurs milliards par an pour le transit», déplore l'expert russe.

    Il indique que désormais, en observant que la Russie et les pays européens réalisent d'autres projets semblables, la Bulgarie ne veut pas rester sur le côté.

    «Les Bulgares voient qu'il est probable que Nord Stream 2 soit construit et s'il est construit, cela servira de précédent indiquant qu'il est possible de construire des gazoducs avec la Russie et qu'il s'agit de projets économiques […] Et les Bulgares veulent qu'au moins ce gazoduc [Turkish Stream, ndlr] soit prolongé de la Turquie non pas vers la Grèce mais vers la Bulgarie», a-t-il résumé.

    D'après l'expert russe, la Turquie est un autre pays qui pourrait bénéficier du transit via de nouveaux gazoducs.

    «C'est très important pour eux [les Turcs, ndlr] puisque désormais une grande partie de l'Europe dépendra d'eux. Le gaz sera acheminé par leur territoire, ils ne pourront pas être négligés et ils tireront un grand profit du transit», a expliqué l'expert russe.

    Le 29 mai le premier secteur du Corridor gazier sud-européen a été inauguré en Azerbaïdjan. Ce gazoduc qui doit relier d'ici 2020 l'Azerbaïdjan à l'Italie en passant par la Géorgie, la Turquie, la Grèce et l'Albanie est censé diminuer la dépendance de l'UE envers le gaz russe.

    Dans le même temps, un autre gazoduc vers la Turquie qui sera prolongé jusqu'au marché européen est en train d'être construit. Il s'agit du Turkish Stream qui relie la Russie à la Turquie par la mer Noire et dont le premier tronçon a débouché fin avril sur le littoral turc. Le 26 mai, Gazprom a signé un contrat avec Ankara pour la construction de la partie terrestre du gazoduc de transit vers l'Europe.

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    Tags:
    transit, gazoduc, gaz, Southern Gas Corridor (SGC), Turkish Stream, Gazprom, Union européenne (UE), Azerbaïdjan, Italie, Turquie, Bulgarie, Grèce, Iran, Russie
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