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    Algérie: que se cacherait-il derrière les attaques contre le PDG de la Sonatrach?

    © AFP 2018 ERIC PIERMONT
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    Kamal Louadj
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    Depuis plus d’une semaine, le PDG de la société pétrolière algérienne est à nouveau attaqué suite à la divulgation d’une affaire de transfert illicite présumée de capitaux impliquant son fils. Cette attaque a fait réagir les autorités algériennes d’une façon ferme affirmant que la Sonatrach était «une ligne rouge». Analyse.

    L'exportation du pétrole est pratiquement la seule source de revenus de l'Algérie. Ces rentrées en devises ont considérablement baissées depuis la chute des prix de l'or noir en 2014 provoquant une crise financière aiguë dans le pays. Mais pas uniquement. En effet, depuis 2006, les exportations en volume de l'Algérie se sont mises à baisser d'une manière considérable, comme l'a affirmé à plusieurs reprises l'ancien Premier ministre du pays Ahmed Benbitour.

    Depuis son arrivée, le 20 mars 2017, à la tête de la société nationale algérienne des hydrocarbures Sonatrach, Abdelmoumène Ould Kaddour, s'est attelé à la restructuration de la gestion de la compagnie, et à lui insuffler une nouvelle stratégie et dynamique de développement à l'échelle nationale et internationale.

    S'exprimant lors de la présentation de la stratégie de l'entreprise pétrolière algérienne à l'horizon 2030 (SH 2030), le 13 juin, à Oran, M.Ould Kaddour a affirmé que «Sonatrach s'est fixée l'objectif de figurer à l'avenir et à travers sa stratégie, parmi les cinq meilleures entreprises pétrolières au monde», soulignant que cela «n'est pas une chose impossible et est certainement réalisable», selon l'Algérie Presse Service (APS).

    «Nous tablons sur l'excellence. Nous estimons que cette perspective est faisable et jouable, car nous avons bien étudié tous les critères qu'il faut et quels sont les points à développer», a-t-il ajouté, indiquant «que la stratégie est nationale et internationale à la fois».

    Le 30 juin, environ deux semaines après ces déclarations, le site d'information algérien Tout Sur l'Algérie (TSA) rapportait que «le fils de l'actuel PDG de Sonatrach, Abdelmoumen Ould Kaddour, aurait essayé de transférer des fonds depuis le Liban vers Hong Kong par le biais notamment du cabinet Mossack Fonseca, impliqué dans le scandale financier des Panama Papers», citant une enquête du journal arabophone libanais Daraj.

    Cette attaque par ricochet contre M.Ould Kaddour, à ce moment précis, a soulevé beaucoup d'interrogations et fait réagir les autorités algériennes qui ont affirmé que la Sonatrach était «une ligne rouge» à ne pas franchir.

    À quoi ambitionne la Sonatrach?

    Le 24 février 2013, Abdelhamid Zerguine, alors PDG de la Sonatrach, avait affirmé devant la presse que l'Algérie aura épuisé ses réserves de pétrole et de gaz conventionnel entre 2020 et 2025, en raison d'un double phénomène de baisse de production ajoutée à l'augmentation de la consommation intérieure.

    Quant à Abdelmoumen Ould Kaddour, il a démenti cette hypothèse et mise énormément sur les capacités des gisements récemment découverts. Et pour cause, selon Algérie Part dans son édition du 30 avril 2018, Sonatrach a effectué 33 nouvelles découvertes de gisements pétroliers et gaziers en 2017. Et grâce à son plan d'investissement de 50 milliards de dollars sur une période de 10 ans dans le cadre de nouveaux partenariats, la société algérienne veut se donner tous les moyens nécessaires pour rehausser la production pétrolière nationale, selon la même source.

    S'ajoute à cela la nouvelle loi sur les hydrocarbures qui sera prête au début de l'année 2019, élaborée par des bureaux d'études américains, et qui a pour but d'encourager et de faciliter les investissements étrangers afin de conquérir des parts de marché plus importantes à l'international, où la concurrence est rude.

    Ahmed Mezighi, conseiller à la direction générale de Sonatrach a indiqué, le 7 juin, à Skikda, dans le cadre de la stratégie SH 2030 «que 63% des commandes de gaz durant les 12 prochaines années viendront de l'Asie, et 50% de la Chine à elle seule, tandis que la demande du marché européen baissera, à partir de l'année 2025», selon l'APS. Il a affirmé que «la majorité des contrats signés avec des sociétés internationales par le groupe Sonatrach prennent fin à compter de 2019», en précisant que «le renouvellement de ces contrats ne sera pas effectué dans les termes des précédents et le plus long contrat sera au maximum de cinq ans [période qui arrange les intérêts algériens, ndlr]».

    Dans le cadre des investissements à l'international, Sonatrach a déjà un exploit à son actif. À ce titre, M.Ould Kaddour a annoncé, le 24 avril, que l'entreprise algérienne avait découvert un puit de pétrole dans le nord du Niger, foré par le groupe chinois GWDC pour le compte de Sonatrach, selon l'APS. Selon la même agence, le groupe algérien détient un permis de recherche à 100% au niveau de la zone «Karfa-1», située à 100 km de la frontière algéro-nigérienne.

    La fermeté des autorités algérienne face aux tentatives de déstabilisation de la Sonatrach

    Pour répondre aux attaques qui ont été portées à l'adresse du PDG de la société pétrolière algérienne, le ministre de l'Intérieur, des Collectivités locales et de l'Aménagement du territoire, Noureddine Bedoui, a choisi la commune d'In-Amenas, un lieu hautement symbolique, où s'est déroulé la prise d'otages du plus important complexe gazier du pays, le 16 janvier 2013.

    S'exprimant lors d'une rencontre, le 2 juillet, avec les cadres de la direction régionale de Sonatrach, le ministre a affirmé que «ceux qui tentent de semer la zizanie sachent que le groupe Sonatrach est le cœur battant, actuel et futur, de l'économie nationale, et une ligne rouge», selon l'APS. «Il appartient à l'ensemble d'accompagner cette nouvelle dynamique économique, avec clairvoyance et responsabilité afin de relever les challenges futurs», a-t-il ajouté.

    Dans le même sens, M.Bedoui a affirmé que «les efforts de l'État se poursuivront dans la recherche concernant les ressources souterraines pour en faire un levier de développement, jusqu'à atteindre la transition énergétique escomptée à travers la quête d'autres sources d'énergie».

    Par la même occasion, le responsable algérien a salué l'Armée nationale populaire (ANP) pour avoir fait face à l'agression terroriste ayant ciblé le groupe gazier de Tiguentourine et de se dresser contre «toutes les tentatives de déstabilisation de l'économie nationale». Ce qui constitue «la preuve de la prédisposition de l'ANP pour la protection de la sécurité et la stabilité et l'économie nationale», a-t-il souligné.

    Pour la petite histoire, rappelons qu'Abdelmoumen Ould Kaddour a été condamné, le 26 novembre 2007, à 30 mois de prison ferme par le tribunal militaire de Blida dans l'affaire de la dissolution de la filiale de Sonatrach BRC dont il était le PDG. Et ce suite à une enquête de l'ancien service de renseignement, le DRS, dissous par le président Abdelaziz Bouteflika en janvier 2016 et remplacé par la DSS, qui l'accusait de divulgation de secrets défense. «Un petit bout de papier trouvé chez moi. Évidemment, une grosse cabale montée par des officines pour me liquider», a déclaré M.Ould Kaddour devant des amis, selon Jeune Afrique dans son édition du 15 janvier 2018. «Des personnalités influentes auraient jugé ma gouvernance trop rigide», a-t-il ajouté.

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    Tags:
    attaque, gaz, pétrole, Sonatrach, Algérie
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