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Perpendiculaire à la frontière canado-américaine, une petite route est devenue l’emblème de l’immigration illégale au pays de l’érable. Depuis 2017, plusieurs dizaines de milliers de migrants ont traversé le désormais célèbre chemin Roxham. Une situation tolérée par les autorités? Compte rendu.

Les petits ruisseaux font les grandes rivières. Un adage qui semble s’appliquer à l’immigration illégale au Canada.

En juillet 2017, le pays traversait l’une des premières crises migratoires de son histoire. Entre juillet et septembre de cette année, 7.000 ressortissants haïtiens en provenance des États-Unis traversaient illégalement la frontière en espérant obtenir le droit d’asile. Les autorités canadiennes n’étant pas préparées à cette vague migratoire, l’armée avait même dû être appelée en renfort.

Les migrants haïtiens s’étaient réfugiés aux États-Unis après le séisme de 2010 qui a ravagé leur pays. Forcés de retourner en Haïti après la révocation par Trump de leur statut de protection temporaire, ils se sont rués vers le Canada, mais seule une petite minorité d’entre eux ont été autorisés à rester.

Le début d’une nouvelle ère migratoire au Canada

Juillet 2017, c’était la première fois que le chemin Roxham faisait les manchettes au Canada et plus particulièrement au Québec, province où il est situé, tout au Sud, dans la région de la Montérégie. Depuis, cette route est devenue un véritable emblème de l’immigration illégale. En 2017, au moins 18.000 passages interdits sur cette route ont été comptabilisés par les autorités. Précisons que s’ils traversent illégalement la frontière, les migrants demandant l’asile se retrouvent ensuite en situation irrégulière et non illégale, conformément à la loi canadienne.

Durant les six premiers mois de 2018, plus de 10.000 demandeurs d’asile y ont été appréhendés par la Gendarmerie royale du Canada. En 2019, presque 50 passages illégaux par jour y ont été enregistrés. D’après les chiffres les plus prudents, en 2017 et 2018, 40.000 migrants ont traversé illégalement la frontière, dont 37.300 par le chemin Roxham. 97% des entrées illégales à la frontière se produisent sur ce tronçon autrefois sans importance de la petite municipalité de Saint-Bernard-de-Lacolle.

​Tout récemment, les autorités concernées déploraient à nouveau le manque de ressources à leur disposition pour gérer l’afflux de migrants. À plusieurs reprises depuis juillet 2017, les autorités ont tenté d’alerter la classe politique sur les conséquences de cette brèche. Pendant la dernière période des fêtes, de nombreux migrants ont dû être installés dans des roulottes avant d’être reçus en entrevue plusieurs jours plus tard. Auparavant, des abris de fortune avaient déjà été installés pour héberger temporairement les migrants.

«Ça a été un temps des Fêtes excessivement occupé. Est-ce que ce phénomène-là est là pour rester? La réponse est oui. Est-ce qu’on est prêts si l’affluence se met à doubler, à tripler? La réponse est non», a déclaré à TVA Nouvelles Jean-Pierre Fortin, président du Syndicat des douanes et de l’immigration.

Au fil du temps, le chemin Roxham s’est fait connaître parmi les groupes de migrants aux États-Unis. En mai 2018, les Canadiens apprenaient qu’une brochure distribuée dans la ville américaine de Plattsburgh encourageait les demandeurs d’asile à traverser la frontière par le chemin Roxham. La nouvelle avait fait couler beaucoup d’encre.

​La brochure détaillait la marche à suivre pour faire une demande d’asile, allant jusqu’à expliquer aux migrants qu’ils devraient utiliser les services d’un taxi pour se rendre jusqu’au fameux passage. La ville de Plattsburgh est située à 50 km de la frontière québécoise, dans l’État de New York.

Une voie d’accès de plus en plus populaire

Sans grande surprise, le chemin Roxham est devenu un enjeu majeur au pays de l’érable. Le 9 août 2017, François Legault, avant de devenir Premier ministre québécois, affirmait que «la frontière du Québec était devenue une véritable passoire» et que «l’afflux hors contrôle de centaines de migrants illégaux» nuisait à «l’attitude de générosité et de solidarité des Québécois envers les réfugiés».

Durant la dernière campagne électorale qui a vu la réélection de Justin Trudeau, plusieurs chefs de partis fédéraux ont condamné le laisser-faire d’Ottawa dans ce dossier. Ce fut notamment le cas du chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, qui dispose maintenant de 32 députés souverainistes à la Chambre des communes.

«Ottawa doit immédiatement suspendre l’entente des tiers pays sûrs avec les États-Unis pour restaurer l’ordre en retirant tout avantage au passage illégal des frontières. Il faut également que le fédéral mette du personnel en place pour traiter les dossiers dans des délais humainement acceptables. Finalement, ce n’est pas aux Québécoises et aux Québécois d’assumer la facture», a déclaré M. Blanchet à Saint-Bernard-de-Lacolle, le 23 septembre 2019.

De fait, certains politiciens et observateurs estiment que l’entente sur les tiers pays sûrs (l’ETPS est un accord conclu entre le Canada et les États-Unis qui définit les règles des demandes d’asile et le statut de réfugié dans ces deux pays) doit être suspendue ou modifiée pour mettre fin à la situation.

En vigueur depuis 2004, cette entente stipule que le Canada et les États-Unis sont des «pays sûrs» respectant les principes internationaux de protection des réfugiés. En vertu du document, les demandeurs d’asile doivent présenter leur requête dans le premier pays sûr où ils arrivent, ce qui les empêche de présenter une demande dans l’autre pays signataire.

Ainsi, l’entente devrait empêcher les migrants de demander l’asile au Canada, mais les États-Unis ne sont plus unanimement considérés comme «sûrs» depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche. En passant clandestinement par le chemin Roxham, les migrants peuvent contourner cet accord dont la validité est de toute façon remise en question.

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