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Au Canada aussi, la chute du prix du pétrole a d’énormes répercussions. L’industrie des sables bitumineux de l’Alberta a dû cesser la majeure partie de ses activités. Pour Jonathan Hamel, chercheur associé à l’Institut économique de Montréal, combiné aux politiques environnementales du fédéral, le crash aura un «impact incalculable». Entrevue.

La chute du prix du pétrole pourrait s’avérer catastrophique au pays de l’érable et en particulier en Alberta, province qui engendre à elle seule 80% de la production canadienne d’hydrocarbures. Dès la mise en place des mesures de confinement, le Premier ministre albertain, Jason Kenney, a craint que la baisse de la demande n’ait des effets dramatiques sur l’économie de sa province. C’est maintenant le cas, estiment de nombreux experts.

Plan d’urgence pour aider l’industrie pétrolière

Le 17 avril, le Premier ministre fédéral, Justin Trudeau, a annoncé des mesures inédites pour soutenir le secteur énergétique: une aide de deux milliards de dollars canadiens (1,3 milliard d’euros) destinée à préserver 5.200 emplois en Alberta, selon Ottawa. Deux jours après, le plan de sauvegarde était considéré comme très insuffisant par le Premier ministre Kenney:

«Il est urgent de prendre beaucoup plus de mesures pour assurer l’avenir d’une énorme partie de l’économie canadienne. [...] Un effondrement du secteur canadien de l’énergie serait économiquement dévastateur pour l’ensemble du pays, des banques aux fonds de pension, en passant par les fabricants et les revenus du gouvernement», écrit Jason Kenney le 19 avril sur Twitter.

Pour Jonathan Hamel, chercheur associé à l’Institut économique de Montréal, le Canada paiera durement le prix de l’effondrement des cours du pétrole.

​Si l’Alberta est la province la plus touchée, son économie rejaillit positivement sur l’ensemble de l’économie de la fédération, explique-t-il. Investisseur et fin observateur du marché de l’énergie, M. Hamel intervient régulièrement dans les médias canadiens.

«Toute l’industrie du pétrole en Amérique du Nord est frappée de plein fouet par cette chute drastique. L’Alberta était déjà dans une crise liée aux prix du pétrole, parce qu’elle n’a jamais eu un accès direct aux marchés internationaux: c’est un producteur enclavé sans accès aux océans. Avant que le prix ne s’effondre, l’Alberta était confrontée à ça, alors sa situation ne risque pas de s’améliorer», souligne d’entrée de jeu le chercheur au micro de Sputnik.

Répartie en 362 sociétés, l’industrie pétrolière albertaine avait déjà commencé à la fin du mois de mars à licencier temporairement des travailleurs et à réduire de manière importante sa production. «Je m’attends à ce que le taux de chômage en Alberta soit d’au moins 25%, un demi-million d’Albertains sans emploi», prédisait déjà Jason Kenney le 7 avril. Des entreprises cotées en bourse –comme Bonterra Energy– ont aussi suspendu le versement de leurs dividendes à leurs actionnaires.

Réduction draconienne de la production

L’arrêt presque total de la production fera d’importants dommages collatéraux, estime Jonathan Hamel, qui évoque en entrevue «une véritable catastrophe».

«Actuellement, pour les producteurs nord-américains, le pétrole vaut plus cher dans la terre qu’à l’extérieur. Le coût de production ne vaut absolument plus le coup. La plupart des opérations vont cesser en Amérique du Nord, en atteignant presque le point zéro. [...] L’impact sur l’économie canadienne sera incalculable et il sera plus marqué au Canada qu’aux États-Unis. Le fort endettement des ménages canadiens pourrait aussi aggraver le ralentissement. Le portrait est assez sombre», constate-t-il.

Cette chute des cours du pétrole survient dans un contexte où les relations n’avaient jamais été aussi tendues entre l’Alberta et le gouvernement fédéral. À tel point qu’un fort mouvement sécessionniste a pris racine dans cette province de l’Ouest ces derniers mois. Le 25 février 2020, Jason Kenney a même promis qu’il ferait adopter un nouvel outil référendaire pouvant permettre à sa province de se séparer du Canada. Un projet qui ne s’est pas encore concrétisé.

​Justin Trudeau est accusé d’avoir mis en œuvre de nouvelles lois et réglementations environnementales défavorables au pétrole albertain. Pour Jonathan Hamel, la «guerre idéologique» qu’a livrée Trudeau à l’industrie pétrolière aggravera la récession:

«C’est littéralement un suicide économique que le Canada s’est imposé en ne favorisant pas l’accès de l’Alberta aux marchés internationaux. [...] L’hostilité du fédéral à l’endroit du pétrole albertain va nuire à l’économie canadienne pour les 15 prochaines années. On sait d’ailleurs que des groupes de pression liés à des puissances étrangères ont poussé dans ce sens-là [...]. Il y a une crise des finances publiques qui se dessine», avertit l’interlocuteur de Sputnik.

Cependant, tout n’est pas noir, selon le chercheur associé à l’Institut économique de Montréal. Jonathan Hamel prévoit notamment une plus grande acceptation des projets énergétiques dans un contexte de la récession, ce qui pourrait peut-être relancer plus facilement l’économie.

«La baisse du prix du pétrole aura quand même un effet positif sur plusieurs industries, surtout sur les industries forestière et minière. Dans le cas du secteur minier, ce sera surtout l’industrie de l’or qui sera avantagée, même si ses activités ont été interrompues durant la pandémie. La baisse du cours du dollar canadien par rapport au dollar américain profitera aussi à ces deux industries», conclut-il.

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Alberta, prix du pétrole, Canada
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