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Visé par une nouvelle enquête du Commissaire à l’éthique, l’étau se resserre autour de Justin Trudeau. Le Premier ministre a finalement admis avoir confié un programme de près d’un milliard de dollars canadiens à une ONG proche de sa femme. Selon Guillaume Rousseau, analyste politique, Trudeau sera peut-être contraint de se retirer temporairement.

Le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, se retrouve à nouveau dans la tourmente alors qu’il était parvenu à améliorer sa cote de popularité durant la crise du Covid-19. Le 3 juillet dernier, le Commissariat aux conflits d’intérêts et à l’éthique a annoncé qu’il allait enquêter sur une possible infraction à la loi commise par Justin Trudeau.

Cette fois, on reproche au Premier ministre fédéral d’avoir chargé –via son gouvernement– l’organisme UNIS (WE en anglais) de gérer un programme de rémunération d’étudiants dits bénévoles pour l’été. Le Premier ministre et sa femme, Sophie Grégoire Trudeau, sont connus pour apporter un appui symbolique à l’UNIS, auquel le gouvernement a demandé de gérer ce programme de 900 millions de dollars canadiens (579 millions d’euros). Le contrat a été octroyé directement sans appel d’offres.

Une troisième enquête en éthique pour Justin Trudeau

Après avoir voulu minimiser son geste en insistant sur le profond désir de son gouvernement «d’aider les jeunes», Trudeau s’est finalement excusé le 13 juillet dernier.

«À cause des connexions que j’avais avec cet organisme, j’aurais dû me retirer des discussions et je ne l’ai pas fait. C’était mon erreur, je m’en excuse profondément», a-t-il déclaré.

Avant que le Premier ministre fédéral ne fasse acte de contrition, la presse a révélé que sa mère et son frère avaient été généreusement rémunérés pour des conférences qu’ils ont données pour le compte de l’UNIS. Margaret Trudeau a reçu environ 250.000 dollars canadiens (161.000 euros) et Alexandre Trudeau 32.000 dollars (20.000 euros) de la part de l’organisation.

«Je savais qu’ils avaient travaillé avec divers organismes, y compris l’organisme UNIS, mais je ne savais pas à quel point ils avaient été rémunérés par ces organismes. J’aurais dû avoir ces détails et je le regrette», a plaidé le Premier ministre libéral.

Des explications qui sont loin de satisfaire Guillaume Rousseau, professeur de droit et analyste politique, pour qui la gestion de cette crise par Trudeau et son équipe a été «catastrophique». M. Rousseau est également professeur et vice-doyen aux études à la faculté de droit de l’Université de Sherbrooke, au Québec.

«On parle d’une gestion de crise horriblement amateur. Justin Trudeau a commencé par nier. Quand c’est devenu évident, il a avoué et banalisé. Enfin, il s’est excusé. Ce sont les trois phases de la mauvaise gestion d’une crise politique. C’est une catastrophe de A à Z en matière de relations publiques», tranche le professeur au micro de Sputnik.

Selon Guillaume Rousseau, la «manœuvre» du gouvernement Trudeau consiste aussi à «payer des gens en dessous du salaire minimum et éviter qu’ils soient syndiqués», ce qui ajoute gravement aux accusations d’ingérence et de favoritisme.

«Il faut souligner qu’on parle d’un contrat d’un milliard de dollars [644 millions d’euros, ndlr]. C’est énorme. […] Ensuite, il y a le fait de payer des bénévoles. C’est un drôle de concept, non? Il s’agirait donc de payer des gens sous la barre du salaire minimum établi par la loi. Les syndicats commencent à sortir pour dénoncer», précise l’avocat.

Dans la foulée de l’annonce de l’enquête, la presse a aussi révélé que deux filles de Bill Morneau, le ministre des Finances, avaient des liens professionnels avec l’ONG devenue controversée (l’une est salariée et l’autre contractuelle). Un lien que ce ministre important du gouvernement Trudeau ne pouvait pas ignorer, rappelle notre interlocuteur. Rappelons que l’organisme UNIS est en outre accusé de racisme de la part d’ex-employés.

Le ministre des Finances, Bill Morneau, aussi impliqué

Guillaume Rousseau estime que Trudeau et son équipe ont abusé des «explications invraisemblables et mensongères». Il était impossible d’imputer l’octroi du contrat à la fonction publique en raison du principe de responsabilité propre au régime politique canadien, selon lui:

«Jamais la fonction publique n’aurait eu l’idée de déléguer le programme à un organisme privé. […] Et même si la fonction publique en avait eu l’idée, jamais elle n’aurait octroyé le contrat sans appel d’offres. Absolument jamais la fonction publique n’aurait fait ça», insiste le professeur.

Formant l’opposition officielle à Ottawa, le Parti conservateur réclame une enquête policière pour déterminer si Justin Trudeau a enfreint le Code criminel. Le commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique, Mario Dion, doit déjà déterminer si le Premier ministre a contrevenu à la Loi sur les conflits d’intérêts. Les Conservateurs demandent aussi à ce que le Commissaire se penche en plus sur le cas du ministre des Finances.

Pour sa part, Yves-François Blanchet, le chef du Bloc québécois, estime que Justin Trudeau devrait laisser sa place à Chrystia Freeland, vice-Premiere ministre, le temps que toute la lumière soit faite sur l’histoire.

«Les partis d’opposition ont tous bien fait leur travail. Au départ, je trouvais la proposition du Bloc un peu trop forte, mais depuis ce temps-là, d’autres faits ont été révélés et les preuves s’accumulent. S’il y a une enquête criminelle, l’hypothèse d’Yves-François Blanchet devient crédible», conclut Guillaume Rousseau.

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Tags:
Sophie Grégoire, ingérence, Justin Trudeau, Canada
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