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Au Canada, le Gouverneur général Julie Payette, qui représente la Reine d’Angleterre, est accusée d’avoir créé un climat «toxique» par des employés et ex-employés. Selon Frédéric de Natal, journaliste et spécialiste des monarchies, l’affaire pourrait finir par avoir raison de la présence de la couronne britannique au pays de l’érable. Entrevue.

Est-ce le début de la fin pour la monarchie constitutionnelle canadienne? Par son histoire, le Canada n’a jamais complètement rompu les liens avec la monarchie britannique. Après la Révolution d’indépendance américaine, ils seront des milliers de royalistes à immigrer au Canada pour rester fidèles à la Couronne. Une fidélité qui passe de plus en plus mal au vu des derniers événements.

Le 2 octobre 2017, l’ancienne astronaute Julie Payette a été nommée au poste de Gouverneur général du Canada par Justin Trudeau, le Premier ministre fédéral. Occupant la fonction symbolique de commandant en chef des armées, le Gouverneur général est surtout chargé de représenter la Reine du Canada, Sa Majesté Élisabeth II.

Presque deux ans plus tard, Mme Payette est accusée par des employés et ex-employés de Rideau Hall –la résidence officielle et bureau du Gouverneur général– d’avoir créé un climat de «toxique» et d’avoir engendré «une culture de la peur».

Climat de travail «toxique» et «culture de la peur»

Le 21 juillet dernier, la branche anglophone de Radio-Canada a mentionné que Mme Payette avait fait preuve de harcèlement psychologique dans ses fonctions, ce qui aurait causé la démission d’au moins quatre employés depuis le début de la crise du Covid-19.

«Elle crie et humilie le personnel devant les autres. C’est de la violence verbale. Dans aucun endroit, il n’est acceptable de traiter les gens de cette façon», a confié à Radio-Canada une ex-employée de Rideau Hall.

Selon Frédéric de Natal, journaliste et spécialiste des monarchies, cette nouvelle affaire entache gravement la réputation et l’image des institutions monarchiques au Canada. M. Natal collabore à divers magazines et journaux parmi lesquels Point de vue-Histoire et L’Incorrect.

«Par défaut, Julie Payette représente la Reine, ce qui met à mal l’image de la monarchie dans son ensemble, qui est déjà malmenée au Canada pour diverses raisons. On sait évidemment que les francophones canadiens sont largement défavorables au maintien de la monarchie. […]. Au Canada, le mouvement anti-monarchie n’est pas aussi fort qu’en Australie, mais il semble quand même progresser», observe le journaliste à notre micro.

Quelques jours après les révélations sur les comportements de Mme Payette à Rideau Hall, la presse a appris que l’ex-astronaute avait imposé le même genre de climat de travail alors qu’elle dirigeait le Centre des sciences de Montréal entre mai 2013 et octobre 2016. Des allégations que nie complètement l’actuel Gouverneur général, de même que celles faisant état de cette situation à Rideau Hall.

Le Gouverneur général nie en bloc

Frédéric de Natal s’étonne que Justin Trudeau ait procédé à la nomination d’une candidate dont le style de gestion avait été aussi peu apprécié par le passé.

«C’est très étonnant que le bureau du Premier ministre n’ait pas eu vent des problématiques rencontrées auparavant par l’ex-astronaute. Normalement, ce bureau est extrêmement consciencieux quand il s’agit de nommer un Gouverneur général. On se rappelle que Justin Trudeau n’avait eu que des éloges monumentaux à adresser à Julie Payette», rappelle l’expert.

Dans la foulée de ces révélations, de nombreux éditorialistes ont remis en question l’utilité des institutions monarchiques dans un pays dont la Constitution a dû être rapatriée de Londres en 1982 pour être modifiée.

Les critiques de la monarchie estiment pour la plupart qu’il s’agit d’une institution désuète, antidémocratique et très coûteuse pour les contribuables. Les partis d’opposition demandent maintenant à Justin Trudeau qu’une enquête soit ouverte pour faire la lumière sur cette affaire impliquant la représentante de la Reine Élisabeth II.

«Est-ce que les Canadiens vont finir par vouloir rompre leurs liens avec le Royaume-Uni? C’est la question qu’on peut poser. […] Comme d’autres peuples, les Canadiens rejettent leur monarchie, mais tout en restant fascinés par elle. C’est une sorte de “Je t’aime, moi non plus”. […] D’ailleurs, la succession d’Élisabeth II ne sera pas facile au Canada, car le Prince Charles y est très mal perçu», précise Frédéric de Natal.

Depuis 1952, le Gouverneur général est un Canadien nommé par le Premier ministre fédéral. Auparavant, il s’agissait d’un membre de l’aristocratie britannique envoyé par Buckingham. Selon Frédéric de Natal, la monarchie britannique aurait intérêt à renouer avec cette vieille tradition si elle ne veut pas voir s’étioler de plus en plus son lien avec le Canada. Un pari risqué?

«Les membres de la famille royale qui n’ont pas besoin d’être au Royaume-Uni sur une base permanente devraient assurer des fonctions étatiques qui permettraient de renforcer les liens entre la maison-mère et les pays du Commonwealth. […] Sans ce genre d’initiative, le sentiment républicain est appelé à se renforcer davantage», conclut-il.

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Tags:
harcèlement, Angleterre, Royaume-Uni, Canada
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