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Au Québec, le gouvernement a prolongé les mesures de confinement qui étaient censées prendre fin. Mais, signe d’une grogne croissante, des propriétaires de salles de sport ont annoncé qu’ils rouvriraient leurs portes malgré l’interdiction. Selon Jonathan Poirier, copropriétaire d’un gymnase, le jeu n’en vaut toutefois pas la chandelle. Entrevue.

C’est un uppercut pour tous ceux qui espéraient une reprise complète de l’activité économique au Québec.

Le gouvernement provincial vient en effet de prolonger jusqu’au 23 novembre les mesures de confinement qui étaient censées prendre fin le 28 octobre dans toutes les zones rouges de la province, c’est-à-dire celles jugées les plus touchées. Le Premier ministre québécois, François Legault, en a fait l’annonce à l’occasion d’une conférence de presse spéciale:

«C’est le temps pour le peuple québécois de se serrer les coudes plus que jamais. Notre destin est lié, on est lié les un aux autres plus que jamais dans l’histoire du Québec», a-t-il solennellement déclaré.

Les bars, restaurants, théâtres, cinémas et salles de spectacle resteront donc fermés dans ces régions jusqu’à nouvel ordre. Les villes de Montréal et Québec étaient déjà identifiées comme à haut risque depuis plusieurs semaines.

Peu importe les règles, des salles de sport veulent rouvrir

Pourtant, certains acteurs économiques ont décidé de muscler leur réponse face aux mesures sanitaires: le matin même de cette conférence de presse très attendue, les directions de 200 salles de sport ont annoncé que leurs établissements rouvriraient leurs portes même si le gouvernement décidait de reconduire son dispositif anti-Covid-19.

«Le 29 octobre prochain, nous ouvrirons nos salles de sport dans toutes les régions du Québec afin de redevenir le partenaire de la santé des Québécois et des Québécoises. Toutes les mesures sanitaires en vigueur seront respectées. Si le gouvernement d’ici là est en mesure de nous prouver, à l’aide d’études, que nous sommes une source d’éclosion, nous ferons marche arrière», est-il écrit dans le communiqué.

Du côté des propriétaires de salles de sport, c’est le dilemme. Selon Jonathan Poirier, copropriétaire du gymnase CrossFit Chateauguay situé dans la grande région de Montréal, tous les propriétaires de salles de sport ne sont pas favorables à cette initiative, bien qu’une grande majorité d’entre eux jugent exagérées les mesures du gouvernement Legault.

«Personnellement, je me vois mal ouvrir mon gym [salle de sport, ndlr], surtout compte tenu qu’une grande partie de ma clientèle est composée de policiers. Ce serait assez paradoxal de demander à des policiers de ne pas respecter la loi […] En revanche, aucune étude ne prouve que les salles de sport sont à l’origine de la contamination. Dès le départ, nous avons pris des mesures très solides pour nous assurer de la sécurité de nos membres», affirme Jonathan Poirier en entrevue avec Sputnik.

Même si 50% des Québécois voteraient actuellement pour la Coalition Avenir Québec –le parti du Premier ministre Legault–, la satisfaction à l’égard du gouvernement en ce qui concerne la gestion du Covid-19 a beaucoup diminué depuis le début de la pandémie, selon un sondage de la firme CROP. 39% des répondants se déclarent maintenant «peu ou pas satisfaits» de la réponse de Québec alors qu’ils étaient seulement 10% à déclarer la même chose en avril. À la mi-juillet, 30% des Québécois se disaient «peu ou pas satisfaits» de la gestion de la crise.

Gestion de la pandémie: le soutien au gouvernement Legault en chute libre?

Comme la plupart des entreprises affectées financièrement par les mesures sanitaires, les gymnases peuvent réclamer une aide financière d’urgence aux niveaux fédéral et/ou provincial, mais certaines d’entre elles ne répondent pas aux critères établis, explique Jonathan Poirier. Les aides financières accordées varient également en fonction des revenus enregistrés précédemment et du nombre d’employés.

«La grande majorité des petits gyms comme le mien ont des revenus annuels inférieurs à ceux établis par le fédéral à l’occasion du premier confinement. Il y a des restrictions […] Je ne parlerais pas toujours de faillite directe, puisque plusieurs propriétaires de gyms ont d’autres occupations, mais dans plusieurs cas, c’est certain que les pertes financières sont considérables», déplore-t-il.

Dans tous les cas, selon le copropriétaire du gymnase CrossFit Chateauguay, la population commence à ressentir les impacts psychologiques des mesures de confinement:

«Quand on a annoncé la deuxième fermeture, j’ai souvent vu des gens qui entraient au gym et qui se mettaient à pleurer. Les gens étaient bien conscients que le confinement allait durer plus de temps qu’annoncé et qu’ils allaient perdre en quelque sorte leur deuxième foyer, leur deuxième famille. La seconde fermeture des gyms n’aurait jamais dû arriver», tranche l’entrepreneur à notre micro.

Le Premier ministre Legault a confirmé en conférence de presse «qu’il y aura des amendes» distribuées aux propriétaires de salles de sport refusant de se plier aux mesures sanitaires. Selon Jonathan Poirier, si le fait d’enfreindre la loi devrait dissuader des propriétaires de rouvrir leurs établissements, c’est surtout la perspective de «voir leurs gyms être stigmatisés» qui devrait les inquiéter:

«Le regroupement de gyms dont mon établissement fait partie, CrossFit Affiliés, est contre la désobéissance civile, ce qui ne nous empêche pas d’être favorables à la réouverture des gyms. […] Recevoir une amende c’est une chose, mais le pire est peut-être de voir son gym être pointé du doigt dans les journaux et sur les réseaux sociaux. On a vu le traitement que certains avaient réservé à des gens accusés de ne pas avoir respecté les mesures. Ce n’est pas quelque chose de souhaitable pour notre image», observe le copropriétaire.

En date du 26 octobre, 6.153 personnes sont décédées au Québec de complications attribuées au Covid-19.

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