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La France et l'Égypte ont discrètement conclu un contrat de près de 4 milliards d'euros, portant sur trente Rafale et leur armement. Au-delà du succès industriel de Dassault, ce contrat valide la normalisation des relations entre Paris et Le Caire après un long froid. Une réconciliation apparemment motivée par les menées turques en Méditerranée.

Nouveau succès pour le Rafale! Selon le site Disclose, Paris et Le Caire auraient signé un contrat de 3,95 milliards d’euros le 26 avril dernier. L’accord porterait sur trente Rafale nantis de leur armement. Une délégation égyptienne doit signer ce mardi 4 mai à Bercy l’accord financier lié à ce «méga-contrat» négocié dans la plus grande discrétion.

Bien que l’article ait été publié lundi en fin d’après-midi par le média d’investigation, il aura fallu attendre un communiqué officiel du Caire, mardi matin, pour que les langues se délient en France. «Ce succès à l’export est crucial pour notre souveraineté», s’est félicitée Florence Parly, saluant l’«excellence technologique et opérationnelle» de l’avion de combat multirôle.

​Le fleuron de Dassault avait décollé à l’export après une première vente de vingt-quatre unités à l’Égypte en 2015. Prédisant une année 2021 exceptionnelle pour l’appareil, plusieurs grands médias soulignent que la nouvelle commande du Caire survient dans la foulée de celle de six Rafale neufs par la Grèce et de douze autres appareils par la France. Rappelons que la commande du ministère des Armées vise à remplacer les avions prélevés auprès de l’Armée de l’air et de la Marine nationale afin de compléter la commande d’Athènes.

Un succès industriel et diplomatique cautionné par les Français

Le tableau n’est pourtant pas aussi idyllique que la presse mainstream le claironne. En effet, les détails concernant les conditions de financement de ce «méga-contrat» ont de quoi tiédir l’enthousiasme ambiant. Selon Disclose, le deal aurait été garanti par l’État, auprès des banques, à hauteur de 80%, contre 60% lors de la vente de 2015. Rappelons que l’Égypte a connu deux révolutions en moins d’une décennie!

«Si l’Égypte n’arrive pas à rembourser, c’est donc le contribuable français qui devra effacer l’ardoise de 3,4 milliards d’euros laissée par Le Caire, sans compter les intérêts», assène sans détour Disclose.

Ce nouveau contrat «traduit la confiance renouvelée de notre partenaire dans l'avion français», estime Balard. Il atteste surtout un réchauffement entre Paris et Le Caire après un refroidissement entamé en janvier 2019.

La veille de sa visite officielle au Caire cette année-là, Emmanuel Macron avait cédé à la pression des ONG internationales en annonçant qu’il conditionnait le maintien de son déplacement à des garanties de la part du maréchal Abdel Fattah Al-Sissi en matière de respect des droits de l’homme. Le soir même, face à la presse, le Président français déplorait que «les choses ne [soient] pas allées dans la bonne direction» depuis sa première rencontre avec son homologue en octobre 2017. L’Élyséen dénonçait les arrestations de blogueurs, de journalistes et d’activistes, estimant que «l’image internationale de l’Égypte» pouvait «s’en trouver abîmée». Clou du spectacle, Emmanuel Macron avait pris le temps de rencontrer des défenseurs des droits de l’homme avant de repartir de la capitale égyptienne.

Macron a recollé les morceaux avec Al-Sissi

Comme La Tribune l’avait relaté un an plus tard, cette «leçon» de Macron avait provoqué la fureur de son hôte. En réponse, celui-ci avait annulé tous les contrats impliquant des industriels français. Le coût de la maladresse présidentielle a été d’autant plus élevé que l’Égypte est rapidement devenue le troisième plus gros importateur d’armes au monde derrière l’Inde et l’Arabie saoudite.

Les répercussions de cet incident diplomatique majeur expliquent le silence nimbant les négociations du nouveau contrat. Cette discrétion avait déjà été de mise à l’occasion de la visite d’Al-Sissi à Paris en décembre dernier, premier signe concret du redoux des relations entre les deux chefs d’État. Dans plusieurs dossiers, la France et l’Égypte voient leurs intérêts converger: notamment en Méditerranée orientale et en Libye face aux agissements d’Ankara.

La colère de Paris à l’OTAN après que la marine turque a «illuminé» la frégate Le Courbet en juin 2020 a joué le rôle de déclencheur dans ce rabibochage, rapportait La Tribune qui «de sources concordantes» évoquait déjà… «une nouvelle commande de Rafale»!

Début décembre, Emmanuel épinglait sans tambour ni trompette la légion d’honneur au revers de la veste du «Pharaon». La révélation de cette décoration furtive trois mois plus tard, en mars dernier, avait provoqué un tollé médiatique. Déchaînée, l’opposition entonnait la rengaine des atteintes aux droits de l’homme en Égypte. Une thématique qui fait bon marché des intérêts industriels de la France.

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Tags:
Emmanuel Macron, Egypte, Rafale
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