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    Pourquoi la Chine prend-elle du poids?

    Quand des ouvriers chinois gagnent plus que ceux de certains pays d’Europe

    © Photo. Dianfeng Jianzhong
    Economie
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    Fabien Buzzanca
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    Le salaire mensuel médian dans certaines villes de Chine dépasse désormais celui de plusieurs pays européens, y compris au sein de l’UE. Les mécanismes économiques à l’œuvre dans le monde ces dernières années l’expliquent. Et dorénavant, la Chine pourrait bien jouer le rôle de boussole des salaires du secteur manufacturier à l’échelle du globe.

    Les données pourraient étonner. La Chine, l’atelier du monde, a, pour certains, toujours l’image de ce pays rempli d’usines aux ouvriers payés une misère et travaillant sans relâche. C’est de moins en moins vrai. Comme le note dans Forbes le spécialiste des marchés émergents Kenneth Rapoza, plusieurs villes chinoises proposent désormais des salaires mensuels médians supérieurs à ceux de pays européens dont certains font partie de l’Union européenne. Dans cet article, remarqué par le blog Les Crises animé par Olivier Berruyer qui l’a traduit de l’anglais, Kenneth Rapoza donnent quelques chiffres éloquents. Shanghaï et son salaire mensuel médian de 1.015 euros, Pékin et ses 879 euros ou encore Shenzen et ses 839 euros surpassent toutes la Croatie, dernier entrant au sein de l’Union européen. En effet, comme le note Kenneth Rapoza, le salaire net médian dans ce pays des Balkans est de 739 euros.

    ​«Les travailleurs chinois de Shanghaï, Shenzhen et Beijing [Pékin, ndlr] gagnent en moyenne plus que ceux d’Albanie, de Roumanie, de Bulgarie, de Slovaquie et du Monténégro, nouveau membre de l’OTAN, dont le revenu médian est de seulement 896 $ [802 euros, ndlr] par mois. Les salaires médians à Shanghaï sont comparables à ceux de la Pologne, soit 1.569 $ [1.404 euros, ndlr]. Il en va de même pour la République tchèque, avec son salaire médian à Prague, sa ville la plus riche, qui se situe autour de 1.400 $ [1.252 euros ndlr]. Le salaire brut moyen en Hongrie est équivalent à celui à Shanghai, à 1 139 $ [1.019 euros, ndlr]», explique Kenneth Rapoza.

    Mais comment expliquer que des ouvriers chinois gagnent désormais plus que leurs homologues de certains pays d’Europe de l’Est? Selon Kenneth Rapoza, plusieurs phénomènes ont joué et l’entrée de la Chine au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) en 2002 ainsi que l’intégration progressive par l’UE du «bassin de main d’œuvre qualifiée et bon marché d’Europe de l’Est» ont joué un rôle déterminant. «La combinaison, en matière de main d’œuvre, de ces deux bassins d’emploi considérables a ouvert la voie à la stagnation des salaires chez les travailleurs peu qualifiés et sur les chaînes de montage du monde entier», analyse le spécialiste. En effet, d’après une théorie économique nommée «l’aplanissement de la courbe de Phillips», l’augmentation de l’offre de main d’œuvre fait baisser les rémunérations des ouvriers.

    Les pays d’Europe de l’Est se sont retrouvés en concurrence avec la Chine dont les produits ont envahi la planète. D’après la Banque des Règlements Internationaux (BRI), la part de la Chine au sein du commerce mondial a augmenté de 13% entre 1990 et aujourd’hui, passant de 2 à 15%. Et comme le note Kenneth Rapoza, nous vivons dans un monde «où la devise est devenue: tout ce que vous pouvez faire, la Chine peut le faire à moindre coût».

    Une hausse des salaires en Chine bénéfique pour les pays les plus pauvres d’Europe?

    Les salaires des pays d’Europe de l’Est et de certains pays d’Europe centrale auraient stagnés pour pouvoir tenter de rester compétitifs face à une Chine à la main d’œuvre bon marché. Mais de l’autre côté, le parti unique chinois a promis d’augmenter le niveau de vie de ses concitoyens en échange d’une direction autoritaire. La Chine a vu les salaires de ses ouvriers fortement augmenter ces dernières années. Si bien que l’empire du Milieu a vu l’émergence d’une véritable classe moyenne. Selon nos confrères du Parisien, elle représente aujourd’hui un cinquième de la population (1.384 millions d'habitants en 2018 ce qui représente toute de même 18 % de la population du globe).

    ​Le salaire moyen en Chine a augmenté de 8,2% par an ces dernières années. Et d’après un rapport de l'Organisation internationale du travail (OIT), l’empire du Milieu a joué un rôle important dans la croissance des salaires au niveau mondial. Entre 2008 et 2017, le salaire moyen au niveau de la planète a augmenté de 22% contre seulement 13% si la Chine avait été exclue du calcul. Les pays riches d’Occident doivent composer avec de faibles augmentations des rémunérations ces dernières années, à l’inverse de la Chine. Fin 2018, Xu Ding, économiste spécialisé dans les relations de travail et des salaires et cité par Le Quotidien du Peuple, estimait que la deuxième économie du monde poursuivrait sur sa lancée concernant l’augmentation des salaires:

    «Lorsque le commerce international a ralenti, la Chine a favorisé sa demande intérieure et son emploi de différentes manières. En outre, dans un certain nombre de provinces, des mesures de salaire minimum ont été utilisées pour favoriser l'activité économique locale. Les agriculteurs des zones rurales perçoivent désormais des salaires dans les villes, ce qui accélère la croissance des salaires moyens.»

    Reste à voir si la guerre commerciale qui fait rage entre Pékin et Washington ne changera pas la donne. En attendant, les ouvriers chinois semblent ne rien vouloir lâcher. Récemment, plusieurs protestations de travailleurs, notamment dans le secteur automobile, ont frappé le pays. Indemnités non payées, arriérés de salaires et autres licenciements en sont à l’origine.

    La poursuite de la hausse des salaires des ouvriers chinois serait une bonne nouvelle pour leurs homologues européens, d’après Kenneth Rapoza. Il assure que «si certains Européens désirent pour eux-mêmes une augmentation de leur salaire brut, ils doivent espérer la poursuite de la hausse des salaires en Chine». Et pas seulement dans le secteur manufacturier mais aussi celui du e-commerce:

    «La croissance des salaires en Chine est impressionnante. Tant mieux pour les Chinois. Néanmoins, ceux-ci ont limité la croissance des salaires dans de nombreux États d’Europe où les revenus sont faibles. Ces chiffres montrent que le rôle de la Chine en tant que plaque tournante du secteur manufacturier a jeté les bases de toute hausse future des salaires, en particulier pour les travailleurs peu qualifiés du secteur manufacturier, mais bientôt aussi pour des secteurs émergents comme celui du e-commerce.»

    Tags:
    Europe, Chine, économie
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