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    Y a-t-il une vie en dehors des GAFAM? Épisode III: les navigateurs

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    La troisième partie de notre série nous entraîne vers l’outil le plus connu et par conséquent le plus anodin en apparence de notre ordinateur ou smartphone: le navigateur Internet. Une familiarité trompeuse. Le choix d’un navigateur a une influence directe et indirecte sur le sort de nos données personnelles. Tour d’horizon.

    Naviguer sur Internet nous semble tellement évident que l’on en oublierait presque qu’à la préhistoire du réseau des réseaux, cette navigation s’effectuait uniquement par des lignes de commande aussi inesthétiques que complexes. Ce fut tout le mérite du célèbre chercheur Tim Berners-Lee que d’avoir su créer la couche applicative nécessaire pour rendre le procédé plus ergonomique: son WorldWideWeb fut en 1990 la première pierre numérique des navigateurs modernes, laquelle sera accompagnée par bien d’autres au fil des décennies.

    Le choix en la matière est désormais vaste pour trouver des alternatives au navigateur proposé d’office sur votre appareil. Quels sont toutefois les critères essentiels pouvant aider l’internaute à choisir la bonne application?

    -          L’accessibilité et l’ergonomie

    -          La rapidité d’exécution

    -          La sécurité des opérations (navigation et transactions)

    -          L’évolutivité des fonctionnalités et des protections

    -          La compatibilité avec différents standards de lecture ou d’écriture (tests Acid élaborés par le Web Standards Project)

    Ces cinq critères sont ceux qui vous guideront dans l’installation –ou le remplacement– de votre navigateur. Précisons aussi que désormais, des versions pour mobile sont développées par les sommités du genre, avec des adaptations liées à l’interface tactile, il va de soi.

    Chromium doit être mentionné d’office, puisqu’il est à la base de plusieurs projets spécifiques, comme YandexBrowser, mais aussi et surtout l’omniprésent Chrome et de façon plus surprenante, son concurrent de chez Microsoft, Edge, depuis 2019.

    Selon Statcounter, Chrome est le champion toutes catégories, toutes plates-formes confondues, avec 63% des parts de marché en août 2019. Le succès de Chrome s’explique tant par des raisons conjoncturelles (lancé en 2008 alors que le marché était en attente d’un concurrent sérieux à Internet Explorer) que techniques (sa grande vélocité, saluée même par ses concurrents).

    Basé sur le code Open source de Chromium, il a considérablement évolué, au point d’être maintenant sous un format propriétaire, en raison des nombreux ajouts et innovations dont il a bénéficié au fil des ans. Ses défauts ne sont pas nombreux, mais ils doivent être impérativement pris en compte: le premier d’entre eux est le lien le reliant à la société-mère de Google, Alphabet: avec ses fonctionnalités optionnelles qui collectent des informations sur l’utilisateur et ses habitudes de navigation, ce «butineur» a gagné le sobriquet de Big Browser. Le second est qu’il est très gourmand en ressources-machine.

    Second du marché avec 15%, Safari est le navigateur par défaut des produits Apple. Sa large diffusion tient surtout à sa présence native sur ceux-ci, ce qui lui confère d’entrée une exposition plus grande que toute application tierce exigeant une installation par l’utilisateur. Si le logiciel s’est amélioré au fil du temps et ne souffre pas de défaut rédhibitoire en termes de fonctionnement, il ne saurait toutefois offrir la profondeur de configuration et de confidentialité proposées par les solutions alternatives non propriétaires. En outre, sa diffusion exclusive au sein de l’écosystème Apple lui interdit le rôle d’alternative crédible sur d’autres supports (hormis l’épisode de portage sur Windows achevé en 2012).

    Et la première d’entre elles, la plus importante en termes de popularité, est Firefox, émanant de la fondation Mozilla. Sa double particularité, au contraire d’un grand nombre de concurrents, est d’être alimentée par des milliers de contributeurs et d’ouvrir son code source pour tests et améliorations. Appelé Phoenix, puis Firebird à ses débuts en 2002, Firefox s’est imposé comme un poids lourd du secteur, poussant très loin la sécurisation des connexions, la confidentialité des données et l’ouverture vers des applications tierces, respectant la philosophie de la fondation. Il existe même une version ESR dédiée aux instituts pédagogiques et entreprises, privilégiant la stabilité. Le navigateur se targue en outre d’offrir une performance d’utilisation supérieure à ses concurrents par l’optimisation du code de programmation. Pour beaucoup, Firefox est le navigateur par défaut de ceux qui souhaitent se déplacer sur la «toile» en toute quiétude.

    Autrefois connu sous la dénomination d’Internet Explorer (IE), une évolution du navigateur Mosaic proposé en 1995 aux utilisateurs de Windows, le navigateur par défaut du système d’exploitation Windows a fait place à Edge depuis 2015. Alors que dans ses premières moutures, IE était imposé d’office aux utilisateurs de PC sous Windows, Microsoft a dû se résigner, suite à l’injonction de la Commission européenne constatant des entraves à la concurrence, à laisser le champ libre aux alternatives. Si les qualités de Edge sont reconnues, notamment ses outils de lecture technologiquement très aboutis, l’imbrication du navigateur dans le système d’exploitation Windows (à travers l’assistant virtuel Cortana), censé faciliter les recherches des internautes, incite à se méfier de la captation des données par ce biais.

    Très ancien et moins connu du grand public, Opera conserve ses adeptes. Lancé en 1995, ce qui fait de lui l’un des plus anciens navigateurs encore en exercice, il dispose de certaines fonctionnalités qui intéressent quiconque souhaite sortir des sentiers battus, comme le mode turbo (accélérant l’affichage de sites pour ceux qui disposent d’une connexion limitée), les bloqueurs de publicités intégrés ou encore le mode VPN ou Virtual Private Network, un réseau favorisant l’échange de données anonymisées.

    Rappelons l’évolution récente de Tor Browser sur la plate-forme mobile Android, en sus de ses distributions sur les systèmes d’exploitation Windows, Linux et macOS. Vous pouvez vous référer à l’entretien exclusif accordé par le Tor Project à Sputnik afin de prendre plus ample connaissance avec l’une des solutions les plus sûres en matière de navigation.

    Dans un registre plus anecdotique, mais qu’il convient de ne pas ignorer, mentionnons l’existence de IceCat, SeaMonkey ou encore Dolphin. Ces navigateurs ont su séduire un certain nombre d’adeptes, mais peinent à franchir une masse critique en dépit de leurs qualités intrinsèques (évolutivité et sobriété pour les deux premiers; légèreté des ressources et navigation gestuelle pour le dernier), ce qui ne les empêche nullement de poursuivre leur carrière et d’offrir une pluralité bienvenue en la matière.

    Bref, il existe pléthore de navigateurs sur ordinateur, tablette et smartphone. L’essentiel est de comprendre que leur utilisation n’est pas qu’une question de performance technologique, mais aussi d’utilisation des données et métadonnées générées par leur emploi. Si les navigateurs proposés par défaut disposent de qualités intrinsèques et d’innovations séduisantes, ils pèchent souvent par leur proximité avec leur diffuseur (le concepteur du matériel ou du système d’exploitation sur lesquels tourne l’outil de navigation). Il est préférable de s’orienter vers des solutions tierces reconnues et abouties pour bénéficier de la sécurité et la confidentialité de ses communications. Car, une fois encore, penser différent, ce n’est pas penser futilement, mais pertinemment.

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