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Pas d’augmentation d’impôts en perspective, a réitéré le ministre de l’Économie dans les colonnes du Figaro. Bruno Le Maire répondait aux affirmations de la directrice générale de l’Ifrap, Agnès Verdier-Molinié, qui s’inquiète notamment pour l’épargne des Français. Une épargne qui, comme la dette du pays et le déficit budgétaire, bat des records.

Le contribuable lambda peut-il dormir sur ses deux oreilles? Oui, si on en croit Bruno Le Maire, qui a tenu à réitérer son mantra. «Je suis opposé à toute augmentation d’impôts, sur les ménages comme sur les entreprises», a-t-il ainsi répété dans un entretien publié le 22 janvier dans les colonnes du Figaro.

Des propos qui s’inscrivent dans le contexte de ceux, tenus mercredi, par le ministre délégué chargé des Comptes publics Olivier Dussopt dans Les Échos. Face au déficit de 178,2 milliards d’euros en 2020, cet ex-membre du Conseil national du Parti socialiste estime que 2021 doit marquer la fin de la politique du «quoi qu'il en coûte». Un trou budgétaire, presque doublé par la crise du Covid-19 (il s’établissait à 93 milliards en 2019), que Bruno Le Maire a lui-même qualifié de déficit le «plus élevé de notre histoire contemporaine».

Économie rime avec confiance, tout particulièrement dans un pays qui l’a basée sur la consommation. La perspective d’une hausse des prélèvements pourrait pousser les Français à épargner plutôt qu’à dépenser, amputant ainsi la reprise et provoquant mécaniquement la hausse d’impôts redoutée. Le locataire de Bercy évoque d’ailleurs le cas de 2009, année succédant à la crise financière provoquée par les Subprimes et «où, en voulant rétablir trop vite nos finances publiques, nous avons tué la croissance».

Dette record pour épargne record

Un optimisme de Bercy qui tranche avec la position d’Agnès Verdier-Molinié, directrice générale de la Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques (Ifrap). «La peur est là. Il a intérêt à le dire et le redire car la valeur de la signature de la France repose dorénavant essentiellement sur la confiance et cette confiance est volatile», tacle-t-elle dans les colonnes du même Figaro, à propos d’un autre mantra de Bruno Le Maire: «la dette devra être remboursée».

Interrogée sur son dernier livre, La France peut-elle tenir encore longtemps? (Éd. Albin Michel, janvier 2021), celle-ci alerte sur les errements budgétaires du gouvernement lors de la crise. Pour elle, «l’illusion que les milliards peuvent tomber du ciel sans fin» doit cesser. Soulignant une «dette covid» pour l’heure d’environ 270 milliards d’euros, elle met en garde quant au fait que le parapluie de la BCE ne couvrira pas éternellement les dérives budgétaires tricolores.

«En 2020, la France a emprunté des sommes gigantesques: pas moins de un milliard par jour! Pour prendre une autre comparaison, cela fait 700.000 euros par minute. Qui en est conscient? Personne n’explique aux Français que nous ne pourrons pas tenir longtemps à ce rythme.»

De son côté, Bruno Le Maire défend la nécessité de conserver une «capacité de rebond» en préservant le tissu et les acteurs économiques du pays. Parmi eux, les Français, à travers leur épargne. Le ministre des Finances évoque ainsi les 100 milliards d’euros d’épargne accumulée par les Français en 2020 qui «viendront soutenir la consommation et l’investissement» au lendemain de la crise.

Pour sa part, la directrice du think tank libéral semble douter de la bienveillance des autorités à l’égard de cette manne financière qui dort à portée de mains. «Leur taux d’épargne a grimpé à 28%, soit le plus haut niveau observé en France depuis 1950!», insiste la directrice générale de l’Ifrap qui redoute un potentiel «raid» sur l’épargne des Français. La loi Sapin 2, qui permet de bloquer les fonds détenus sur les contrats d’assurance vie au-delà d’un certain seuil (70.000 euros) ou encore le précédent italien, lorsqu’en 1992 le gouvernement avait décidé de ponctionner 0,6% des dépôts bancaires, sont deux pistes parmi d’autres que, selon l’économiste, pourraient tenter l’exécutif en cas de besoin impérieux de renflouer les caisses.

Pas de hausse d’impôts… sous Macron

Les pistes pour sortir la tête de l’eau? «Il va falloir travailler plus, réformer notre modèle social, réduire le train de vie de l’État», lance du tac au tac Agnès Verdier-Molinié. De son côté, Bruno Le Maire reste plus policé, préférant parler d’une indispensable «augmentation du volume global de travail de la France» en soulignant une situation qui n’est «plus tenable» et qui représente un «danger pour notre économie et pour notre modèle de protection sociale».

S’il se «reconnait» donc dans cette proposition d’Agnès Verdier-Molinié d’augmenter le volume de travail, reste à savoir de quelle manière il compte s’y prendre exactement. Va-t-il s’attaquer aux 35 heures comme le suggère la directrice du think tank, décaler l’âge de départ à la retraite? Une chose est sûre, s’il évoque des «arbitrages» au sortir de la crise concernant des réformes, la question de la réduction du train de vie de l’État passe à la trappe dans l’interview du ministre.

Reste donc la question des impôts. Et, indubitablement, les positions divergent. De son côté, Bruno Le Maire réaffirme donc qu’il n’y a «pas de solution dans l’augmentation des impôts», mettant en avant que l’exécutif est à l’origine de «la plus forte baisse des impôts en France depuis 20 ans!» et que, de toute manière, le niveau d’imposition dans l’Hexagone reste le plus élevé des pays développés. Mais là encore, tout est question d’interprétation. Bercy a, au fil des ans, prouvé qu’il savait augmenter la pression fiscale sans avoir à «augmenter les impôts». De son côté, Agnès Verdier-Molinié ne se fait pas d’illusions, «immanquablement, à l’approche de l’élection présidentielle de 2022, on verra fleurir toutes sortes de propositions pour taxer davantage les Français», prédit-elle.

«Tant que je serai ministre des Finances, nous n’augmenterons pas les impôts des Français» déclarait déjà Bruno Le Maire en novembre, sous réserve d’une croissance à 6% en 2021 (du jamais vu depuis 1973)… Celui-là même qui aujourd’hui insiste quant au fait que «le Président de la République a été clair: il ne souhaite pas d’augmentation d’impôts dans notre pays». Et si, non sans une certaine «ironie», ce mantra se transformait en argument de campagne du camp Macron?

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