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Greensill, une importante entreprise britannique spécialisée dans les prêts à court terme aux entreprises, vient de faire faillite. Avec elle, elle risque d’entraîner des dizaines de milliers d’emplois, dont beaucoup en France. Faut-il craindre l’effet domino? L’économiste et financier Charles Gave met en cause les politiques des Banques centrales.

Elle est inconnue du grand public, mais elle fait maintenant la Une de la presse financière. La société Greensill, spécialisée dans les prêts de courte durée aux entreprises, vient de chuter lourdement. Pourtant, comme le souligne Le Dauphiné, «il y a encore quelques jours, le site internet de Greensill annonçait fièrement avoir prêté 143 milliards de dollars à plus de 10 millions de clients, à travers 175 pays.» Mauvais calcul.

De forts doutes sur la valorisation de ses actifs ont eu raison de cette multinationale basée à Londres. Elle a tout simplement déposé le bilan. Problème: ce désastre financier menace des dizaines de milliers d’emplois. Le géant de la métallurgie Liberty House Group, dirigé par Sanjeev Gupta, est notamment touché. Il compte plusieurs sites industriels en France, notamment ceux d’Ascoval et de Hayange.

«S’ils ont fait faillite, c’est qu’ils ont fait des bêtises», tacle d’emblée Charles Gave, économiste, financier et président de l’Institut des Libertés, avant d’ajouter: «dans le capitalisme, les faillites existent.» Mais dans l’absolu, il pointe le rôle des Banques centrales, et surtout de leur usage immodéré de la planche à billets:

«Quand il y a trop d’argent dans le système, cela amène toujours à des fraudes. Vous avez toujours des acteurs pour tenter d’en capter une partie.»

Pourtant, en apparence, Greensill avait tout de la société aux reins solides. Créée en 2011, elle s’est payé le luxe de compter l’ex-Premier ministre britannique David Cameron au sein de ses conseillers. Le japonais SoftBank y a même investi 1,5 milliard de dollars.

«Vague de panique» et craintes de faillites en cascade

Reste que cette débâcle fait souffler un vent de panique parmi ceux qui ont fait appel à la société financière. Faute des capitaux escomptés, beaucoup pourraient faire banqueroute. De quoi ajouter une nuance de sombre au tableau noir dessiné par l’assureur-crédit Euler Hermes, qui prévoyait en juillet dernier «une hausse record de 35% de défaillances d’entreprises dans le monde d’ici 2021.»

Le drame est tel que Susannah Streeter, analyste chez Hargreaves Lansdown, a évoqué à l’AFP une «vague de panique dans les cercles financiers et industriels qui étaient dépendants de ses financements et de ses possibilités d’investissement.»

Greensill proposait des prêts à ses clients afin qu’ils paient leurs fournisseurs. Mais il y a un hic. Le modèle de financement de la société rappelle furieusement les pires heures de la crise de 2008. Greensill transformait les dettes que lui devaient ses clients en produits financiers qu’elle vendait à de grands investisseurs.

Le château de cartes était prêt à s’effondrer, raison pour laquelle l’assureur de Greensill l’a lâché, de même que des géants tels que Crédit suisse. Les responsables de la banque helvète ont évoqué des «incertitudes considérables» sur la valorisation des actifs.

«C’est réellement un château de cartes. Si les taux d’intérêt étaient à leur niveau, les Banques, les Caisses de retraite, etc. ne seraient pas obligées d’acheter ces produits financiers qui leur permettent d’assurer une certaine rentabilité. Ce sont des créations totalement inutiles», déplore Charles Gave.

En attendant, le cabinet Grant Thornton a été nommé administrateur. Le but? Négocier la vente des actifs les plus rentables à la société d’investissement américaine Apollo. Elle est censée «racheter notamment pour 60 millions de dollars la propriété intellectuelle et une plateforme technologique de Greensill, selon une source proche du dossier», précise l’AFP.

En France, l’État sera «derrière les salariés» menacés

Des employés français sont concernés par cette affaire. Comme évoqué précédemment, l’un des clients les plus importants de Greensill n’est autre que le groupe industriel de l’Indo-britannique Sanjeev Gupta. Mastodonte de l’acier, l’empire compte environ 35.000 salariés dans 30 pays.

​Si le Royaume-Uni est la nation qui emploie le plus de travailleurs du groupe, la France n’est pas en reste, avec l’aciérie Ascoval à Saint-Saulve (nord), l’usine de rails d’Hayange (Moselle) et un site d’aluminium à Dunkerque. «Nous craignons bien évidemment l’effet domino dans ce dossier et les risques sont forts sur l’emploi et sur les sites français», a alerté auprès de l’AFP Stéphane Destugues, secrétaire général de la fédération syndicale CFDT de la métallurgie.

​Quant à Nicolas Lethellier, du syndicat CGT, il assure que chez Ascoval, «[nous] n’avons donc pas encore tous les tenants et aboutissants […], mais nous avons appris à être sur nos gardes.»

L’affaire est telle que Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, est monté au créneau. Il a assuré que l’État serait «derrière les salariés». Quant à Sanjeev Gupta, il a tenu une réunion qualifiée de «fructueuse» avec les syndicats au Royaume-Uni. Le groupe qu’il dirige admet que la situation est «difficile». Mais il assure qu’il a les fonds nécessaires à son activité en précisant qu’il cherchait à diversifier ses sources de financements.

Reste que Susannah Streeter, analyste financière britannique a prévenu que de trouver ces nouveaux canaux «n’est en aucun cas une certitude, ce qui menace des milliers d’emplois.» Même le gouvernement anglais a évoqué des informations «évidemment très inquiétantes pour les salariés du groupe.»

Une faillite aux conséquences planétaires

À l’autre bout du monde, la justice australienne a récemment rendu une décision concernant les contrats d’assurance. Selon elle, le krach de Greensill menacerait jusqu’à 50.000 emplois dans le monde, dont 7.000 en Australie.

La déflagration pourrait se faire sentir jusqu’en Allemagne, d’après le Handelsblatt, quotidien économique de référence outre-Rhin. Greensill y a une filiale bancaire et environ 50 communes, appâtées par les hauts rendements proposés, pourraient souffrir financièrement du naufrage.

Les politiques monétaires menées par les Banques centrales amènent inéluctablement ce genre de faillite, selon Charles Gave. «Cela s’est passé en 2008-2009, et ce n’est probablement pas le dernier des événements du genre», martèle-t-il.

D’après l’expert, les financiers «adorent les taux d’intérêt très bas, car ils leur peuvent emprunter pour acheter des sociétés qui peuvent possiblement leur rapporter.» Charles Gave assure que cela leur permet de ne pas rajouter de valeur, mais de faire monter les prix des actifs.

«Beaucoup d’économistes totalement crétins pensent que les taux bas favorisent la croissance. C’est la doxa des Banques centrales aujourd’hui. Cela appauvrit les pauvres, enrichit les riches et tout est piloté par des gens qui n’ont pas de morale. Si on n’avait retenu qu’une seule leçon de 2008, il aurait fallu que ce soit celle-ci: supprimer les Banques centrales», conclut-il.

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