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Joe Biden devrait annoncer d’importantes hausses d’impôts sur les ménages les plus fortunés ainsi que sur les sociétés. Une perspective qui pourrait en réjouir certains en France, où l’on compare déjà les plans d’aide américains et européens. Pourtant, ces deux modèles économiques sont difficilement comparables. Éclairages.

Voilà qui ne devrait pas manquer de donner des idées à certains en France. Joe Biden va augmenter les impôts «des plus riches» américains. Une mise à «contribution des plus nantis» saluée par une presse dithyrambique. Biden, ce Président «progressiste décomplexé qu’on n’attendait pas» et dont «l’audace économique et sociale […] détonne aux États-Unis» souligne-t-on notamment.

Force est de constater que le locataire de la Maison-Blanche n’y va pas de main morte sur les dépenses: 1.900 milliards pour la relance économique en mars, auxquels sont venus s’ajouter 2.300 milliards sur huit ans pour restaurer les infrastructures du pays et bientôt 1.800 milliards pour lutter contre la pauvreté aux États-Unis. Des montants qui, à chaque fois, ne manquent pas de «donne [r] le vertige» à la presse.

Plans d’investissement: pluie d’argent sur l’Amérique

Pour régler cette colossale facture, dans un pays endetté à hauteur de 28.000 milliards de dollars (dix fois le PIB de la France), le 47e président des États-Unis planche donc sur le tour de vis fiscal annoncé durant sa campagne. En l’occurrence, une hausse d’impôts pour les «0,3% d’Américains» qui gagnent plus de 27.000 dollars par mois, ce qui représente tout de même un demi-million de foyers. «Pour 997 foyers sur 1.000, ce changement n’aura pas d’impact», a souligné pour sa part Brian Deese, le principal conseiller économique de Joe Biden.

Ce qui devrait en revanche affecter bien plus d’Américains, c’est la hausse historique de l’impôt sur les sociétés, de 21% à 28%. À cela devrait s’ajouter, selon plusieurs médias américains, un quasi-doublement de la taxation des plus-values, dont le taux s’envolerait de 20 à 39,6%. Une perspective qui fait trembler Wall Street. Les contours définitifs de ce plan de hausse d’impôts devraient se préciser lors de sa présentation le 28 avril au soir, lors du premier discours de Joe Biden devant le Congrès.

Biden, antithèse économique et sociale de Macron?

«Ce n’est pas un plan de relance, c’est un plan d’urgence», taclait sur BFM Business Clément Beaune, secrétaire d’État chargé des Affaires européennes, en réponse à la comparaison dressée par un journaliste avec les 750 milliards de dollars mis sur la table par l’UE. «Ils ne prennent pas de l’avance, ils rattrapent», détaille-t-il en rappelant les différences fondamentales entre les modèles sociaux de part et d’autre de l’Atlantique. Pour autant, Clément Beaune finit par concéder que les Européens «devront augmenter leurs efforts d’investissement dans les années qui viennent.» En d’autres termes, un second plan massif d’aides consacré à la relance économique doit, selon lui, être défini par les 27 dans un avenir plus ou moins proche.

L’exécutif français a de quoi être sur la défensive. Politiquement, le plan de Joe Biden prend le contrepied exact de la politique jusqu’ici menée par Emmanuel Macron (réforme de l’ISF, flat taxe et baisse de l’IS), tout en semblant donner corps aux recommandations du FMI qui suggérait début avril de mettre à contribution les plus fortunés.

Bref, de quoi donner des sueurs froides à l’exécutif, régulièrement pressé de donner des gages sur sa politique sociale par une presse visiblement sous le charme de l’ex-vice-Président de Barack Obama. Le problème est qu’il existe un gouffre entre les modèles économiques américain et européen, tout particulièrement français, les rendant incomparables sur le plan fiscal.

Il serait ainsi bon de rappeler que les États-Unis n’ont pas instauré un système de chômage partiel afin de garantir une préservation de l’emploi dans le secteur privé dans l’attente de la reprise. Pourtant, l’Administration Donald Trump avait débloqué 2.000 milliards de dollars il y a un peu plus d’un an pour pallier l’impact économique de la crise du Covid-19.

De Washington à Paris, que signifie être «riche»?

Taxer les plus riches, une marotte qui refait régulièrement surface en France, tout particulièrement au moment des élections. Reste à savoir qui sont ces «riches». En effet, le seuil à partir duquel un ménage peut être considéré comme tel est loin d’être fixe. «Je n’aime pas les riches», déclarait d’ailleurs François Hollande peu avant son élection, avec un programme prévoyant d’instaurer une tranche d’imposition à 75% au-delà d’un million d’euros de revenus annuels. L’ancien Président du conseil régional de Corrèze, président de Conseil général et député socialiste, touchait 6.500 euros net par mois, issus des deniers publics. Une somme doublée grâce à sa retraite de Président de la République, le tout dans un pays où le salaire net médian ne dépasse pas 1.800 euros.

Plus récemment, en juin 2020, l’Observatoire des inégalités fixait à 3.500 euros de revenus mensuels nets le seuil à partir duquel un Français pouvait être considéré comme «riche». En somme, tout est également une question de perception.

Cependant, le fossé entre les rémunérations et l’imposition de manière générale aux États-Unis et en France ne joue pas en faveur de cette dernière. Selon l’OCDE, les prélèvements obligatoires aux États-Unis représentaient environ 27% du PIB en 2017, contre plus de 46% dans l’Hexagone. Si les systèmes sociaux sont bien différents de part et d’autre de l’Atlantique, ces chiffres donnent malgré tout une idée de la faible marge de manœuvre française en termes de hausse d’impôts.

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impôt, France, États-Unis
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