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Les autorités italiennes accusent trois ONG européennes de complicité avec des passeurs criminels au large des côtes libyennes. Cette affaire met en exergue les procédés douteux de certaines associations, mais surtout la duplicité de nos dirigeants, estime Marc Fromager, ancien dirigeant de l’ONG Aide à l’Église en détresse (AED).

«C’est un secret de polichinelle. Depuis maintenant une dizaine d’années, de nombreuses ONG agissent dans l’ombre des médias et des politiques, en complicité avec des passeurs terroristes», assène Marc Fromager, humanitaire qui a piloté de nombreux projets de développement à l’étranger.

Il fait ici référence à l’enquête du gouvernement italien, qui a récemment dévoilé la complicité de plusieurs ONG avec des passeurs clandestins. Ce document met nommément en cause Médecins sans frontières, Save Children et Jugend Rettet dans le trafic des migrants en mer Méditerranée. Révélée par le quotidien suisse Le Temps, cette enquête de plus de 650 pages accuse ouvertement ces associations européennes d’être de mèche avec des réseaux de passeurs, souvent inféodés à des groupes djihadistes, en opérant non loin des côtes libyennes.

La police italienne s’appuie sur de nombreuses informations récoltées au sein même des ONG. Elle s’est ainsi basée sur les données recueillies dans les ordinateurs des organisations, sur la géolocalisation GPS de leurs navires, sur des écoutes téléphoniques entre humanitaires et passeurs clandestins.

«Le migrant est un énorme business»

L’ancien dirigeant de l’ONG Aide à l’Église en détresse (AED) nous raconte le mode opératoire de ces organisations, qui «agissent souvent de nuit afin d’éviter les patrouilles italiennes ou grecques», affirme-t-il. De fait, les ONG de secours en mer Méditerranée sont dans le collimateur des autorités depuis longtemps. Dans un rapport datant de 2016, l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes Frontex soutenait que les passeurs recevaient des indications géographiques pour savoir où se trouvaient les bateaux humanitaires. En 2017 encore, Fabrice Leggeri, patron de Frontex, soupçonnait les ONG de favoriser le trafic d’êtres humains en Méditerranée, en opérant de plus en plus près des côtes libyennes. De leur côté, plusieurs ONG avaient accusé l’agence de surveillance d’empêcher les migrants d’arriver sur le sol européen.

«Depuis 10 ans, des ONG, sous couvert d’humanisme, pactisent avec des groupes djihadistes qui s’adonnent au trafic d’êtres humains. Le migrant est un énorme business, dont la première victime est le migrant lui-même. Malheureusement, ce n’est pas un cas isolé», avertit Marc Fromager.

Cette affaire met en exergue un phénomène qui était impossible à l’époque de Kadhafi, affirme au micro de Sputnik celui qui dirige maintenant l’ONG Mission Ismérie.

«On peut reprocher ce que l’on veut au régime de Kadhafi, mais son pays servait de verrou face à l’immigration en provenance du Sahara. Aujourd’hui, la Libye est livrée à des milices qui n’hésitent pas à s’adonner à un commerce ignoble, tout ça avec la complicité de certaines ONG.»

Il est vrai que l’ancien dirigeant libyen était réputé pour sa fermeté à l’égard de l’immigration, sujet avec lequel il n’hésitait pas à faire du chantage à l’Union européenne. Or, Kadhafi n’est plus et la Libye est depuis devenue «un pays où règne le chaos», déplore Marc Fromager. Il explique que finalement, les actions des organisations humanitaires avec les passeurs sont monnaie courante depuis 2011.

«Derrière l’aspect humanitaire se cache l’aspect politique»

«Il n’y a rien d’étonnant» à ce que ce soit Rome qui ait mené cette enquête, souligne notre interlocuteur. L’Italie est en effet l’une des principales portes d’entrée de l’immigration en provenance de la rive sud de la Méditerranée: plusieurs îles italiennes se trouvent à proximité des côtes libyennes, comme Lampedusa –non loin de Misrata et de Tripoli–, mais aussi les villes de Porto Empedocle, de Pozzallo ou encore de Catane, en Sicile.

«L’immigration en provenance du Moyen-Orient passe par la Turquie et la Grèce alors que l’immigration subsaharienne se dirige nécessairement vers l’Italie ou certaines îles grecques. Le détroit de Gibraltar est une zone très sécurisée, donc difficile d’accès pour les migrants.»

L’Italie semble donc être confrontée à un flux migratoire qu’elle a du mal à contrôler, d’où sa vigilance vis-à-vis des ONG. Au cours de ces dernières années, les autorités italiennes ont donc pris des décisions fermes à l’égard de plusieurs associations présentes en Méditerranée. En 2016, elles avaient ainsi placé sous séquestre deux navires humanitaires.

Derrière ces ONG, quels financements?

Il n’en reste pas moins que les associations qui opèrent en Méditerranée bénéficient du soutien d’une partie de l’opinion et de la classe politique européenne. On se souvient de l’affaire de l’Aquarius en juin 2018, qui avait à l’époque cristallisé le débat sur l’immigration. Un navire battant pavillon allemand, appartenant à l’entreprise Jasmund Shipping, avait secouru 629 migrants en Méditerranée. L’Italie avait refusé catégoriquement d’accueillir cette embarcation. Le Premier ministre de l’époque, Matteo Salvini, avait déclaré: «sauver des vies est un devoir, transformer l’Italie en un énorme camp de réfugiés, non. L’Italie en a fini de courber l’échine et d’obéir.»

Des propos qui n’avaient pas manqué de faire réagir le gouvernement français, qui y voyait «le cynisme et l’irresponsabilité du gouvernement italien.» Une posture, alors que la France avait tergiversé et que le bateau avait finalement accosté en Espagne?

«Derrière l’aspect humanitaire, se cache en réalité l’aspect politique qui dirige ces actions», souligne Marc Fromager, qui reproche «la politique de l’émotionnel, la politique du moralisme» de nos dirigeants.

De fait, si la droite voulait plus de fermeté aux frontières, «les partis de gauche soutiennent ouvertement ce procédé», rappelle l’ancien dirigeant d’AED. Il est vrai que Jean Luc Mélenchon déclarait à l’époque sur Twitter que «L’Aquarius doit pouvoir accoster à Marseille. C’est notre devoir et notre honneur». Une déclaration qui faisait écho à celle d’Anne-Christine Lang, député LREM: «Face à l’urgence et à la détresse absolue, la France se serait honorée à faire une exception et à accueillir les passagers de l’Aquarius.»

Avec de tels soutiens, que risquent les ONG pointées du doigt pour leurs dérives? Pour Marc Fromager, la réponse est sans équivoque:

«Ces ONG sont souvent financées par des bailleurs étatiques, elles ne risquent strictement rien. Si ce n’est pas le cas, ce sont des organismes privés richissimes, comme les fondations de Georges Soros par exemple.»

Des propos à nuancer. Concernant les trois ONG citées dans l’enquête italienne, Save the Children, dépend en effet pour environ 40% de son budget du gouvernement américain et de son agence humanitaire USAID. En revanche, Jugend Rettet déclare être totalement indépendante des pouvoirs publics, avec des financements à 99% privés. Médecins sans frontières, pour sa part, dépendait en 2019 à 60% de la générosité des particuliers 13,7% d’autres fonds privés et moins de 1% de fonds publics. 25,3% de son budget provient «d’autres ressources» non précisées.

Quant à Georges Soros, si sa galaxie de fondations et d’associations philanthropiques finance de nombreuses ONG à travers le monde, elle ne paraît pas avoir mis la main à a poche pour celles visées par l’enquête. Néanmoins, les réseaux du riche milliardaire américain semblent influer sur la politique migratoire européenne par l’entremise de financement d’associations telles que l’ONG PICUM, qui est une plateforme de coopération pour les sans-papiers, OXFAM qui fait pression pour le regroupement familial, ou les bourses des étudiants étrangers, mais également le think tank américain European Stability Initiative, qui préconise d’accueillir davantage de migrants en Europe.

C’est dans cette optique que Marc Fromager conclut que «la majorité des bailleurs privés et publics ont une logique immigrationniste.»

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migrants, ONG, Italie, Libye
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