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    Emmanuel Macron

    Sondages: les Français étrillent «Jupiter»

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    Maxime Perrotin
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    Conservateurs, progressistes, fonctionnaires, personnes âgées, électeurs d’En Marche… Macron accumule les mécontents, résultat: 10 points de popularité en un mois. Il faut dire qu'entre le bras de fer avec l'Armée, la CSG, la loi travail ou les affaires, les sujets polémiques ne manquent pas. Revue de détail.

    Côté impopularité, François Hollande aurait-il fini par trouver plus fort que lui? Dans la classe politico-médiatique, bien peu auraient osé songer à un tel diagnostic il y a encore deux mois, mais pourtant Emmanuel Macron plonge dans les sondages. Une chute plus importante, donc, que celle de Hollande à la même période, puisque le Président fraîchement élu a perdu 10 points de popularité entre juin et juillet dans le dernier sondage Ifop pour le JDD, s'établissant à 54% d'opinions favorables.

    «On n'avait pas vu cette chute depuis Jacques Chirac à l'Élysée», déclarait dimanche Damien Fleurot, rédacteur en chef adjoint du service politique de BFMTV. Pour sa part, Jérôme Fourquet directeur du Département opinion publique à l'Ifop décrit au micro de France Info une «coagulation de mécontentements». Qui sont les déçus de Macron? Ce qui est inquiétant pour le Président, c'est que le camp des fâchés recrute de plus en plus large:

    Les médias

    Tout de suite après son investiture, le Président avait pris ses distances avec les médias. Choix des journalistes couvrant ses déplacements, suppression de la traditionnelle interview du 14 juillet, suppression de la salle de presse au sein du palais de l'Élysée… autant de signaux forts qui ont bien fait comprendre aux journalistes où était leur place face au Président jupitérien. Le ton des médias mainstream se fait d'ailleurs bien plus critique vis-à-vis du Président depuis cette mise au pas. Cela aurait-il contribué à éroder la confiance que les Français portent au chef de l'État? Le politologue Guillaume Bernard, maître de conférences à l'Institut catholique d'études supérieures (ICES), dépeint pour sa part un sentiment d'amertume parmi les journalistes:

    «Ils ont contribué, incontestablement, à populariser sa campagne et sa personne et certains peuvent trouver qu'ils ne sont pas véritablement rétribués des efforts qu'ils ont fait.»

    En Marche!

    Chez les militants du mouvement présidentiel, des voix commencent à se faire entendre sur la manière dont est dirigé le parti. En cause, la «verticalité» du pouvoir au sein d'En Marche!, c'est à dire l'autoritarisme dont fait preuve sa direction, tant à l'Assemblée nationale, avec des consignes de vote particulièrement strictes, qu'au sein du mouvement. Aussi, selon Le Parisien, une trentaine d'adhérents ont-ils déposé devant le tribunal de grande instance de Créteil un recours en référé afin de dénoncer un manque de démocratie interne au parti.

    Les catholiques et les conservateurs

    Ils ont été vraisemblablement échaudés par le débat sur la procréation médicalement assistée (PMA). Fin juin, Christophe Castaner avait confirmé la volonté de l'exécutif d'établir une loi «pour "traduire d'un point de vue législatif" un avis favorable du Comité consultatif national d'éthique (CCNE)» rendu il y a plus de quatre ans.

    Un chiffon rouge pour les sympathisants de la Manif Pour Tous, Guillaume Bernard estime qu'il y a là un réel potentiel de «réactivation» de cet électorat. Une droite qui ne se retrouve pas dans le programme sociétal libertaire d'Emmanuel Macron, reflet des divisions de la droite durant la champagne. En témoigne la part importante d'électeurs fillonistes ayant refusé de suivre les consignes de vote de leur candidat en faveur d'Emmanuel Macron. Des dissensions que l'on retrouve aujourd'hui:

    «Toute une partie de l'électorat de droite, certes adhère à des positions de libertés économiques, mais pour autant n'adhère pas au libéralisme sociétal qu'Emmanuel Macron incarne.»

    La droite et l'extrême-droite

    Mi-juillet, le Premier ministre Édouard Philippe présentait le «plan migrants» de son gouvernement. Au menu, 12.500 places supplémentaires pour l'hébergement des demandeurs d'asile et des réfugiés. Un véritable «appel d'air», tempêtait la droite. Une droite réunie contre la politique migratoire, comme le décrit le politologue:

    «C'est un point d'appui, d'unification de l'électorat de droite, qui se rassemble sur la dénonciation d'une immigration qui serait trop massive et sur un multiculturalisme qui pourrait conduire à l'éclatement de la société par communautarisation.»

    La droite a également été affectée par le bras de fer avec l'Armée et le départ fracassant du général Pierre de Villiers. Après l'annonce d'une coupe de 850 millions d'euros sur le budget de 2017, le chef d'état-major des armées (CEMA) était monté au front, du moins à huis clos en commission Défense de l'Assemblée nationale. Le Président avait pour sa part tenu une position quelque peu ambiguë tout au long de la semaine, alternant hommages et critiques, avant et même après la démission du général de Villiers.

    Malgré des condamnations venues de tous les bords politiques, pour le maître de conférences, ce sont avant tout les électeurs de droite qui ont été affectés par cette polémique:

    «On peut penser qu'une partie des forces de gauche qui ont soutenu le général de Villiers l'ont plus fait dans un intérêt politicien pour essayer d'affaiblir Emmanuel Macron que véritablement par adhésion au projet politique que les positions du général de Villers étaient susceptibles d'incarner.»

    Les syndicats, gauche progressiste et associative

    Une certaine gauche s'est également mobilisée autour du combat contre la réforme du code du travail, notamment suite à la volonté affiché par le Président et son gouvernement de légiférer par ordonnances. Du PS à La France insoumise en passant par les syndicats, la «casse sociale», comme ils qualifient le projet d'assouplissement du code du travail, cristallise les mécontents de gauche.

    Des sujets sociétaux ont également pu mobiliser certaines forces de gauche, notamment le milieu associatif. Si à droite, on trouve que le «plan migrants» ouvre trop grand les vannes de l'immigration, c'est exactement l'inverse chez ces militants, qui estiment que le gouvernement ne va pas assez loin dans l'accueil des réfugiés. Plus récemment, ce sont les défenseurs de la cause homosexuelle qui ont fustigé le Président pour avoir ignoré la conférence internationale de recherche sur le sida.

    Les fonctionnaires

    Avec un recul de pas moins de 18 points d'opinions favorables, ils représentent l'électorat auprès duquel Emmanuel Macron enregistre la plus forte baisse. Principalement marqué à gauche, ces derniers ne digèrent pas forcément bien les mesures libérales du gouvernement et particulièrement le rétablissement du jour de carence, supprimé en son temps par François Hollande sur l'autel de l'égalité.

    Les 50-65 ans

    Avec 14 points d'opinion favorable en moins, les personnes âgées sont l'autre groupe à se détourner massivement du Président. Un électorat âgé, «bien implanté économiquement et socialement parlant» qui avaient constitué le gros des rangs électoraux d'Emmanuel Macron, mais qui aujourd'hui est touché par la hausse de la CSG… laquelle figurait pourtant dans le programme électoral d'En Marche!.

    Loin d'être paradoxale, cette situation «caricaturale» aux yeux du politologue reflète la réalité. En effet, si la CSG, impôt qui contrairement à d'autres touche l'ensemble de la population française, risque de provoquer un certain désappointement dans la population. Les classes moyennes et classes moyennes supérieures qui comptaient sur Emmanuel Macron pour préserver leur situation économique et sociale tombent de haut. En somme un «mauvais calcul» pour ceux qui ont constitués le gros de l'électorat macroniste.

    «Ceux qui pensaient en choisissant Macron face à Marine le Pen, sauver leur statut social et leurs économies face à une candidate qui préconisait la sortie de l'euro.»

    Ces deux dernières catégories, mises en avant par l'Ifop dans son sondage, témoignent de la diversité des sensibilités politiques de potentiels anciens électeurs d'Emmanuel Macron qui désavouent aujourd'hui sa politique et ce malgré l'ancrage à gauche des fonctionnaires.

    Une situation qui tient à l'ambiguïté qui a permis l'élection du candidat d'En Marche!. Ni de droite, ni de gauche, il divise autant qu'il fédère, chacun pouvant avoir au moins une raison de voter pour lui. Un élément qui l'a emporté sur les raisons de ne pas voter pour lui, particulièrement en cas d'opposition avec une personnalité très clivante comme Marine le Pen. Mais loin d'être une faiblesse, le positionnement au centre d'Emmanuel Macron pourrait bien, selon Guillaume Bernard, pérenniser, pour un temps, la situation du Président.

    «Dans le fond, ce sur quoi table Emmanuel Macron c'est sur le fait qu'il y aurait une impossibilité aux deux bords politiques, celui de droite et celui de gauche, qui seraient opposés à sa politique pour des raisons différentes à s'allier contre lui.»

    Tout le monde

    Les affaires qui ont touché le premier gouvernement d'Édouard Philippe ont sérieusement écorné la cote de confiance d'une équipe qui se présentait comme étant en rupture avec les pratiques politiciennes malhonnêtes de la classe politique «d'avant». On se souvient des emplois fictifs du MoDem éclaboussant François Bayrou, alors garde des Sceaux, ainsi que Marielle de Sarnez, ministre chargée des Affaires européennes et dans une certaine mesure Sylvie Goulard ministre des Armées… Sans oublier Richard Ferrand, ministre de la Cohésion des territoires, exfiltré à l'Assemblée nationale et dont Le Canard enchaîné a décidé de faire son nouveau feuilleton de révélations avec ses liens immobiliers troubles avec les Mutuelles de Bretagne, entre autres.

    Quant à sa chute de popularité, celle-ci est encore loin de battre le record de Jacques Chirac, qui en 1995 était passé en moins de trois mois de 59% d'opinions favorables à 39%, soit deux fois pire qu'Emmanuel Macron. Une chute vertigineuse qui ne l'empêchera pas, sept ans plus tard, d'être réélu face à Jean-Marie Le Pen et une gauche sur la route des vacances. De quoi rassurer le Président jupitérien sur ses chances de rester au sommet de l'Olympe.

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    Tags:
    popularité, cote de popularité, sondage, En Marche (mouvement politique français), Emmanuel Macron, France
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