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Comment ils ont atteint le sol français pour rejoindre le mouvement, leurs missions, la communication, leurs relations avec le général de Gaulle… Sergueï Dybov, chef de l’association Mémoire Russe, retrace pour Sputnik l’histoire des soldats soviétiques dans la Résistance française.

De nombreux soldats soviétiques ont rejoint les rangs de la Résistance pour mener des activités militaires contre les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. À l’approche du 75e anniversaire de la Victoire, le président de l’association Mémoire Russe, Sergueï Dybov, raconte l’origine et les particularités de ce mouvement dans un entretien accordé à Sputnik.

L’origine du mouvement

Les premiers prisonniers de guerre soviétiques sont apparus en France fin 1941, précise l’historien, auteur d’un ouvrage consacré au régiment Normandie-Niémen. En 1942, des civils envoyés pour des travaux forcés au sein du IIIe Reich arrivent en France. L’année suivante, des ressortissants de différentes régions de l’Est, d’unités de Cosaques et de l’armée Vlassov adhérent au mouvement de résistance.

Au début, certains combattants fuient en solitaire. Puis un processus de transfert des fugitifs en zone libre est mis en place, de même que la formation d’unités de partisans, indique M.Dybov.

«En outre, des bataillons d’instruction de régions de l’Est, arméniennes, azerbaïdjanaises, tatares, turkistanaises, caucasiennes ont été déployés dans le sud de la France. Il y avait au sein de ceux-ci de l’agitation car tout le monde ne souhaitait pas combattre pour l’Allemagne. Après le débarquement des Alliés, ces unités ont massivement rejoint les partisans français».

Langue et communication

Dans le nord de la France, la situation est complètement différente, notamment concernant l’industrie minière, précise l’historien. De nombreux prisonniers de guerre et de civils soviétiques y sont transférés pour travailler dans les mines.

Ces derniers ne parlent pas tous français. Néanmoins, il y a une forte présence de Polonais arrivés sur le sol français avant la guerre pour travailler dans la région. Ainsi, la communication entre les Soviétiques et la population locale s’opère via ces ressortissants dont la langue a les mêmes racines slaves que le russe.

 Isabelle Nacry, chef d'un groupe franco-soviétique de partisans
© Photo. Association Mémoire Russe, Sergueï Dybov
Isabelle Nacry, chef d'un groupe franco-soviétique de partisans

Ces circonstances favorisent le déploiement d’importantes activités de résistances. Des immigrés parlant d’autres langues slaves sont également sollicités pour assurer la communication.

Ceux qui parlent Allemand jouent le rôle d’intermédiaire entre les anciens membres de l’armée Vlassov et les partisans. Par exemple, Robert Muller, d’origine belge, qui a grandi en Alsace, est le commandant d’une division formée de déserteurs d’une unité tatare de la Schutzstaffel. Après la guerre, il deviendra le secrétaire général adjoint de l’Onu.

Missions des soldats soviétiques

Tout comme les autres membres de la Résistance, ceux venus d’URSS sont chargés de missions militaires qui varient en fonction des régions et des situations. Pendant l’occupation, elles comprennent des actes de sabotage de voies ferrées, de lignes téléphoniques et électriques.

«Après les débarquements des Alliés en Normandie et en Provence, et le début du stade actif de la Résistance, il s’agissait de combats menés avec des unités régulières, des attaques contre des convois de renforts des adversaires des Alliés, ainsi que de la libération de villes et de communes», précise Sergueï Dybov.

Concernant les missions accomplies avec brio avec la participation de résistants soviétiques en France, le président de Mémoire russe nomme le 1er régiment soviétique de partisans qui a contribué à la libération de Montpellier, de Toulouse et de Nîmes, ainsi que le 2e régiment qui a pris part à la libération de Lyon.

Le 1er bataillon soviétique de partisans: son commandant Alexandre Kazaryan (au centre) et des officiers près d'un théâtre à Toulouse
© Photo. Association Mémoire Russe, Sergueï Dybov
Le 1er bataillon soviétique de partisans: son commandant Alexandre Kazaryan (au centre) et des officiers près d'un théâtre à Toulouse

Malheureusement, il est impossible d’établir avec certitude le nombre de soldats de l’Armée rouge ayant combattu en France, indique-t-il. Mais l’association Mémoire russe a dénombré au moins 250 sépultures de guerre où reposent environ 10.000 militaires soviétiques tués pendant la Seconde Guerre mondiale sur le sol français.

«Par ailleurs, il existe deux camps de concentration: Struthof, où environ 1.600 prisonniers soviétiques ont été tués, et Ban Saint Jean (Stalag XII F) où 23.000 seraient décédés, selon une hypothèse», ajoute M.Dybov.
Relations avec Charles de Gaulle

Les groupes soviétiques sont plutôt présents au sein de la branche communiste des résistants, dont les représentants ne sont pas «si tendres que cela» envers le général de Gaulle, poursuit Sergueï Dybov. C’est aussi l’une des raisons de la création de divisions uniquement soviétiques. Ils souhaitent se tenir à l’écart de la lutte politique intérieure qui se déroule entre les partis français, nuance-t-il.

«Oui, il existe beaucoup de légendes concernant des dizaines d’amis du général de Gaulle qu’il aurait eus parmi les soldats soviétiques. Malheureusement, cela ne correspond pas à la réalité. […] Il a personnellement décoré un nombre immense de participants soviétiques, polonais, grecs, italiens, belges et même allemands de la Résistance. Ceci aurait engendré beaucoup de mythes sur des rencontres avec de Gaulle».

Sachant que le général s’est appliqué à éloigner les communistes du pouvoir, il aurait dû être réticent envers les citoyens soviétiques, conclut l’historien.

Les survivants en URSS et en France

Selon les données de la commission de rapatriement du 1 mars 1946, 85.000 prisonniers et 36.000 civils sont retournés en URSS. Durant les années suivantes, 20.000 autres ont regagné leur pays. Cependant, ces chiffres n’englobent pas ceux qui sont passés par l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Afrique, indique l’historien.

Des inconnus du bataillon de Vassili Porik
© Photo. Association Mémoire Russe, Sergueï Dybov
Des inconnus du bataillon de Vassili Porik

Il reste impossible de dire combien de soldats sont restés en France parce que «personne ne les a comptés».

En outre, «il y a beaucoup de militaires qui auraient dû répondre de leurs crimes et qui ont à tout prix cherché à éviter de retourner dans leur pays. Par exemple, deux bataillons ukrainiens de la Schutzstaffel ont adhéré à la Résistance française. Ses unités étaient formées d’anciens collaborateurs ayant participé au massacre de Babi Yar. Une partie a été rapatriée de force en URSS et jugée, alors que l’autre a réussi à se cacher», souligne-t-il.

Quant aux anciens combattants soviétiques de la Résistance, Sergueï Dybov dit que nombreux étaient ceux à être toujours en vie quand il a commencé à étudier ce sujet il y a 20 ans, dont 27 pilotes du régiment de chasse Normandie-Niémen. Aujourd’hui, 75 ans après la fin de la guerre, il n’y a plus personne.

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Charles de Gaulle, partisans, Résistance française, soviétique, Seconde Guerre mondiale
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