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Septième semaine de confinement en France (46)
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Les «classes virtuelles» du CNED, outil conseillé par l’Éducation nationale afin d’assurer l’enseignement à distance, ont fait la preuve de leur défaillance. Les élèves et professeurs y font l’objet d’insultes et de harcèlement au quotidien. Au micro de Sputnik, des enseignantes témoignent des persécutions qu’elles subissent.

Depuis le début du confinement, professeurs et écoliers ont dû s’adapter à l’enseignement à distance. 

«Le Gouvernement, dans la concertation, aura à aménager des règles particulières: organiser différemment le temps et l’espace, bien protéger nos enseignants et nos enfants, avec le matériel nécessaire», annonçait Emmanuel Macron lors de son allocution du 13 avril.

Mais la promesse de «bien protéger» les enseignants et les enfants a-t-elle été tenue? En effet, pour pouvoir assurer la «continuité pédagogique» chère à Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, son administration et la direction de nombreux établissement ont recommandé aux enseignants l’utilisation de la «classe virtuelle» du CNED (Centre National d’Éducation à Distance). Pourtant, la plateforme s'est avérée vulnérable face au cyberharcèlement: l’anonymat qui y règne laisse libre cours à tous les excès.

«Chaque personne qui est en possession du lien peut se connecter et il est impossible de vérifier qui est derrière le pseudonyme que les élèves choisissent lors de la connexion à la classe», explique à Sputnik, Sophie*, une enseignante de l’Est de la région parisienne. «Pour moi, comme pour nombre de mes collègues, il a été la porte ouverte aux insultes et autres propos sexistes à notre encontre et aussi à l’encontre des élèves.»
© Sputnik
screenshots du harcèlement que subissent des élèves et enseignants sur la plateforme du Cned.

«Tu b****?» ou encore «n**** ta mère», voici ce que subissent quotidiennement ces enseignants. Comme l’explique l'interlocutrice de Sputnik, le problème est bien lié à la structure de la plateforme, qui ne permet aucun contrôle en amont des personnes qui se connectent à une classe virtuelle: n’importe qui en possession d’un lien de connexion peut s’en servir pour inonder les échanges de propos toxiques.

Impossible de faire cours

Ces professeurs doivent donc assurer un cours en utilisant un «chat» (messagerie) dans lequel se déverse un torrent d’injures, qui cible aussi bien les enseignants que les élèves. 

«Nous avons contacté notre direction qui a alerté à la fois le CNED et la DSDEN [Direction des services départementaux de l’Éducation nationale, ndlr], mais rien n’a changé depuis cela et les insultes continuent. Nous sommes donc face à l’impossibilité de faire cours par ce biais pour certaines classes», se désole encore Sophie.

Une situation d’autant plus préoccupante que dans «les régions qui ne vont pas se déconfiner tout de suite, l’enseignement en ligne risque de devoir durer.» Les professeurs que nous avons contactés nous ont indiqué qu’ils ont temporairement arrêté d’assurer leurs cours car ils ne peuvent tout simplement pas assurer un cours constructif dans de telles conditions.

Silence radio des autorités

Une continuité pédagogique est ainsi menacée, l’enseignement des élèves étant compromis. Ces derniers paient donc l’incapacité des autorités publiques à leur fournir une plateforme sécurisée.

 «Nous n’avons, depuis le début du confinement, reçu aucun message de la part des institutions nous donnant des solutions concrètes ou simplement un soutien face à ces incidents. Il faut savoir que ceux-ci ne sont pas anecdotiques et qu’ils sont communs pour un grand nombre d’autres établissements», poursuit Sophie.

De ce fait, ces profs ont décidé de mettre la pression de l’intérieur sur leur hiérarchie directe et indirecte, sans grand résultat. À ce jour, la seule solution qui leur a été proposée est la plainte, indique à Sputnik Juliette*, une autre enseignante dans un collège de la région parisienne: 

«Ma direction m’a conseillé d’aller porter plainte, parce qu’il est possible, selon eux, de retrouver l’adresse IP [des fauteurs de troubles, ndlr]. Je vais donc y aller et voir ce que ça donne. De toute façon, on ne nous pas encore proposé de solution alternative.»

Pour Sophie*, «il est donc temps que l’on nous propose d’autres outils plus sécurisés ou bien que l’on s’attelle à sécuriser celui-ci pour ne pas exposer plus d’enseignants et d’élèves à de telles violences.» Face à ce climat délétère, la balle est désormais dans le camp des autorités.

*Les prénoms des témoins ont été changés, celles-ci ayant préféré se confier sous couvert d’anonymat

Dossier:
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