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Jugés comme «non essentiels», les salons de coiffure sont dorénavant fermés jusqu’au 1er décembre dans le cadre du reconfinement. Les professionnels du secteur fustigent une décision qui les fragilisera encore plus, alors qu’ils traversent déjà une crise de fréquentation aigüe. Le groupe Médard coiffure confie son désarroi à Sputnik.

Pour une nouvelle coupe de cheveux, il faudra patienter. Pour Olivier et Jérôme Médard, à la tête du groupe Médard coiffure, comprenant 37 salons en Normandie et employant 220 personnes, l’ambiance n’est pas à la fête. En cause, la décision du gouvernement de fermer les commerces dits «non essentiels»:

«On a l’habitude de dire que l’on recoiffe le moral des gens, donc c’est difficile d’entendre que nous ne sommes pas des commerces essentiels. Pourtant, lors du déconfinement, en mai dernier, les clients se sont rués dans les salons», se rappellent les dirigeants de Médard Coiffure au micro de Sputnik.

​Le secteur étant déjà frappé par la crise, mais aussi tributaire des changements dans les habitudes de consommation des clients, ce nouveau confinement est donc très mal vécu. L’incompréhension est d’autant plus vive que les salons jugent avoir fait le maximum pour garantir la sécurité de leur clientèle. Le groupe Médard en veut notamment pour preuve son expérience: à ce jour «aucun client ni employé n’a attrapé le coronavirus», affirme-t-il.

«On a mal vécu le premier confinement à tous les niveaux, que ce soit économique, professionnel et humain, mais il était important que l’on soit à la hauteur des attentes des gens au moment du déconfinement et que l’on soit totalement sécure pour eux», souligne Jérôme Médard.

«Néanmoins, les gens vont moins chez le coiffeur […] Une partie de la clientèle n’est toujours pas revenue. Malgré toutes les mesures sanitaires que l’on a mises en place, en supplément de celles déjà existantes, les clients n’osent plus venir dans nos salons à cause de la peur d’attraper le Covid-19», déplorent-ils.

Un changement constaté par la majorité des professionnels.

Des mois «perdus» à cause des confinements

Selon une enquête menée par l’Union nationale des entreprises de coiffure (UNEC) auprès de 1.454 chefs d’entreprise, outre le confinement, les dirigeants pointent «le climat anxiogène», ou encore, «l’annulation de nombreuses cérémonies et fêtes familiales», comme autant de causes responsables de la baisse d’activité.

Les conclusions de l’enquête sont d’ailleurs sans équivoque: la situation économique du deuxième secteur de l’artisanat est jugée «très inquiétante». Ainsi, plus de 6 entreprises sur 10 ont enregistré une baisse de chiffre d’affaires pour l’année 2020. Et ce, «malgré trois semaines de forte fréquentation constatées à l’occasion de la reprise de l’activité le 11 mai dernier

Le groupe Médard Coiffure n’est pas épargné par la baisse de chiffres d’affaires. Sur le bilan de l’année 2019/2020, arrêté fin septembre, il accuse 20% de pertes.

«On n’est pas habitué à gérer ce genre de delta. Quand on fait plus 2% ou 3% sur l’année, on est contents. Quand on fait moins 2% ou moins 3%, on s’inquiète. Alors, à moins 20%, on est dans des chiffres qui sont très difficiles à analyser, même à appréhender, économiquement.»

«Et là, on commence ce mois de novembre, qui sera un mois à 0», poursuivent-ils. Sans compter qu’il sera «très difficile de rattraper les jours perdus à cause du confinement», expliquent-ils. Cependant, ils n’oublient pas que si «c’est compliqué pour l’ensemble de la profession», c’est aussi le cas pour les commerçants, car c’est un «problème global qui touche le commerce en général.»

Pas de coiffure à domicile non plus

Autres victimes collatérales de la navigation à vue de l’État, les coiffeurs à domicile. L’UNEC avait dénoncé «un deux poids, deux mesures» entre les salons, obligés de fermer et les personnes travaillant à domicile, pouvant exercer leur métier. Sur RTL, Bruno Le Maire a rectifié le tir en indiquant lundi 2 novembre que «la coiffure à domicile ne sera plus possible, par souci d’équité». À l’image de la fermeture des rayons de produits «non essentiels» dans les supermarchés pour tenter de calmer les petits commerçants.

«Ce n’est pas compréhensible pour un salon de coiffure qui a fait tous les efforts pour s’adapter aux règles de sécurité sanitaire […] que dans le même temps, vous puissiez avoir des coiffeurs à domicile», a-t-il expliqué.

Or, cette annonce vient contredire les déclarations de la porte-parole du ministère de l’Intérieur, Camille Chaize, qui avait avancé le 30 octobre dernier que les services à domicile pourraient continuer pendant le reconfinement.

​Au-delà de ce point d’achoppement, afin d’éviter que bon nombre de salons et de commerces mettent la clé sous la porte, Bruno Le maire a assuré que «tous les instruments de soutien aux entreprises de notre pays pour toute la durée du confinement» seraient réactivés et renforcés.

​Reste une lueur d’espoir pour les salons. Lors de sa dernière allocution, Emmanuel Macron avait déclaré que «si d’ici 15 jours, nous maîtrisons mieux la situation, nous pourrons alors réévaluer les choses et espérer ouvrir certains commerces, en particulier dans cette période si importante avant les fêtes de Noël.»

Conscientes que leur salut se joue actuellement, les différentes fédérations de commerçants seront reçues cette semaine à Bercy par Bruno Le Maire et Alain Griset, ministre chargé des PME. Elles souhaitent trouver des solutions afin de rouvrir en toute sécurité à partir du 12 novembre.

Salons de coiffure: avec le reconfinement, le gouvernement met encore un coup de ciseau à l’activité
© Sputnik . Bruno Marty
Salons de coiffure: avec le reconfinement, le gouvernement met encore un coup de ciseau à l’activité

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