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À l’école, dans la rue ou sur les réseaux sociaux, le harcèlement continue de faire des victimes chez les enfants. À l’occasion de la première journée internationale de lutte contre cette violence, Nora Fraisse, présidente de l’association «Marion la main tendue», s’est entretenue avec Sputnik afin de rappeler l’importance de ce combat.

En finir avec ce fléau. Ce jeudi 5 novembre se déroule la première journée internationale de lutte contre le harcèlement scolaire. Une action de sensibilisation organisée par l’Unesco et le ministère français de l’Éducation. Plusieurs ministres de différents pays ont lancé un appel en ligne pour la «promotion d'un code de bonnes pratiques sur Internet afin d'aider à prévenir et combattre le cyberharcèlement des mineurs».

​Il faut dire que la situation est préoccupante. Un jeune sur trois déclare avoir été victime de cyberharcèlement, et un sur cinq avoir manqué l'école à cause de ce phénomène, selon un sondage réalisé par l'ONU en 2019 auprès d'adolescents de 30 pays.

Un fléau mondial

Nora Fraisse, présidente de l’association «Marion la main tendue», se réjouit de cette initiative car cela permet de dire «de manière symbolique et pragmatique que le harcèlement à l’école et sur les réseaux sociaux est un phénomène mondial».

«C’est collectivement que l’on va lutter efficacement contre le harcèlement, parce qu’il n’y a pas une méthode précise. Je pense qu’il y a de bonnes volontés et de bons outils que l’on doit développer ensemble pour à la fois enrayer le harcèlement mais aussi faire en sorte qu’il ne démarre pas et qu’il ne se propage plus.»

Comme l’explique la militante, cette problématique touche «tous les lieux où un enfant peut vivre». «Quand il y a eu le confinement avec l’école à la maison, le harcèlement n’était, lui, pas confiné. Il s’est déplacé, déporté sur les réseaux sociaux», observe-t-elle.

Selon une étude réalisée par l’association e-Enfance, la plateforme d’écoute de l’association a enregistré une augmentation de 30% de ses sollicitations, générant deux fois plus de signalements aux plateformes. Des actions qui ont entraîné la fermeture de nombreux comptes sur les réseaux sociaux, notamment sur Snapchat et Instagram, «en raison de cyberviolences avérées telles que le chantage sexuel à la webcam (sextorsion), le revenge porn ou encore l’identification de comptes “Ficha” [comptes où sont diffusées des photos et vidéos de filles dénudées, ainsi que leur département, ndlr]».

Le cyberharcèlement en hausse

En outre, e-Enfance note que les tendances observées pendant que le confinement perdurent. Ainsi, sur Net Ecoute, la hausse des sollicitations pour cyberharcèlement est en hausse: +26% par rapport à septembre 2019.

Nora Fraisse tient néanmoins à rappeler que le harcèlement est présent «dans la rue, dans les cantines, dans les cours de récré, en classe, dans les clubs sportifs, les jeux en réseau mais également dans la sphère privée».

«Partout où la meute peut se développer et trouver une cible, la meute agit», déplore-t-elle.

Pour tenter d’endiguer ce phénomène, il est nécessaire de «former, sensibiliser, tous les acteurs de la société», explique notre interlocutrice. «Il faut développer des leaders positifs et des témoins qui, lorsqu’ils seront bien armés et formés, pourront ensuite agir. Lorsque je parle de témoins, ce ne sont pas uniquement les enfants, ce sont les parents, les éducateurs, les professeurs, les gens dans la rue, toutes les personnes qui peuvent agir contre le harcèlement», détaille-t-elle.

Accompagner les victimes

Cependant, il est crucial d’expliquer ce que cela signifie aux enfants: «Ce n’est pas un conflit, c’est de la répétition, ce sont des violences verbales, physiques et psychologiques.» Car «une fois que l’on a identifié de quoi il s’agit, cela permet de mieux prendre en charge», souligne Nora Fraisse.

«Il faut aussi travailler sur des compétences psychorelationnelles positives comme la transmission de valeurs humanistes, l’altérité. Cela passe aussi par là. Lorsque les choses sont ancrées et que les réflexes sont là, c’est parfois trop tard.»

«Laisser perdurer le harcèlement, c’est une situation où on est tous perdants parce que cela a des conséquences, notamment sur la santé mentale», prévient la responsable associative. Et l’État doit jouer son rôle. En effet, il faut «appliquer la loi. Malheureusement, tant qu’elle ne sera pas mise en pratique, il y aura ce sentiment d’impunité et d’injustice», regrette Nora Fraisse.

Pour accompagner les victimes, Nora Fraisse plaide pour le développement «d’ateliers d’acceptation et d’estime de soi» afin de les «déculpabiliser».

À ce titre, elle a ouvert le 3 novembre, avec le soutien de la Région Île-de-France, une structure venant en aide aux jeunes victimes de harcèlement située en Essonne. Un centre unique en France, baptisé la «maison de Marion», en hommage à sa fille de 13 ans qui s’est suicidée en février 2013.

«Des enfants ont perdu leur vie à cause de trop de souffrances à l’école, je pense à ma fille, mais aussi à tous les autres. La maison de Marion, c’est la maison de tous les enfants, pour qu’aucun d’entre eux ne se dise: je vais m’ôter la vie.»

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