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Dans un livre, le journaliste Marc Endeweld affirme que le Président de la République «pense comme la droite la plus réactionnaire», reprenant en privé «des formules d’Éric Zemmour ou de Renaud Camus». En cause: le concept de «grand remplacement». Quel crédit accorder à ces allégations? Éléments de réponse avec l’essayiste Jean-Yves Le Gallou.

Emmanuel Macron cultiverait une image lisse et polie d’homme modéré et centriste, mais tiendrait en privé des propos «réactionnaires».

C’est en tout cas ce qu’affirme le journaliste Marc Endeweld dans son livre Le Grand manipulateur (Éd. Points). Des révélations pour le moins étonnantes: citant des «collaborateurs de l’Élysée» qui auraient confié «à plusieurs de [ses] sources» que Macron employait «des formules d’Éric Zemmour ou de Renaud Camus», le journaliste d’investigation, passé par la rédaction de Marianne, dresse un portrait peu flatteur du Président.

Dans un entretien donné à QG le média libre ce 24 novembre, il va même plus loin:

«Emmanuel Macron pense en réalité comme une bonne partie de la droite la plus réactionnaire. La laïcité est un paravent pour être un combat contre l’islam et pour protéger l’identité chrétienne de la France. Il considère que la France reste majoritairement chrétienne. Il le pense véritablement.»

Quel crédit donner à ces allégations? Interrogé par Sputnik, Jean-Yves Le Gallou, ancien député européen, président de la fondation identitaire Polémia et auteur de Manuel de lutte contre la diabolisation (Éd. Via Romana), considère que «cela n’aurait rien de très surprenant, ni même de très original». Proche de l’écrivain controversé Renaud Camus, inventeur du syntagme du «grand remplacement», notre interlocuteur ne manque pas de souligner que les gouvernants ont, eux aussi, parfaitement conscience du basculement démographique et de ses conséquences: «François Hollande ou Gérard Collomb avaient plus ou moins dit la même chose en expliquant qu’on allait passer du vivre-ensemble au face-à-face», rappelle-t-il.

Emmanuel Macron «ne peut pas avoir l’excuse de l’ignorance»

Dans son livre d’entretien avec les journalistes du Monde Gérard Davet et Fabrice Lhomme, Un président ne devrait pas dire ça (Éd. Stock), l’ancien Président de la République évoquait en effet ouvertement le risque d’une «partition» du territoire. Sur l’immigration, il considérait ainsi «qu’il y a trop d’arrivées, d’immigration qui ne devrait pas être là». «On ne peut pas continuer à avoir des migrants qui arrivent sans contrôle, dans le contexte en plus des attentats», confessait-il alors.

Dans un même registre, Gérard Collomb ministre de l’Intérieur du précédent gouvernement, tenait lui aussi des propos alarmistes lors de sa passation de pouvoir, en octobre 2018. S’adressant au Premier ministre, il déclarait: «Je suis allé dans tous ces quartiers. […] Le terme de reconquête républicaine y prend tout son sens. Aujourd’hui, on vit côte à côte, je crains que demain on puisse vivre face à face.»

Dans Valeurs actuelles en février 2018, l’ancien maire de Lyon allait même plus loin: «Des communautés en France s’affrontent de plus en plus et ça devient très violent… C’est difficile à estimer, mais je dirais que, d’ici à cinq ans, la situation pourrait devenir irréversible. Oui, on a cinq, six ans pour éviter le pire». À cette époque, il estimait que la France n’avait «plus besoin d’immigration».

Pour Jean-Yves Le Gallou, ces propos au sommet de l’exécutif s’expliquent assez facilement. «Emmanuel Macron est à la tête de l’appareil d’État, c’est donc logique que les préfets et les services de police lui fassent remonter ce qu’il se passe dans les banlieues d’immigration […] Il ne peut pas avoir l’excuse de l’ignorance.»

«Emmanuel Macron est un cynique parfait»

Mais pour autant, Jean-Yves Le Gallou se montre pour le moins sceptique quand on lui demande si Emmanuel Macron serait en réalité un réactionnaire qui avancerait masqué:

«Emmanuel Macron est un cynique parfait: la politique qu’il conduit va à l’opposé de ce qu’il pourrait penser en privé. Il y a un extraordinaire décalage entre ce que peut dire Emmanuel Macron en privé, si tant est que cela soit vrai, et la réalité de son action politique, laquelle est largement immigrationniste», avance Jean-Yves Le Gallou au micro de Sputnik.

Pour lui, faire d’Emmanuel Macron un parangon de l’identité chrétienne en France n’est en revanche «pas du tout crédible». Jean-Yves Le Gallou en veut pour preuve les récentes contraintes sanitaires imposées aux catholiques dans la pratique du culte. «Qu’on ne vienne pas dire que quelqu’un qui défend l’identité chrétienne de la France limite les messes à 30 personnes dans des églises ou des cathédrales qui peuvent en contenir 2.000.»

Reste une possibilité, très hypothétique: celle de la fuite délibérée des propos «réactionnaires» tenus en privé par le Président de la République. Laquelle conforterait alors une partie de la gauche radicale dans l’idée que la laïcité serait en réalité dirigée expressément «contre l’islam». Un argument repris à de nombreuses reprises par les militants indigénistes et décoloniaux comme Houria Bouteldja, ex-porte-parole du Parti des Indigènes de la République (PIR).

Une possibilité difficile à vérifier, les sources avancées par Marc Endeweld étant évidemment anonymes, mais qui fait fulminer l’essayiste de la droite radicale:

«C’est de la glue électorale. C’est une vieille technique de chasse aux électeurs qui ne s’applique pas seulement aux oiseaux du sud de la France», ironise Jean-Yves Le Gallou.

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Tags:
immigration, Gérard Collomb, François Hollande, Eric Zemmour, Emmanuel Macron
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