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Lors du débat diffusé ce 11 février, Marine Le Pen et Gérald Darmanin se sont écharpés pendant plus d’une heure sur la question identitaire. Le ministre de l’Intérieur n’a pas manqué de revenir sur la mauvaise prestation de la candidate en 2017 face à Macron. Pour autant, a-t-elle retenu la leçon? Retour avec Jean Messiha sur un duel contrasté.

Un sparadrap du capitaine Haddock qui colle à la peau de Marine Le Pen depuis bientôt quatre ans. À chaque débat, ou presque, le fiasco de l’entre-deux tours lui est inévitablement rappelé. 

En 2019, c’est le président des Républicains, Laurent Wauquiez, qui lui ressortait son «tempérament du second tour de la présidentielle» lors d’un débat entre chefs de partis organisé en amont des élections européennes. «Cela faisait longtemps», avait alors répondu avec ironie la présidente du Rassemblement national.

La référence était fatalement attendue lors de sa passe d’armes avec Gérald Darmanin ce 11 février sur France 2, au cours du débat censé revenir sur la loi sur le séparatisme et les enjeux qui y sont liés –la laïcité et la question de l’islamisme principalement. C’est donc naturellement que le ministre de l’Intérieur s’est prêté à l’exercice facile de rhétorique en pointant du doigt les approximations de Marine Le Pen, notamment en ce qui concerne les chiffres.

«Il faut travailler pour le prochain débat présidentiel», a-t-il ainsi asséné, après avoir reproché à son interlocutrice d’être «agressive» et «insultante».

«Distinguer le fond de la forme»

Pour Jean Messiha, ancien cadre du RN, le ton de Marine Le Pen n’a pourtant rien à voir avec celui d’il y a quatre ans. Interrogé par Sputnik, le président de l’institut Apollon estime que si elle n’a pas changé sur le fond, au contraire, la candidate à l’élection présidentielle a gagné en calme et n’est pas tombée dans le mépris affiché par son contradicteur.

«Je trouve qu’elle est toujours la même. En revanche, elle remporte une mini-victoire sur la fin en gardant son sang-froid devant un Darmanin hautain et insultant. Elle s’est bien défendue en rentrant dans son jeu, s’écrasant ironiquement face au dédain de son adversaire. C’est ce genre de stratégie qu’il faut qu’elle adopte.»

Pour son ancien délégué national, Marine Le Pen gagnerait également à rester sur son propre terrain, «celui d’une femme de cœur, généreuse et qui pense avec son cœur car ceux qui dirigent actuellement avec leurs diplômes ne nous ont pas menés bien loin», estime celui qui est lui-même énarque.

Un aspect sincère qui, s’il lui a permis de prendre l’ascendant sur Gérald Darmanin, a cependant été jugé contre-productif, voire superficiel selon certains de ses supporters qui apprécient sa propension au «clash».

Certains, dont notamment Jean Messiha, regrettent également son manque de répartie lorsqu’elle s’est vu rétorquer par l’ancien maire de Tourcoing que l’immigration était stable. «Elle aurait dû lui répondre que la naturalisation de 200.000 étrangers par an remettait chaque fois les compteurs à zéro», déplore le président de l’institut Apollon. Il faut donc «distinguer le fond de la forme», estime-t-il, considérant que le contenu du discours n’était pas aussi calme et serein que le reste.

«Ce n’est pas le moment de rentrer dans un politiquement correct mièvre. Au contraire, il faut non pas intégrer un discours extrémiste, mais dire les choses telles qu’elles sont», préconise Jean Messiha. 

Si elle n’a pas réitéré les erreurs de l’entre-deux tours, Marine Le Pen aurait donc manqué de mordant, tandis que son opposant s’est davantage aventuré sur le terrain du Rassemblement national. Gérald Darmanin est même allé jusqu’à soulever durant le débat la «mollesse» de la candidate concernant le séparatisme, et à railler sa «stratégie de la dédiabolisation».

Darmanin sur le terrain de Marine Le Pen?

Donnée au coude-à-coude avec Emmanuel Macron au second tour, selon un dernier sondage, Marine Le Pen s’est découvert, lors de l’échange, de nombreux points de vue communs avec son adversaire.  «J’aurais pu signer ce livre», affirme même la femme politique à propos de l’essai du ministre intitulé Le Séparatisme islamiste – Manifeste pour la laïcité (L’Observatoire). Une proximité idéologique troublante de la part de l’exécutif, à un an de la présidentielle. D’autant que Gérald Darmanin s’est contredit de manière flagrante, relève Jean Messiha.

«Force est de constater que le discours de Darmanin interroge. Il y a quelques jours, il déclarait que l’islamisme n’avait pas de pays ni de couleur ni d’origine. Là, il affirme que l’islamisme n’est pas qu’une idéologie mais aussi une religion puisqu’il est enseigné à la mosquée. On a du mal à s’y retrouver avec sa pensée. Il dit une chose et son contraire en fonction de ses interlocuteurs.»

Le locataire de la place Beauvau n’a pourtant pas démérité, tant sur le fond que sur la forme, reconnaît Jean Messiha qui lui accorde des «qualités rhétoriques», un «sens de la formule» et une certaine éloquence. «Bien qu’elle contredise celle qu’il avait faite la semaine dernière, l’analyse de Gérald Darmanin est plutôt la bonne, tandis que Marine Le Pen ne fait pas forcément le lien entre islam et islamisme», remarque le haut fonctionnaire.

Sur la question de savoir qui était le plus sincère, le doute n’est donc pas de mise, selon l’homme politique, désormais indépendant de tout parti. «Si M. Darmanin croit réellement à ce qu’il a dit hier, comment se fait-il qu’il accouche d’un projet de loi de police administrative aussi petit?», questionne-t-il.

À retenir: une prestation purement rhétorique donc, face à une parole trop adoucie?

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Jean Messiha, débats, Gérald Darmanin, Marine Le Pen
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