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L’exécutif planche toujours sur différentes alternatives à un confinement national, mais des mesures de plus en plus strictes sont déjà effectives. Les estimations hasardeuses n’arrangent rien à l’atmosphère anxiogène. Sans lumière au bout du tunnel, l’avenir s’annonce laborieux.

Après les Alpes-Maritimes, après Dunkerque, l’Île-de-France en passe d’être confinée les week-ends? Comme pour d’autres régions, le plan est à l’étude par le gouvernement. Une mesure que la maire de Paris, Anne Hidalgo, qualifie de «difficile, dure, voire inhumaine», elle dont l’adjoint Emmanuel Grégoire a réclamé un confinement strict de trois semaines.

 La municipalité a finalement penché pour des propositions moins contraignantes… ou plus «humaines», dirait la maire de la capitale: aérer les salles de cours ou les transposer dans d’autres lieux, mettre les cliniques à disposition pour désengorger les hôpitaux…

La réponse ne s’est pas toutefois fait attendre. Pour justifier ses mesures les plus strictes, le gouvernement a rétorqué par l’intermédiaire de Gabriel Attal, son porte-parole, qu’«il n’y a rien de plus inhumain que le virus.»

Une formule à son tour accusée d’indécence, alors que certains citoyens sont touchés de plein fouet par les contraintes sanitaires. «Un tiers des Français se considèrent aujourd’hui “en dépression”, 50% des jeunes se disent “inquiets pour leur santé mentale”, 30% des étudiants ont des “idées suicidaires”», rappelle François Ruffin dans une tribune publiée sur son site Internet ce mardi 2 mars.

Le député LFI de la Somme s’indigne de nouvelles restrictions prises sans concertation et d’une gestion de crise qu’il juge inefficace. Pour lui le «robinet des libertés» est fermé de manière arbitraire et dangereuse, mettant en danger de nombreuses catégories de personnes.

Le gouvernement «ne nous offre plus d’horizon»

Pire encore, selon l’ancien activiste et fondateur de la revue Fakir, les jours meilleurs ne sont absolument pas prévus au programme. Aucune amélioration n’est à anticiper et la sortie de crise ne semble pas d’actualité.

«Reconfiner le week-end, mais pour quoi faire? Juste pour passer un mauvais moment, en attendant le suivant? Dans une politique de pas en avant, trois pas en arrière? Et le couvre-feu, jusque quand? […] Le gouvernement ne nous offre plus d’horizon. C’est au jour le jour, à la petite semaine, au coup par coup, sans stratégie», estime François Ruffin.

Bref, la sortie de crise ne semble guère s’approcher. Indicateur significatif, l’état d’urgence sanitaire, qui devait initialement se terminer le 16 février, a d’ores et déjà été prolongé jusqu’au 1er juin inclus. À l’échelle mondiale et par le biais de son directeur des opérations d’urgence, l’OMS vient d’ailleurs de qualifier d’«irréaliste» la perspective d’une sortie de crise avant 2022. Des prévisions guère encourageantes et que n’amoindrit pas la campagne vaccinale, pointée du doigt en France pour sa lenteur.

Un durcissement attendu, mais les Français ont besoin d’air

«Il faut pousser les gens dehors», lançait le docteur Martin Blachier, a rebours du discours ambiant sur la nécessité du confinement, arguant, tout comme le docteur Gérald Kierzek, que les contaminations se font en lieu clos et non en plein air.

D’autres, plus virulents, comme le polémiste Yann Moix, ont même appelé à la révolte des étudiants en cas de nouveau confinement, estimant que «le nombre de victimes du confinement est supérieur au nombre de victimes du Covid.» Un propos analogue au journaliste du Figaro Ivan Rioufol devant les caméras de Sputnik.

Essayant de temporiser et incitant à la prudence, le gouvernement a fait savoir que «les semaines qui arrivent vont être difficiles». Une manière de faire savoir que l’heure est encore à l’inquiétude et qu’un allègement n’est pas envisagé dans les jours qui viennent. Le conseil de défense du 3 mars pourrait potentiellement aboutir à de nouvelles restrictions, localisées ou… à l’échelle nationale, malgré la volonté affichée d’Emmanuel Macron d’éviter le reconfinement national.

À l’Élysée, des estimations encore hasardeuses

En déplacement en banlieue le 1er mars, le président de la République s’est voulu porteur d’espoir et a demandé aux Français de tenir encore «quatre à six semaines». Néanmoins, cette position rassurante risquerait bien d’occasionner quelques fausses joies, son entourage prenant soin de clarifier la parole d’Emmanuel Macron en se montrant plus pessimiste.

«À court terme, la situation est risquée. On s’attend à une montée des contaminations mi-mars, si c’est bien le cas le resserrement des contraintes sera inéluctable», confie ainsi un ministre au Parisien.

Quant aux chiffres, qu’en est-il réellement? Un sévère rebond de l’épidémie justifie-t-il cette inquiétude généralisée? Les derniers chiffres font état de 1.705 nouvelles entrées à l’hôpital en 24 heures (+312 par rapport à lundi). Et si le nombre total de patients admis (25.263 actuellement) est en baisse, 3.586 d’entre eux se trouvent en service de réanimation (+42 par rapport à la veille) et 366 sont entrés en soins intensifs en 24 heures (+19).

Une légère hausse des cas critiques donc, mais qui n’est pas le raz de marée que le discours ambiant laisse croire, juge l’épidémiologiste Catherine Hill. Il y a quelques jours, celle-ci ne constatait «aucune augmentation globale dans le pays du nombre de cas, du nombre de nouvelles hospitalisations, d’arrivées en réanimation et du nombre de morts.»

Alors, que faire des «quatre à six semaines» d’efforts supplémentaires demandées par Emmanuel Macron? L’épidémiologiste ne se montre guère plus approbatrice, estimant que le chef de l’État les sort «de son chapeau»

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Tags:
Covid-19, France, confinement, gouvernement
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