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L’augmentation des contaminations et la hausse significative des admissions en réanimation dans les départements déjà classés «à risque» font craindre le pire aux médecins et au personnel soignant. Les nouvelles «mesures de freinage» décidées par l’exécutif peuvent-elles changer la donne? Décryptage.

«Le plan du gouvernement pour éviter l’augmentation des hospitalisations est difficilement compréhensible: il y a une inadéquation entre la parole de l’exécutif, qui nous annonce un renforcement des restrictions, et la réalité d’une stratégie très confuse», lâche Gaëtan Casanova, président de l’Intersyndicale nationale des internes (ISNI).

Perplexe face aux nouvelles restrictions annoncées par le gouvernement le 18 mars dernier, le médecin anesthésiste à l’hôpital Foch aimerait «plus de clarté» de la part des autorités dans la gestion de la crise sanitaire, alors que les indices de dégradation de la situation sont au rouge.

«C’est difficile de faire des prévisions sur la capacité des mesures de freinage à enrayer la propagation de l’épidémie, mais on peut dire avec assurance que les choix du gouvernement ne sont pas clairs du tout. Or, s’il n’y a pas de ligne claire, la population ne peut pas appliquer scrupuleusement les recommandations sanitaires», explique-t-il.

Pour enrayer la courbe ascendante de l’épidémie, l’exécutif a multiplié les dispositions. Le chef de l’État a refusé d’y voir un confinement, optant pour la fermeture des commerces dits  «non essentiels» dans 16 départements classés «à risque», une limitation des mouvements au-delà d’un rayon de 10 km et l’interdiction des déplacements interrégionaux notamment. 

«La cacophonie s’ajoute à la défiance»

«Le problème, c’est que, quelle que soit l’évolution de la situation dans les semaines à venir, on sera en réalité incapable de dire si une possible amélioration (ou à l’inverse une dégradation) est due aux mesures du gouvernement!», lance Gaëtan Casanova. En cause, selon le médecin, les hésitations et les rétropédalages de l’exécutif autour de l’attestation de sortie par exemple, très décriée en raison de sa complexité et finalement supprimée le samedi 20 mars (un simple justificatif de domicile suffit désormais pour les déplacements à moins de 10 km).

Dans Le Parisien ce 22 mars, le professeur Jean-François Timsit, chef du service de réanimation de l’hôpital Bichat à Paris, va même plus loin, estimant que «ce qui a été décidé ces derniers jours n’a aucune chance de casser l’épidémie». «On continue à faire ce que l’on veut dans les cantines d’entreprise, il n’y a aucune injonction au télétravail… La cacophonie s’ajoute à la défiance [...] Il est possible que l’on soit obligé de mettre des malades dans le couloir ou de doubler les chambres, même pour les situations les plus graves», prévient le Pr Timsit.

«La tension dans les hôpitaux est très palpable, notamment en Île-de-France: les lits sont blindés», confirme Gaëtan Casanova.

La situation devient en effet de plus en plus critique si l’on regarde les chiffres transmis quotidiennement par Santé publique France. Il y a actuellement 4.548 personnes en réanimation, en hausse de 10% par rapport à la semaine dernière. Au moment du pic de la seconde vague de l’automne, ce chiffre était monté jusqu’à 4.900. En moyenne, 31.466 tests positifs au Covid-19 sont recensés chaque jour, en hausse de 31% par rapport à la semaine dernière. Mais c’est surtout l’intensification de la tension hospitalière qui fait craindre le pire: si le taux de lits de réanimation occupés est de 88% sur l’ensemble du territoire, certains départements sont déjà saturés.

En Île-de-France ce lundi, le nombre de personnes hospitalisées en réanimation était de 1.325. Un chiffre qui dépasse le pic de la deuxième vague: il faut retourner au 6 mai 2020 pour retrouver un tel niveau. En Seine-et-Marne, le taux de saturation atteint pas moins de… 213%! L’Oise est en tension hospitalière à hauteur de 150% des lits de réanimation, le Pas-de-Calais 156%, la Seine-Saint-Denis 156% également.

Les soignants pourront-ils encaisser le choc?

Un scénario catastrophe à l’image de ce qu’il s’est passé il y a tout juste un an, au moment de la première vague épidémique, est-il envisageable dans les jours et les semaines qui viennent si les «mesures de freinage» s’avéraient inefficaces? «Au tout début de la pandémie, il y a eu un effet de sidération qui a duré environ au moins un mois et demi, pendant lequel on ne connaissait pas bien la maladie et on ne savait pas comment s’en protéger», relate Gaëtan Casanova. Un an après, le médecin anesthésiste-réanimateur estime que les soignants sont mieux organisés et davantage préparés pour faire face à un afflux massif de malades du Covid-19.

«Sur le plan médical, on peut raisonnablement penser que l’on ne sera pas dans les conditions de la première vague de mars 2020. Il y a eu un ensemble de difficultés logistiques que l’on maîtrise mieux aujourd’hui. À nombre égal de patients, on est maintenant plus efficaces», affirme le président de l’ISNI.

À cela s’ajoute un autre paramètre important, qui aurait plutôt tendance à jouer en faveur du personnel soignant:

«Lors de la première vague, le nombre de patients hospitalisés était réparti quasiment uniquement entre le Grand Est et l’Île-de-France. Aujourd’hui, il y a une distribution des malades plus homogène sur le territoire, avec bien sûr des pics dans certains départements. Si la situation reste grave, ce sont malgré tout des éléments plutôt rassurants pour la capacité des soignants à prendre en charge les patients.»

Reste qu’en Île-de-France en particulier, la situation est préoccupante, alertent les médecins. Dans Le Monde ce lundi 22 mars, Aurélien Rousseau, le directeur de l’Agence régionale de santé d’Île-de-France, expliquait avoir déjà demandé la déprogrammation de 40% des interventions sans lien avec le coronavirus prévues. «Il faudra peut-être aller plus loin, et déprogrammer davantage encore d’opérations, mais cela pose de gros problèmes», a-t-il ajouté. Des mesures inévitables, regrette Gaëtan Casanova, même si celui-ci plaide pour un examen «au jour le jour et au cas par cas» des reports des opérations hors Covid dans les hôpitaux, «à chaque fois que cela est possible».

«La déprogrammation des interventions dites “non urgentes” crée malgré tout des morbidités importantes: laisser traîner des opérations de chirurgie pour des cancers par exemple, c’est condamner des personnes sur un temps un peu plus long. Il ne faut pas rentrer dans la logique du “tout-Covid” où l’on déprogramme tout. Il y a des patients avec des pathologies lourdes qui doivent être pris en charge. Il n’y a pas moins de malades depuis l’arrivée du Covid», insiste le médecin réanimateur.

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Covid-19, vaccination, hôpital, soignants, Jean Castex, Olivier Véran, restrictions, couvre-feu, confinement
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