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Polémique autour du vaccin Spoutnik V en Europe (83)
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Les Français ne sont visiblement pas près de se faire injecter le vaccin russe. Pourtant adoubé par The Lancet pour son efficacité contre le Covid, Spoutnik V est directement accusé par des membres de l’exécutif français et européen d’être un outil de déstabilisation du Kremlin. Une «obsession antirusse criminelle», selon Thierry Mariani.

Après les hydrocarbures, les vaccins russes ne seraient-ils que des instruments d’influence de Moscou dans l’UE?

C’est en tout cas ce que pense Jean-Yves Le Drian. Ce 26 mars, sur le plateau de Franceinfo, le chef de la diplomatie française n’y est pas allé par quatre chemins concernant le vaccin Spoutnik V, actuellement examiné par l’Agence européenne des médicaments (EMA), le qualifiant ni plus ni moins d’«outil de propagande». Des propos que n’a pas laissé passer le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov: «La Russie n’a pas eu, n’a pas et n’aura jamais aucune aspiration à utiliser le vaccin comme instrument d’influence», a-t-il rétorqué.

Ces déclarations du locataire du Quai d’Orsay sont dans la droite ligne de celles d’Emmanuel Macron. La veille, lors du Conseil européen, le chef de l’État a estimé que «nous sommes face à une guerre mondiale d’un nouveau genre», dénonçant les «velléités de déstabilisation russes et chinoises d’influence par le vaccin».

«On fait passer des a priori politiques et surtout géopolitiques avant l’intérêt des Européens [...]. S’il y avait velléités de déstabilisation, ce serait en refusant de nous donner les vaccins, de nous aider dans la pandémie. Or, jusqu’à présent, ces deux pays ont plutôt l’attitude inverse», commente au micro de Sputnik l’eurodéputé Thierry Mariani.

En réaction à la récente déclaration du commissaire européen Thierry Breton, selon lequel l’Europe n’a pas besoin du vaccin Spoutnik V, Vladimir Poutine a répondu que la Russie  «n’imposait rien à personne». «Mais quand on entend ce genre de propos de la part de représentants officiels, la question se pose de savoir quels intérêts protègent et représentent ces personnes? S’agit-il des intérêts d’entreprises pharmaceutiques ou de ceux des citoyens des pays européens? De quoi s’occupent-elles [ces personnes, ndlr], de lobbyisme?», s’est interrogé ce 22 mars le chef de l’État russe.

«La suffisance de l’Union européenne dans ce domaine-là est quand même criminelle et je pèse mes mots parce que chaque jour de retard sur la vaccination, ce sont des morts en plus!», déplore Thierry Mariani.

Et d’ajouter que «les parlementaires [européens, ndlr] ne peuvent rien contrôler, je vous rappelle que les contrats n’étaient pas consultables».

«L’Union européenne a voulu se servir de cette campagne de vaccination en montrant qu’on serait plus forts tous unis. Résultat: aujourd’hui, le Maroc et la Serbie sont plus efficaces que l’UE!»

Cette obsession antirusse «relève de la psychiatrie», pour l’eurodéputé. Une attitude qui devient «criminelle», selon lui, «car ce sont des vaccins que l’on pourrait avoir et qui ne sont pas là».

Si le chef du Kremlin affirme ne rien imposer, le «forcing» russe est pourtant un angle de plus en plus exploité par les rédactions françaises pour critiquer les contrats de production passés entre le Fonds souverain russe d’investissements directs (RFPI) et les autorités étrangères (comme en Inde où 400 millions de doses doivent localement être produites). Un procès d’intention qui n’est pas réservé à l’américain Pfizer lorsque celui-ci passe en France des accords de production avec Sanofi et Novartis.

D’ailleurs, cette mise à disposition des capacités de production tricolores au profit du laboratoire américain a permis à Paris de retoquer une énième invitation de la Russie à l’aider à produire son Spoutnik V. Le Président russe avait, à l’occasion d’une conversation téléphonique avec son homologue français, demandé dès début novembre un coup de pouce de l’Hexagone. «Un signe de faiblesse», pour la diplomatie française, des capacités de production russe de ce vaccin efficace à 91%, deux mois avant le feu vert de l’EMA à Pfizer.

Pour Thierry Mariani, «tous les acteurs ont essayé de se servir des vaccins comme instrument de propagande. Sauf qu’il y en a qui réussissent et d’autres qui échouent. Pour le moment, l’UE a tout loupé».

Une volte-face tricolore?

À la fin du mois de novembre, la France avait envoyé une équipe de scientifiques menée par le professeur Marie-Paule Kieny, (Inserm) patronne du comité vaccin, à Moscou. À son retour, celle-ci avait déclaré que le vaccin russe «vaut la peine d’être considéré», trois mois avant l’étude de The Lancet qui adoubait son efficacité. Dans la foulé de cette publication, début février, Emmanuel Macron avait affirmé face caméra qu’il était ouvert à l’utilisation du vaccin Spoutnik V sous réserve d’une validation par les autorités de santé de l’UE. Avant de le qualifier d’outil de déstabilisation.

Les concepteurs du Spoutnik V ont réagi aux dernières accusations des autorités françaises envers leur vaccin: «Cher Emmanuel Macron, rendre les vaccins apolitiques est notre meilleur espoir de paix dans le monde et non de guerre. Nous apprécions l’envoi d’une équipe scientifique française sous la direction de Marie-Paule Kieny et notre partenariat avec la France qui nous a beaucoup aidés et a contribué à notre combat commun contre le Covid.»

​La Russie, confirment-ils, a proposé à la France de se joindre aux dix autres pays, dont l’Italie, qui ont accepté de produire le Spoutnik V.

L’étude continue des résultats de Spoutnik V par l’EMA a débuté la première semaine de mars. Six semaines après le dépôt de la demande d’enregistrement du vaccin. Au même moment, la présidente du conseil de direction de l’agence européenne déconseillait aux pays membres d’autoriser dans l’urgence le Spoutnik V, estimant que vacciner la population avec était «un peu comparable à la roulette russe». Et ce sur fond de manque drastique de doses...

«Des Français vont mourir à cause des retards sur le vaccin mais au moins, nos responsables seront heureux de plaire à l’Otan et satisferont leur obsession antirusse», conclut amer l’eurodéputé.

En effet, les traités européens n’imposent pas aux États membres de passer par l’EMA pour pouvoir utiliser des traitements. Ce fut d’ailleurs le cas des autorités sanitaires hongroises et slovaques, tout comme de celles de 55 autres pays à ce jour en dehors de l’Europe.

Dossier:
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Union européenne (UE), Jean-Yves Le Drian
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