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Que se cache-t-il derrière l’idéologie décoloniale et indigéniste, parfois taxée de «racialisme» voire de «nouveau racisme» par ses contempteurs? Selon l’enseignante Fatiha Agag-Boudjahlat, le positionnement «victimaire» des décoloniaux n’en est pas à un paradoxe près. Explications.

«La tendance à la victimisation dans la société profite à ceux qui en ont fait un juteux business: Rokhaya Diallo avec le racisme et Caroline De Haas avec le féminisme, par exemple!» attaque d’emblée Fatiha Agag-Boudjahlat devant les caméras de Sputnik.

Pour l’essayiste, aucun doute: les mouvements indigénistes, décoloniaux et autres féministes intersectionnels suivent avant tout un «business plan» savamment entretenu par leurs têtes de gondole.

«Regardez Caroline De Haas: elle pousse pour que des lois soient adoptées pour rendre obligatoire des formations contre le harcèlement sexuel et sexiste; elle crée une entreprise qui dispense ces formations; une entreprise qui veut échapper à l’accusation de sexisme fera appel à Caroline De Haas, qui donnera le tampon ensuite! Ces gens-là ont un pouvoir invraisemblable», accuse l’enseignante.

Mais derrière les généreux profits dégagés par les militants de «l’intersectionnalité», de «l’afro-féminisme» ou de «la convergence des luttes» tels que Caroline De Haas, Rokhaya Diallo ou Houria Bouteldja, se cacherait une authentique «logique victimaire», avance de surcroît Fatiha Agag-Boudjahlat. Une démarche permettant d’affirmer, comme le fait Bouteldja, l’ex-porte-parole du Parti des indigènes de la République, qu’il existe un «racisme d’État» en France.

«Bingo des oppressions»

«Désormais, le seul statut reconnu et valorisé est celui de la victime, il faut prouver que l’on en est une, de tout, tout le temps. Les ressources humaines des médias et des universités ne sont plus intéressées par les curriculum vitae, recensant un parcours, une trajectoire, une formation, des actions, mais par les curriculum “traumae”, ou “victimae”, corrélant la légitimité et la visibilité d’un militant à la somme de ses traumas ou à un bingo des oppressions», écrit Fatiha Agag-Boudjahlat en préambule de son livre Les Nostalgériades, paru aux éditions du Cerf. 

Très critique vis-à-vis de l’état des sciences sociales en France, celle qui enseigne aussi l’histoire-géographie dans un collège de ZEP à Toulouse dénonce de surcroît le «militantisme idéologique» au sein de ce qu’elle qualifie ironiquement d’«Église de la sociologie»:

«La plupart des sociologues ne produisent plus de sens, ils produisent de la norme! Ils excommunient ou à l’inverse ils sanctifient, ils n’ont plus rien de scientifique en réalité», tacle-t-elle.

Est-ce à croire que les universitaires spécialisés en sciences sociales et les militants indigénistes orchestrent une forme de repli identitaire et communautariste? Fatiha Agag-Boudjahlat cite à ce titre un épisode récent, symptomatique selon elle de la dérive idéologique des «décoloniaux».

C’est ainsi que la militante «afro-féministe» Rokhaya Diallo a fustigé sur Twitter la présence de l’essayiste noire Rachel Khan sur le plateau de la chaîne CNews en publiant une affiche ancienne de la marque Banania, assortie du commentaire suivant: «Tant qu’on les caresse dans le sens du poil et qu’on chante les louanges de la France, ils nous adorent.» «Si un Blanc s’était permis de dire une chose pareille, il aurait été victime de la “cancel culture”!» s’exclame Fatiha Agag-Boudjahlat.

«Les décoloniaux rejouent l’expérience coloniale»

Autre exemple cité par notre interlocutrice: le terme de «native informant», une expression forgée par les sciences sociales, en particulier par les études postcoloniales. La notion désigne «les personnes de couleur qui, parce qu’elles chercheraient à s’intégrer à la société blanche à tout prix, prolongeraient l’expérience coloniale et esclavagiste, surcompenseraient un complexe d’infériorité à l’égard des Blancs, en imitant ces derniers pour leur plaire et être reconnus par eux, trahissant leurs semblables et leur identité de sujet postcolonial», relate Fatiha Agag-Boudjahlat dans son essai.

«“Native informant”, ça veut dire complice du pouvoir dominateur, ça veut dire “Nègre de maison”, ça veut dire “bounty”, ça veut dire “harki”» dans l’esprit des sociologues qui utilisent cette expression», dénonce-t-elle à notre micro.

D’où ce paradoxe que signale l’enseignante: les décoloniaux et les indigénistes pratiquent en réalité une forme de «racisme inversé» lorsqu’ils assimilent le refus de l’assignation identitaire en raison de la couleur de peau à une trahison de la communauté d’origine, voire pire: à une soumission aux néo-esclavagistes blancs, ou en tout cas supposés tels. Résultat des courses: selon Fatiha Agag-Boudjahlat, en s’échinant à figer les identités en fonction de l’origine et selon un nuancier des épidermes, les décoloniaux prolongent l’entreprise coloniale qu’ils tentent précisément de déconstruire.

«C’est une faute intellectuelle majeure: il a toujours été dans le projet du colonisateur de renforcer le folklore pour éloigner au maximum les indigènes des promesses des pays qui les avaient colonisés, pour les tenir à l’écart de la réussite par le travail ou par l’école. Non seulement les décoloniaux rejouent l’expérience coloniale, mais ils sont en plus dans le pur orientalisme!»

«C’est en réalité une logique très bourgeoise: on dit aux enfants d’immigrés: “Cultivez vos différences”, “Vous êtes des indigènes !” Ils sont soumis à une injonction à l’authenticité, comme si on était des fromages! C’est le règne de l’AOC et de l’AOP: “Tu n’es pas assez noire”, “Tu n’es pas assez arabe”, “Une vraie Arabe, c’est une musulmane orthodoxe qui porte le voile.” On ne devrait jamais tenir de tels discours», poursuit notre intervenante. «Un folklore totalement fictif» qui toutefois ne parviendrait pas à rendre impossible l’intégration pour les populations immigrées, veut croire notre interlocutrice.

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Osez le Féminisme, féminisme, colonisation, indigènes, décolonisation, Fatiha Boudjahlat
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