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Plusieurs personnalités demandent à la Fédération française d’équitation de retirer sa plainte en diffamation contre l’ex-cavalière Amélie Quéguiner, victime de violences pédophiles, qui avait accusé la structure d’inaction face à ce genre d’affaires. Ces faits interviennent en pleine élection pour la présidence de la FFE.

À l’approche de l’élection du président de la Fédération française d’équitation (FFE), l’affaire liée aux violences sexuelles dénoncées depuis trois ans par la cavalière Amélie Quéguiner semble avoir pris une nouvelle tournure.

Le 21 avril, plusieurs dizaines de personnalités, victimes de violences sexuelles, activistes et militantes, ont rejoint sur L’Obs une pétition en soutien à cette sportive de 51 ans convoquée au tribunal pour diffamation envers la FFE pour avoir dénoncé l’attitude de cette structure face à ces affaires.

Après avoir déposé des plaintes dénonçant des viols commis de ses 14 à 24 ans de la part de trois encadrants, dont son entraîneur de club et futur beau-père, la sportive a évoqué en février 2021, dans les colonnes de Mediapart, le manque d’action de la FFE dans les affaires de violences sexuelles, en accusant notamment son président, Serge Lecomte, d’avoir maintenu à son poste Loïc Caudal malgré des atteintes sexuelles sur mineures.

C’est suite à ces propos que la structure a déposé une plainte pour diffamation, ce qui coûtera à la championne une comparution devant le tribunal le 28 avril, au lendemain du second tour de l’élection pour la présidence de la FFE.

Le ministère réagit

Or, l’auteur de la pétition publiée sur Change.org, l’enseignante d’équitation Sophie Normand, soutenue par une cinquantaine de voix, interpelle directement Roxana Maracineanu, ministre déléguée des Sports, tutelle de la fédération. Elles lui demandent d’exiger le retrait de la plainte de la FFE.

Contactée par Sputnik France, la conseillère de presse de la ministre déléguée des Sports, Roxane Maracineanu, n’était pas disponible pour donner de commentaires du fait d’un déplacement avec la ministre. Il a toutefois été précisé que «le ministère sui[vait] de très près ce sujet».

Mme Maracineanu s’est déjà engagée dans la question des violences sexuelles dans le sport. Revenant en novembre 2020 sur des abus sexuels et un cas de viol présumé commis par un entraîneur sur une ancienne judoka, alors adolescente, elle avait affirmé auprès de Libération que ce type de révélations résultaient de plusieurs décennies d'inaction du ministère et des fédérations à l’égard de la protection des victimes. La ministre déléguée a également salué les témoignages faits par des femmes journalistes pour le film de Marie Portolano «Je ne suis pas une salope, je suis journaliste».

«Nous ne nous tairons jamais»

«À chaque fois qu’une victime est attaquée parce qu’elle a dénoncé des violences sexuelles, c’est à toutes les victimes, passées, actuelles ou à venir qu’un message est envoyé. Ce message, c’est taisez-vous. Nous ne nous tairons pas», tranchent les signataires sur l’Obs.

Tout en jugeant la plainte de la FFE «indigne», Sophie Normand a rappelé que «la Fédération française d'équitation n’a[vait] jamais été présente pour accueillir vraiment la parole des victimes, les orienter, les accompagner et faire cesser les violences comme la loi l’y oblige». Et de poursuivre:

«Son président, Serge Lecomte, n’a cessé de banaliser la gravité des violences subies par Amélie Quéguiner et les victimes de Loïc Caudal, ancien enseignant d’équitation reconnu coupable d’atteintes sexuelles sur mineures.»

Serge Lecomte, président sortant de la FFE mais qui tente sa réélection, a estimé pour sa part auprès de Franceinfo qu’il ne fallait pas «prendre une affaire aussi grave que celle-ci pour en faire un outil de campagne électorale [...]. Je comprends la déception pour une victime d’avoir porté plainte et de ne pas avoir de résultats, mais ce n’est pas une raison pour s’en prendre à la fédération qui n’en fera pas plus que la justice».

D’après lui, les accusations de Mme Quéguiner et la tribune parue dans L’Obs visent à le déstabiliser.

D’autre part, auprès d’Europe 1, M.Lecomte et la fédération, via leur avocat, ont fait savoir qu’ils «n’entendent pas céder à la pression médiatique et que seule la justice pourra décider du bien-fondé ou non des poursuites».

«Un choc»

Se rappelant de sa première plainte déposée en 2017, classée sans suite pour prescription car les faits remontent aux années 1980, Mme Quéguiner a affirmé auprès d’Europe 1:

Cela «avait déclenché une rafale de témoignages de dizaines et de dizaines de victimes. Ça avait été un premier choc, c'est mon deuxième», dit-elle, faisant référence au lancement de la pétition.

Se disant «ravie» de cette tournure, elle poursuit:

«Que des gens prennent le sujet à cœur et aient envie de débattre, de l'exposer, c'est une très grande surprise.»

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Tags:
abus sexuel, sport, agression, mineurs, accusations, violences
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